Le Canada est plus connu pour sa stabilité que pour ses penchants pour l’espièglerie ou le scandale. Il est donc surprenant que l’homme considéré comme ayant joué le rôle le plus important pour la naissance du Canada en tant que nation était en fait un buveur excessif, à la langue bien pendue et aux manières grossières, qui s’est mal comporté toute sa vie, mais qui a accumulé des succès d’envergure. En ce jour du 11 janvier 2015, qui marque le 200e anniversaire de la naissance de sir John A. Macdonald, il est utile de se remémorer les réussites, les expériences et les défauts de ce grand homme.

À l’âge de sept ans, il est témoin de l’assassinat de son jeune frère par une gardienne ivre. À la fin de son adolescence, il officie comme avocat et, à l’occasion, comme fauteur de troubles. Il se défend ainsi avec succès après avoir été inculpé de voie de fait lors d’une échauffourée à la sortie de la taverne Hopkins, à Picton, dans le Haut-Canada. Devenu adulte, son comportement est marqué par des épisodes d’ivresse en public, un parler cru et des manières partisanes. Certaines de ses remarques racistes visant les personnes d’origines différentes, notamment les Asiatiques et les peuples autochtones, ont terni jusqu’à ce jour sa réputation.

Malgré tout ça, la Confédération n’aurait peut-être jamais vu le jour sans le charme, le pragmatisme, la finesse, la détermination et la clairvoyance qui faisaient également partie de sa complexe personnalité. En tout et pour tout, Macdonald a gagné six élections sur sept et a servi comme premier ministre de 1867 à 1873, et de 1878 jusqu’à sa mort, en 1891. Il a bâti un pays — contre l’avis de nombreux opposants — à partir de quatre nouvelles provinces, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l’Ontario et le Québec. Premier ministre, il étend le pays d’un océan à l’autre en construisant un chemin de fer national et crée la police à cheval du Nord-Ouest – organe précurseur de la Gendarmerie royale du Canada. Ces efforts, parmi d’autres, sont suffisants pour rallier la Colombie-Britannique et d’autres provinces de l’Ouest.

De tels succès nécessitent une capacité exceptionnelle à rassembler. Lorsque Macdonald acquiert la conviction qu’il est nécessaire d’unifier le Canada — en partie par crainte de voir ces différentes parties absorbées par les États-Unis — il sait qu’il doit étendre la base de ses appuis. Et cela signifie collaborer avec George Brown, chef des Libéraux, malgré le mépris que les deux hommes éprouvent l’un pour l’autre. Il recrute George-Étienne Cartier, de Québec, et les trois hommes parviennent à travailler ensemble malgré le parti pris bien connu de Brown à l’encontre des Français et des catholiques. Cartier, de son côté, a combattu contre les forces anglaises lors des rébellions de 1837. Mais sous la supervision de Macdonald, ils se rallient à une cause commune.

Les relations de Macdonald avec les peuples autochtones du Canada sont plus controversées. Selon son biographe, Richard Gwyn, son approche prouve qu’il était en avance sur la plupart de ces contemporains. Macdonald dit des Autochtones qu’ils sont « les propriétaires initiaux des terres… [et] les grandes victimes de la découverte de l’Amérique ». Mais l’exécution du chef métis Louis Riel reste une tache dans la biographie de Macdonald, et certains historiens sont encore plus sévères. Dans son livre Clearing the Plains, l’historien James Daschuk explique ainsi que le gouvernement de Macdonald a affamé volontairement les peuples autochtones des Prairies et les a soumis afin de contrôler et de façonner politiquement une l’immense région allant de Regina à l’Alberta durant la construction du chemin de fer. Dans le même ordre d’idées, le gouvernement de Macdonald a découragé l’immigration des Chinois vers le Canada par la création de la taxe d'entrée, un montant important que devaient acquitter ces nouveaux arrivants mais qui n’étaient pourtant pas imposé aux autres immigrants. Ses défenseurs mettent néanmoins en avant d’autres preuves de l’avant-gardisme de Macdonald, comme ses efforts pour accorder le droit de vote aux femmes et le fait que certains pays occidentaux interdisaient carrément toute immigration en provenance des pays asiatiques.

Macdonald écoutait probablement tous les points de vue de manière sereine. Il déclarait ainsi que la politique « est un jeu qui nécessite un grand sang-froid et une stricte abnégation de ses propres préjugés et sentiments ». Il résume succinctement sa position dans l’une de ses rares déclarations concernant ses propres sentiments : « Je ne nie pas mes fautes par omissions ou par action. Mais je pense qu’il pourra être dit de moi, au bout du compte, qu’"il est largement pardonnable, parce qu’il aimait profondément", parce qu’il est vrai que j’ai aimé mon pays avec passion.” Un pays qui continue à prospérer aujourd’hui, avec ses qualités et ses défauts.