La communauté métisse de Batoche est un lieu historique national dans le centre de la Saskatchewan. Elle a été le théâtre, en 1885, de la dernière bataille importante de la rébellion du Nord‑Ouest qui a vu des rebelles métis et autochtones, dirigés par Louis Riel et Gabriel Dumont, être défaits par les milices du gouvernement fédéral, mettant effectivement un point final à l’insurrection en cours.

Rébellion

Dans les années 1880, alors que la traite des fourrures décline et que les grands troupeaux de bisons ont disparu, le mécontentement se généralise parmi les différents peuples qui vivent dans les prairies des actuelles provinces de la Saskatchewan et de l’Alberta. Les Cris, les Pieds‑Noirs et d’autres peuples autochtones doivent faire face à la famine et à la disparition de leur mode de vie. Les Métis sont, quant à eux, inquiets pour les titres de leurs lots de terres et de fermes et se sentent toujours vulnérables après l’échec de la rébellion de la rivière Rouge au Manitoba une décennie plus tôt. À Ottawa, le gouvernement fédéral semble peu enclin à prêter une oreille attentive aux préoccupations de ces peuples et à comprendre la situation critique dans laquelle ils se trouvent.

En mars 1885, le chef métis Louis Riel, récemment revenu d’exil des États‑Unis, transmet à Ottawa une pétition incluant une série de demandes relatives aux droits fonciers des Métis, instaure un gouvernement provisoire qu’il préside et, à la tête d’une armée de partisans métis, prend possession de l’église paroissiale de la communauté de Batoche.

Le gouvernement du premier ministre John A. Macdonald réagit en mobilisant les troupes de la milice, pour la plupart en provenance de l’Est du Canada, qu’il déploie rapidement vers l’Ouest en utilisant la ligne du Canadien Pacifique nouvellement construite. En avril, le major‑général Frederick Middleton est à la tête d’une armée fédérale de plus de 5 000 hommes stationnée en Saskatchewan.

Une série de violents affrontements entre la milice et les forces rebelles métisses et autochtones s’enchaînent au printemps 1885, culminant lors de la bataille finale de Batoche.

Bataille de Batoche

Le 9 mai, environ 900 soldats de la milice et des batteries d’artillerie, sous le commandement de Frederick Middleton, attaquent une force de moins de 300 combattants métis, cris et dakotas retranchés sur des positions défensives renforcées au sud de Batoche. Le major‑général divise alors ses forces en deux. Un premier groupe s’approche de l’ennemi en empruntant la rivière sur le Northcote, un bateau à vapeur de la Compagnie de la Baie d’Hudson transformé pour l’occasion en canonnière. Cependant, l’attaque échoue, les Métis déjouant la manœuvre en abaissant un câble de traversier qui décapite les cheminées du navire, lequel poursuit sa route sur la rivière sans faire de ravages.

Pendant deux jours, les Métis résistent également efficacement aux forces terrestres fédérales, repoussant les attaques répétées des troupes de Frederick Middleton en les prenant pour cible à partir de trous de tirailleurs construits sous la supervision du tacticien militaire des rebelles, Gabriel Dumont.

Cependant, le matin du 12 mai, deux colonels de la Force expéditionnaire fédérale, impatients de briser l’impasse dans laquelle se trouve la bataille, conduisent une attaque frontale contre les défenseurs affaiblis qui, à court de munitions, en sont réduits à tirer des clous et des pierres avec leurs fusils. Le village de Batoche est pris par les forces fédérales, portant un rude coup au moral des insurgés et annihilant tout esprit de rébellion. Plus de 25 hommes sont tués de chaque côté lors de cette bataille.

Louis Riel, qui sera finalement jugé et pendu, se rend quelques jours plus tard, Gabriel Dumont s’enfuit aux États‑Unis et d’autres combattants sont faits prisonniers et traduits en justice.

Aujourd’hui

Bien que l’église et le presbytère soient les seules constructions qui subsistent depuis 1885, Batoche est de nos jours un lieu historique national. On peut voir sur le site les restes des trous de tirailleurs des Métis et du camp de Frederick Middleton. Gabriel Dumont et d’autres dirigeants métis sont enterrés dans le cimetière voisin. Un centre d’accueil est désormais ouvert sur place et propose aux visiteurs une interprétation des événements de cette bataille, tout en présentant la vie sociale et économique des Métis.