« Feu, au nom du Père! Feu, au nom du Fils! Feu, au nom du Saint-Esprit! » C'est ainsi que Louis Riel, un crucifix à la main, entraîna ses compatriotes lors de la Rébellion du Nord-Ouest, dont le point culminant fut la bataille de Batoche du 9 au 12 mai 1885. Sous la direction de Riel et de Gabriel Dumont, moins de 300 Métis et autochtones des Premières Nations firent face à 800 membres de la Force de campagne du Nord-Ouest sous la direction du major-général Frederick Middleton.

En Saskatchewan, la désaffection était à la hausse, en grande partie à cause du fait que la gestion des terres des Prairies se faisait à distance par le département de l'Intérieur du gouvernement : département dont les dirigeants inefficaces étaient terrés à Ottawa et à Winnipeg. La Saskatchewan n'avait pas de représentation à Ottawa.

Parmi les Autochtones et les Métis, le ressentiment croissait au fur et à mesure que leur mode de vie succombait aux peuplements des Blancs. Les carabines, que maniaient également les Blancs et les Autochtones, avaient décimé les troupeaux de bison. Le rôle de transporteur et d'affréteur des Métis au service de la Compagnie de la Baie d'Hudson, que remplaçaient les bateaux à vapeur, était d'autant plus menacé par le progrès du chemin de fer.

La prise de Batoche, lithographie du sergent Grundy (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-2424).

L'agriculture ne convenait pas très bien aux Autochtones. Ottawa fit la sourde oreille à leurs demandes d'aide pour s'intégrer à ce métier. Au peuplement de Batoche, les arpenteurs se préparaient à recevoir de nouveaux peuplements de Blancs en divisant les terres des Métis, tout comme cela avait été fait à rivière Rouge 15 ans auparavant. Les Indiens des Plaines, qui ne comprenaient ni la langue ni les lois des Blancs, acceptaient des traités sans comprendre qu'ils cédaient leurs terres.

Les colons blancs étaient en colère à cause de ce qu'ils estimaient être un mauvais traitement aux mains du gouvernement fédéral, surtout au sujet de sa décision de construire 100 milles de voie ferrée au sud de la route originelle. Plusieurs colons avaient acheté des terres près de la ligne proposée entre Winnipeg et Edmonton. Mais en 1882, le Canadien Pacifique Limitée changea ses plans et construisit la ligne de chemin de fer en traversant Regina et Calgary.

Les Métis et les Premières Nations qui parlaient anglais supplièrent Riel de revenir au Canada en 1884; il était alors aux États-Unis où il avait été banni à cause du rôle qu'il avait joué dans la Rébellion de la rivière Rouge et l'exécution de Thomas Scott. Les Blancs l'accueillirent aussi. Le gouvernement fédéral ignora la principale arme de Riel, une pétition. En janvier 1885, Riel, se déclarant « Prophète du Nouveau Monde », proposa une rébellion armée.

Le 19 mars, Riel et ses adeptes armés prirent possession de l'église de Batoche; Riel forma un gouvernement provisoire, se nomma président, avec Dumont comme commandant militaire, puis demanda la reddition du fort Carlton. Les Métis firent des prisonniers à Batoche et occupèrent Duck Lake (le lac aux Canards) qui était à proximité.

Riel estimait que ce chantage, qui avait été si efficace au Manitoba, fonctionnerait à nouveau. Mais sir John A. Macdonald ne voulut rien savoir. La ligne du chemin de fer étant presque terminée, cela lui donna une raison pour ne pas capituler cette fois-ci. En 1870, Riel était maître du Manitoba, et Macdonald n'avait pas eu d'autre recours que de négocier avec lui. Mais en 1885, la voie ferrée facilitait la défense militaire. Onze jours après que les premiers coups furent tirés contre la Police Montée du Nord-Ouest au lac aux Canards, le 26 mars, les troupes de Macdonald débarquaient à Qu'Appelle.

Riel, à la tête de ses troupes, les mena le long de la rivière Saskatchewan où ils l'emportèrent sur les colons blancs et, au fil de leurs escarmouches, augmentèrent le nombre de leurs troupes. Les mauvaises décisions du commandant des troupes militaires contribuèrent au progrès de Riel et ses hommes. Il en fut de même pour la petite taille de la garnison policière à Frog Lake ainsi que le conseil d'un agent de la Compagnie de la Baie d'Hudson qui persuada les civils, avec des résultats désastreux, de n'offrir aucune résistance et d'avoir confiance en la clémence des Premières Nations.

Dumont mena ses partisans en véritable guérilla, mettant à profit leur mobilité et leur connaissance du terrain. Dumont aurait préféré combattre les forces de Middleton ailleurs, mais Riel, qui croyait que Dieu se rangeait du côté des Métis, choisit de les affronter à Batoche.

Les Métis et leurs alliés, en dépit de leur petit nombre, offrirent une résistance remarquable à la milice. Au début, Middleton avait prévu une attaque sur deux fronts : sur l'eau et sur terre. Ses plans furent littéralement mis à l'eau lorsque les Métis sabordèrent le navire Northcote en couchant un câble de traversier de travers dans la rivière, détruisant ainsi ses cheminées. Pendant trois jours, le combat fut composé d'échanges de salves et de tirs au canardeur, mais Middleton avait plus d'hommes, une meilleure artillerie ainsi qu'une mitrailleuse Gatling. Il hésita, car il ne voulait pas mettre ses hommes en danger, et, essentiellement, attendit jusqu'à ce que l'ennemi n'ait plus de munitions.

Le 12 mai, Middleton planifia d'attirer les Métis en direction d'une petite troupe de ses forces tout en attaquant avec la plupart de ses hommes au nord. L'officier à la tête des troupes plus nombreuses devait partir à l'attaque au moment où il entendrait les coups de feu de Middleton. La force du vent l'empêcha de les entendre. Middleton, insulté, se rendit au campement pour le lunch sans se douter que la manœuvre avait fonctionné bien qu'à retardement. Au bout de quelques minutes, le combat était terminé. Les Métis battirent en retraite. Le 15 mai, Riel se rendit, mais Dumont et quelques hommes réussirent à se sauver aux États-Unis.

Le gouvernement dut décider des chefs d'accusation à porter contre Riel. Contrairement à ses hommes, Riel n'avait commis aucun meurtre. Il avait, par contre, mené une insurrection; ultimement, on l'accusa de trahison sous la loi 1352, une loi archaïque. Riel fut jugé coupable et condamné à la peine de mort, bien que le jury recommandât la clémence. Il fut pendu le 16 novembre 1885 à Regina.