Peu d’expressions évoquent la futilité et les pertes ahurissantes de la Première Guerre mondiale aussi bien que « la Bataille de la Somme ». Pendant l’été 1916, les Britanniques lancent une offensive majeure contre les lignes allemandes. La bataille dure cinq mois, prend la vie ou blesse environ 1,2 million d’hommes, mais produit peu de gains. Le Corps expéditionnaire canadien est seulement impliqué dans les trois derniers mois de la bataille. Cependant, le premier jour de l’offensive, le Royal Newfoundland Regiment est presque anéanti à Beaumont-Hamel.

1er juillet 1916

Après deux ans d’impasse dans les vastes tranchées tenues par les Forces alliées et allemandes sur le front occidental, les Britanniques lancent une offensive massive dans la vallée de la Somme, dans le nord de la France. On espère que non seulement l’assaut mettra fin à l’impasse, mais aussi qu’il réduira la pression sur les troupes françaises assiégées, qui se défendent contre l’assaut allemand de longue date plus au sud, à Verdun.

L’offensive sur la Somme commence avec un intense bombardement d’artillerie, qui a peu d’effet pour assommer les troupes ennemies et détruire leurs pièces d’artillerie. Les Allemands se cachent tout simplement dans leurs abris enterrés jusqu’à la fin du tir de barrage. Ils en ressortent, en majeure partie indemnes, pour faire face à leurs attaquants. Beaucoup d’obus britanniques ont été mal fabriqués et s’avèrent inutilisables; d’autres manquent les détonateurs et n’explosent pas sur contact avec le fil barbelé, qui est tiré en travers du no man’s land.

Lorsque, à la fin du tir de barrage, les soldats britanniques grimpent jusqu’au haut de leur tranchée pour s’élancer vers l’ennemi, c’est une véritable catastrophe : des dizaines de milliers sont abattus par le tir de mitrailleuses ou bien pris sur le fil barbelé et tués quand ils essaient d’atteindre la ligne de l’ennemi. Ce premier jour de bataille, les Britanniques perdent plus de 57 000 hommes, tués ou blessés, mais n’obtiennent pas grand-chose pour leur sacrifice.

Parmi les morts et blessés, on compte plus de 700 soldats du premier régiment terre-neuvien, fauchés en moins d’une demi-heure à Beaumont-Hamel. Des 801 membres du régiment, seulement 68 peuvent répondre à l’appel à la fin du premier jour.

Corps expéditionnaire canadien

En 1916, Terre-Neuve ne fait pas encore partie du Canada. Les Forces canadiennes, stationnées en Belgique, près de la ville d’Ypres, sont épargnées les premiers mois de combat sur la rivière Somme. Par contre, à la fin août, on manque d’effectifs à la Somme, et les trois premières divisions du Corps expéditionnaire canadien (CEC) sont installées à la Somme pour contribuer à l’offensive, qui persiste sous les ordres des généraux britanniques.

Les Canadiens entrent dans le conflit le 30 août et, appuyés par les premiers chars engagés sur le front occidental, participent à l’offensive dans bon nombre d’attaques sanglantes de septembre jusqu’en novembre. Le CEC prend un certain nombre d’objectifs stratégiques, y compris les hauteurs Courcelette, Thiepval et Ancre. En novembre, la 4e Division d’infanterie canadienne, qui combat alors aux côtes des troupes britanniques, aide à prendre le bastion allemand de la tranchée Regina.

L’officier canadien C. G. Barns rappelle les grandes pertes qui étaient typiques de ces batailles : « Nous sommes entrés en bataille avec à peu près 40 hommes par peloton, 160 par compagnie, puis si on arrivait à en sortir 40 ou 50 hommes sur les 160, on réussissait bien. Ils n’étaient pas tous tués; ils étaient blessés, mais mis hors de combat… [Les Allemands] avaient des redoutes en ciment pleines de mitrailleuses, et on devait les prendre d’assaut et les détruire. On devait les encercler et les surprendre par l’arrière. Eh bien, 75 % des hommes étaient fauchés avant qu’on puisse y pénétrer. »

La pluie et la neige arrivent enfin à mettre fin à la Bataille de la Somme. Après cinq mois de combat, les Forces alliées n’ont pénétré que dans 13 km des 35 km du front. Leurs pertes sont estimées à 623 907, dont plus de 24 700 Canadiens et Terre-Neuviens. Les pertes allemandes s’élèvent à peu près à 660 000.

Leçons tirées

Le massacre apparemment inutile sur la Somme a mené à des interrogations et à la critique sévère de la direction des Forces alliées, surtout de celui du général Douglas Haig, le commandant du Corps expéditionnaire britannique, duquel le CEC et le premier régiment terre-neuvien font tous les deux partie. L’échec de l’offensive déclenche aussi un nouveau raisonnement au sujet des tactiques, y compris la conception des obus, l’emploi de l’artillerie, une planification et une coordination meilleures entre les assaillants sur le champ de bataille, et l’importance de permettre aux petits groupes de simples soldats d’exercer une direction et de l’initiative personnelle devant les revers de fortune de l’assaut.

On met déjà à l’essai certaines de ces idées au sein du CEC pendant les derniers mois de combat sur la Somme. Elles seront raffinées avec succès, et contribueront aux réussites du CEC en 1917 à la bataille de la crête de Vimy et à celle de Passchendaele.