Bataille de la rivière Mississinewa

La première véritable victoire américaine - et peut-être la première victoire des Autochtones - de la guerre de 1812, la bataille de la rivière Mississinewa, fut en fait un acte de représailles à l'encontre des villages de la nation Miami en décembre 1812. Ces affrontements eurent lieu à la suite d'attaques lancées par les Autochtones contre les colonies américaines de Fort Wayne et Fort Harrison sur le territoire de l'Indiana.

De toutes les troupes auxquelles les Américains se retrouvèrent confrontés au cours de la guerre de 1812, les troupes de guerriers autochtones étaient celles qu'ils craignaient le plus. Spécialistes des raids et des techniques de guérilla, les guerriers autochtones avaient instauré un climat de terreur dans l'exécution de ces tactiques et tant leur nombre que leur force semblaient se décupler aux côtés des troupes britanniques. En septembre 1812, des incursions autochtones dans le sud de l'Indiana, dans la colonie de Pigeon Roost, avaient fait vingt morts. Le 6 septembre 1812, les troupes autochtones avaient attaqué Fort Wayne, mais avaient été repoussées.

L'expédition du général Harrison à Mississinewa

Le général américain William Henry Harrison, commandant de l'armée du Nord-Ouest, décida qu'il était temps d'attaquer les Autochtones sur leur propre terrain. Après avoir obtenu la permission du secrétaire de la Guerre, Harrison ordonna au lieutenant-colonel John B. Campbell d'accompagner l'expédition jusqu'à Mississinewa. Harrison était convaincu que Mississinewa était le lieu de rendez-vous des troupes autochtones, lieu qui leur permettait de se réapprovisionner avant de lancer d'autres attaques en Ohio, plus précisément entre St. Mary's et les rapides Miami (aujourd'hui rapides Maumee). Campbell avait comme consigne de ne pas blesser les chefs autochtones, dans la mesure du possible, par peur de lourdes représailles. On lui avait également indiqué d'épargner les femmes et les enfants afin qu'ils puissent être « réinstallés » en Ohio.

Au début du mois de novembre, Campbell rassembla ses hommes en Ohio, soit 600 hommes d'infanterie à cheval, dragons et volontaires du Kentucky, et prit la direction de Fort Greenville pour préparer les prochaines opérations. Les hommes quittèrent Fort Greenville le 14 décembre, bravant le froid cinglant, dans la neige jusqu'aux cuisses. Les conditions rigoureuses avaient été jugées excellentes pour traverser les rivières gelées - les Autochtones ne pouvant ainsi remarquer leurs déplacements. Cependant, ni Harrison, ni Campbell n'avaient su composer avec la dure réalité : une traversée au cours de laquelle les soldats devaient se frayer un chemin parmi les blocs de glace. Menés par un guide autochtone, ils marchèrent jour et nuit jusqu'à ce qu'ils atteignent leur première cible, le village du chef indien Silver Heel, situé sur les berges de la rivière Mississinewa. Mais, avant même d'avoir pu déclencher une attaque-surprise, les Américains furent bien vite découverts et les guerriers autochtones du village parvinrent à fuir. Alors que les troupes américaines préparaient leur campement, un soldat qui s'était éloigné des abords du village fut tué d'une balle tirée par un Autochtone.

Deux autres villages furent pillés, des dizaines d'Autochtones tués ou faits prisonniers par Campbell et ses hommes, qui avançaient vite en dépit de l'hiver brutal. La peur des engelures susceptibles de paralyser l'expédition força Campbell à se raviser quant à la probabilité de poursuivre les affrontements. Le 17 décembre, les Américains retournèrent au village de Silver Heel ; là où une menace bien plus grave que les engelures les attendait.

Trois cents guerriers autochtones lancèrent une contre-attaque pour reprendre le village, récupérer leurs réserves d'hiver et libérer leurs familles emprisonnées. Prenant part à de rudes combats, les troupes autochtones réussirent à s'emparer de la redoute au nord du village. Le corps des Bourbon Blues du Kentucky était au cœur de la mêlée où des affrontements à main nue avaient lieu entre les faucons de guerre et les baïonnettes.

Campbell fit appel aux hommes des groupes de réserve pour appuyer la principale attaque par davantage d'armes. Bien vite, les guerriers autochtones se retrouvèrent sur la défensive, dépassés par le nombre d'adversaires. Quand il apparut que leur assaut ne permettrait pas de déloger les Américains, ils commencèrent à se replier. Campbell ordonna qu'une charge de la cavalerie menée par deux capitaines, Johnston et Trotter, inflige une cuisante défaite aux Autochtones. Selon l'un des témoins, peu d'hommes obéirent à Campbell et passée la première charge, la poursuite des Autochtones s'essouffla. Pourtant, la bataille de la rivière Mississinewa fut une rude bataille où les tirs fusèrent et où le sang coula à flot. Les Américains recensèrent 8 morts et 48 blessés, les Autochtones comptèrent 48 morts et des dizaines de blessés ou prisonniers.

Les Américains se replient sur Fort Greenville

Après s'être emparé du village de Silver Heel, Campbell réfléchit à l'utilité de lancer d'autres expéditions pour attaquer des villages de la nation Miami. Le village auquel il pensait se trouvait à 20 milles du campement. Lorsque la bataille prit fin, Campbell apprit de l'un des prisonniers que le chef de guerre Shawnee Tecumseh, à la tête d'une centaine d'hommes, se trouvait à proximité et qu'il se dirigeait vers le village de Silver Heel. Mais comme de nombreux soldats américains avaient succombé aux rudes conditions climatiques, que plus d'une centaine de chevaux avaient péri, que les réserves de munition s'amenuisaient, Campbell ordonna à ses troupes de reprendre le chemin de Fort Greenville. La plupart des montures étant mortes, les hommes durent marcher, même les blessés. En plus de ce fardeau, Campbell devait retourner au fort avec des captifs autochtones. Le retour fut un véritable enfer, les températures étaient glaciales, les hommes, frigorifiés, avançaient lentement. Campbell ordonna que les poneys des Autochtones soient montés par des Autochtones, ce qui lui valut le mépris de ses hommes pour qui le bétail représentait une forme de butin. Ces prisonniers autochtones étaient cependant le dernier rempart contre des représailles : la possibilité que des guerriers autochtones suivent leurs traces étant bien réelle, Campbell fit savoir que si lui et ses hommes étaient attaqués, les blessés seraient tués.

Sur le point de succomber à la faim, les hommes de Campbell furent sauvés par les renforts menés par le capitaine Adai et prirent le chemin du retour vers Fort Greenville. Campbell avait donc perdu 60 pour cent de ses effectifs, morts ou blessés, soit en raison de la guerre soit à cause du mauvais temps. Il ne parvint jamais à atteindre le village qui se trouvait à 20 milles de la rivière Mississinewa. Les hommes de Campbell avaient certes fait preuve de courage et d'habileté dans la défense de leur position, mais ils ne réussirent pas vraiment à paralyser les Autochtones ni à les empêcher de poursuivre la guerre dans la région. La bataille de la rivière Mississinewa fut donc une victoire partielle aussi bien pour les tribus de la nation Miami que pour les Américains.