La zone culturelle des forêts de l’Est réfère à la région qui s’étend de la côte nord-est des États-Unis et des Provinces maritimes d’aujourd’hui jusqu’à l’ouest des Grands Lacs. Le présent article traite de façon générale des peuples autochtones qui ont été et demeurent les premiers habitants de cette région. Bien que, dans certains cas, des dates précises sont spécifiées, l’article traite en général de la vie et de la société précédant le contact avec les Européens et des changements qui résultent de leur arrivée. Les peuples des forêts de l’Est ne sont habituellement pas désignés ainsi, car chacune des régions culturelles comprend un certain nombre de groupes différents et uniques. La région des forêts de l’Est comprend, entre autres, les peuples Haudenosaunee, Micmac, Anishinaabe et Wendat. On compte six zones culturelles dans ce qui est aujourd’hui le Canada. Les zones ne sont pas limitées par les frontières internationales.

Principaux groupes linguistiques

Les Autochtones des forêts de l’Est parlent des langues appartenant aux familles linguistiques iroquoienne et algonquienne, qui ne sont pas apparentées. À l’origine, les peuples de langue iroquoienne occupent la majeure partie de ce qui est aujourd’hui le sud de l’Ontario, le nord des États de l’Ohio, la Pennsylvanie et l’état de New York, et la vallée du Saint-Laurent à l’est, jusqu’à la ville actuelle de Québec. Le territoire habité par les groupes de langue algonquienne s’étend depuis le lac Supérieur, au nord du lac Huron, jusque dans la vallée de l’Outaouais, puis vers l’est à travers ce qui est aujourd’hui la Nouvelle-Angleterre et les provinces de l’Atlantique.

Les groupes iroquoiens comprennent les Ériés (au sud du lac Érié), les Neutres (région des rivières Grand et Niagara), les Wenros (à l’est de la rivière Niagara), les Haudenosaunee, soit les Sénécas, les Cayugas, les Onondagas, les Oneidas et les Mohawks (de la rivière Genesee à la rivière Mohawk et, au nord, jusqu’aux montagnes Adirondacks). Ils comptent également les Wendats (Hurons) (de la baie Georgienne au lac Simcoe), les Pétuns (au sud-est de la baie Georgienne) et les Iroquoiens du Saint-Laurent (aujourd’hui de Montréal à Québec).

Les groupes algonquiens, pour leur part, incluent les Ojibwés (de la région est du lac Supérieur au nord-est de la baie Georgienne), les Outaouais (île Manitoulin et péninsule de Bruce), les Nipissing (dans la région du lac Nipissing), les Algonquins (autour de la rivière Outaouais et de ses affluents), les Abénaquis (au Vermont, au New Hampshire, dans l’ouest du Maine et le sud-est du Québec actuels), les Malécites (du sud de la vallée du Saint-Laurent à la baie de Fundy, dans l’est du Maine et l’ouest du Nouveau-Brunswick actuels) et les Micmacs (dans la péninsule gaspésienne et ce qui est aujourd’hui le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse).

Les langues iroquoiennes appartiennent à deux branches, l’une au sud, formée des Cherokees, et l’autre au nord, formée de tous les groupes mentionnés ci-dessus. Les langues utilisées par les Iroquoiens du Saint-Laurent, les Wendats, les Pétuns et les Neutres sont toutes disparues. Les six langues iroquoiennes maintenant parlées au Canada (le mohawk, l’oneida, l’onondaga, le cayuga, le sénéca et le tuscarora) sont celles de peuples venus de l’État de New York après la Révolution américaine. De nos jours, ces langues sont toujours utilisées, mais le sénéca et le tuscarora sont gravement menacés. Dans les forêts de l’Est, on trouve deux branches de la famille algonquienne, les Algonquiens du centre (Ojibwés, Outaouais, Nipissing et Algonquins) et les Algonquiens de l’Est (Abénaquis, Micmacs et Malécites). Les langues parlées dans chacune des branches demeurent très intelligibles pour les deux groupes, les Algonquiens du centre constituant des chaînes linguistiques (voir Autochtones, langue des).

Il importe de noter que les peuples Haudenosaunees (Iroquois) appartiennent au groupe des langues iroquoiennes, mais n’en sont pas les seuls représentants. Il en va de même pour les Algonquiens et le groupe des langues algonquiennes.

Géographie

Les forêts de l’Est sont une vaste zone qui s’étend au sud-ouest, jusqu’à l’Illinois actuel, et à l’est, jusqu’à la côte de la Caroline du Nord. Les forêts à feuilles caduques du sud de l’Ontario, des basses terres du Saint-Laurent et des provinces de la côte de l’Atlantique se transforment au nord en forêts mêlées de conifères et d’arbres à feuilles caduques, caractéristiques du Bouclier canadien, en allant vers l’ouest, et du plateau des Appalaches, vers l’est. Sauf dans les provinces de l’Atlantique, la ligne de partage des eaux de la région des Grands Lacs et du Saint-Laurent met des moyens de transport fluviaux à la disposition de tous les habitants des forêts de l’Est. Ceux qui vivent au sud des hautes terres jouissent d’un sol et d’un climat qui se prêtent à la culture du maïs, des fèves et des courges (qu’on appelle les « trois sœurs »). L’alimentation de bon nombre de peuples des forêts de l’Est provient en grande partie de leurs vastes champs.

Ressources

La viande du cerf de Virginie est probablement l’une des plus importantes, sauf dans le nord, où l’on trouve l’orignal et le caribou. Certaines peuplades des régions côtières chassent le phoque, et pêchent des poissons d’eau douce, des anguilles, des mollusques et des crustacés. Dans certaines régions et suivant les saisons, les oiseaux aquatiques et terrestres constituent une ressource importante. Les animaux à fourrure, particulièrement le castor, jouent un rôle prépondérant dans la vie économique fondée sur le troc. Les peuples de cette zone cueillent et mangent diverses variétés de noix, de baies, de tubercules et de plantes. Certaines peuplades récoltent la sève de bouleau et d’érable, et le riz sauvage.

Historique

Expéditions vikings) semblent faire des expéditions sporadiques en Arctique et sur la côte est entre le Xe siècle et le XIVe siècle, les premières influences européennes importantes sont celles des pêcheurs des Grands Bancs de Terre-Neuve, qui commencent à faire la traite des fourrures au début du XVIe siècle, juste avant que Jacques Cartier établisse ses premiers contacts avec les Micmacs et les Iroquoiens du Saint-Laurent, en 1534-1535. À la fin du XVIe siècle, la plupart des groupes des forêts de l’Est sont engagés, directement ou indirectement, dans la traite des fourrures. Au cours de cette période, les Iroquoiens du Saint-Laurent abandonnent leurs terres ancestrales et la Confédération haudenosaunee devient prédominante.

Dès le début du XVIIe siècle, des colonies européennes sont établies dans l’île de Sable (temporairement), à Tadoussac, sur la rivière Sainte-Croix dans le Maine actuel, et à Port-Royal, dans la vallée de l’Annapolis. En 1609, Henry Hudson explore la côte de ce qui deviendra la Nouvelle-Angleterre et la rivière qui porte son nom, tandis que Samuel de Champlain participe à une expédition guerrière des Algonquiens, des Innus et des Wendats contre les Mohawks près du lac Champlain, événement qui marque le début de la participation européenne aux hostilités intertribales, qui durent pendant un siècle. En 1624, quand les Hollandais établissent New Amsterdam (New York), les animaux à fourrure sont déjà en bonne partie exterminés sur la côte de l’Atlantique en raison du commerce. Durant la première moitié du XVIIe siècle, les épidémies de maladies européennes et les guerres réduisent de beaucoup les populations autochtones. Parallèlement, leur mode de vie, fondé sur la chasse et la cueillette, est bouleversé par leurs nouvelles relations commerciales avec les Européens. Les Autochtones développent des relations de dépendance quand des articles européens variés remplacent les leurs, et de nouvelles formes de territorialité et d’hégémonie sont instaurées.

En Nouvelle-Angleterre, la guerre de Pequot (1637) et la guerre du roi Philip (1675-1676) déciment la population autochtone, l’empêchant ainsi de s’opposer à la colonisation européenne. Après environ 1660, des Abénaquis (« peuple de la terre de l’aurore ») déménagent à Saint-François, près du Saint-Laurent. Dans la région des Grands Lacs, les Haudenosaunee intensifient leurs attaques contre d’autres peuples de langue iroquoienne et des groupes algonquiens durant les années 1640 et 1650, forçant plusieurs personnes à fuir leur patrie (voir Guerres iroquoises). Les groupes de Wendats, de Pétuns, de Neutres et d’Ériés qui restent s’enfuient vers l’ouest et deviennent connus sous le nom de « Wyandot ». Un groupe s’établit à Lorette, près de Québec, et forment les Hurons-Wendats. Les Haudenosaunees, clairsemés par les guerres et les épidémies, augmentent leur nombre en adoptant leurs prisonniers et les réfugiés de guerre.

À la fin du XVIIe siècle, la puissance des Haudenosaunees est en mutation. Les Ojibwés et les Algonquins se déplacent vers ce qui est actuellement le sud de l’Ontario. Leurs descendants y occupent aujourd’hui encore des réserves. En 1722, les Haudenosaunees acceptent les Tuscaroras, un peuple de langue iroquoienne du nord, qui se joignent à leur Confédération après avoir fui les Carolines vers le nord. Après cet ajout, la Confédération est désormais appelée les « Six-Nations ».

Durant la première moitié du XVIIIe siècle, la plupart des peuples de langue algonquienne des forêts de l’Est sont les alliés des Français, et échangent des fourrures contre des biens européens. À l’exception d’un groupe de Mohawks établi près de Montréal, la majorité des Haudenosaunees s’allient aux Britanniques.

Après la guerre de Sept Ans (1756-1763) et la conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques, en 1759-1760, une coalition plus ou moins organisée, incluant les Outaouais et les Ojibwés, se montre mécontente des politiques du nouveau régime, notamment l’appropriation unilatérale des terres, l’utilisation de la force pour contrer toute opposition et la fin des échanges de cadeaux symboliques. En 1763, Obwandiyag, chef des Outaouais connu en français sous le nom de « Pontiac », mène un groupe formé d’Outaouais, d’Ojibwés, de Potawatomis et de quelques Wendats pour assiéger le Fort Détroit. Ses alliés s’emparent du Fort Michilimackinac. La guerre fait rage dans toute la région, mais rapidement, la coalition s’effrite. Pontiac accepte un accord de paix en 1766. Le conflit, appelé « guerre de Pontiac », montre la lutte incessante des Autochtones pour leur autonomie. Il influence aussi la Proclamation royale de 1763, qui reconnaît les droits territoriaux des Autochtones et jette les bases des futures négociations de traité. Cependant, la Proclamation ne s’applique pas aux colonies des Maritimes. Les administrateurs coloniaux de cette région se croient donc autorisés à s’approprier des terres et à établir des réserves sans négocier de traité.

Cependant, la majorité des peuples de langues algonquiennes s’allient aux Britanniques lors de la Révolution américaine (1775-1783), mais le combat divise les Haudenosaunee de l’État de New York, dont un grand nombre s’établissent dans les territoires cédés par les Britanniques dans ce qui est aujourd’hui le sud de l’Ontario. Des membres de chacune des six nations de la Confédération des Haudenosaunees s’installent le long de la rivière Grand, et quelques groupes de Mohawks, à la baie de Quinte. Les cessions de territoires, une dépendance économique croissante vis-à-vis des pionniers européens et un état de démoralisation généralisé provoquent un mouvement de réaction en 1799, dirigé par le prophète sénéca Handsome Lake. La nouvelle religion de Handsome Lake s’étend à d’autres communautés haudenosaunees au Canada et aux États-Unis. Handsome Lake et Pontiac sont souvent considérés comme les initiateurs de l’autodétermination des Autochtones au sein du mouvement panamérindien.

Après la guerre de 1812, quelques groupes d’Ojibwés, d’Outaouais et de Potawatomis quittent les États-Unis à destination de la région de la baie Georgienne. Une partie des Oneidas s’établit près de la rivière Thames. Durant la première moitié du XIXe siècle, le gouvernement colonial crée des réserves à l’intention des peuples de langue algonquienne autour de la baie Georgienne. Les traités Robinson-Huron et Robinson-Supérieur de 1850 permettent au gouvernement de s’approprier de vastes superficies de terre au nord des lacs Supérieur et Huron. Dans les provinces de l’Atlantique, le gouvernement colonial, qui n’est pas assujetti à la Proclamation royale, crée une soixantaine de communautés micmaques.

À mesure que les colonies européennes s’agrandissent et se multiplient dans les forêts de l’Est, le mode de vie des peuples de langue iroquoise et algonquienne, centré autour de la chasse et la cueillette, est menacé. L’horticulture, souvent introduite par les missionnaires, complète une alimentation qui finit par inclure autant de la nourriture commercialisée que du poisson et du gibier locaux. Certains Autochtones travaillent dans le secteur des ressources, en particulier dans l’industrie forestière, l’exploitation minière et le commerce des fourrures, ou même comme ouvriers à temps partiel.

Alors que les colons accroissent leur dominance dans le secteur des ressources, les Autochtones des forêts de l’Est sont de plus en plus marginalisés, et sont souvent confinés dans des réserves mal desservies, qui sont souvent en région éloignée. La création des pensionnats exacerbe davantage la perte de la culture, car ils éloignent les enfants de leur maison et de leur langue. Dans ces écoles, les élèves sont victimes d’abus et de négligence, ce qui engendre encore plus d’ostracisme culturel au sein de leur collectivité d’origine. Privés du savoir-faire traditionnel et souffrant de la perte de leur culture, les collectivités vivant dans les réserves deviennent de plus en plus dépendantes du soutien financier gouvernemental. Le manque de perspectives d’emploi et la formation inadéquate entraînent la pauvreté dans la plupart des réserves qui ne sont pas situées à proximité des grandes agglomérations urbaines.

La Loi sur les Indiens, adoptée en 1876, combine l’Acte pour l’émancipation graduelle et l’Acte pour encourager la civilisation graduelle. Elle assujettit les conseils de bande au contrôle du gouvernement. En vertu de la loi, le gouvernement peut remplacer les conseils traditionnels par des conseils élus, qui cadrent davantage avec les objectifs d’assimilation. Nombre de réserves s’opposent à ces changements. En 1924, le gouvernement impose un conseil élu à la réserve des Six-Nations, mais la majorité des résidents s’y opposent encore aujourd’hui. Le modèle traditionnel demeure en place, au détriment du modèle approuvé par le gouvernement. Au début du XXe siècle, bon nombre d’Autochtones des forêts de l’Est ont adopté le christianisme, parfois uniquement pour la forme, fruit du vaste travail missionnaire dans le domaine de l’éducation. Plusieurs Haudenosaunees continuent à pratiquer la religion de la longue maison de Handsome Lake.

crise des années 1930, plusieurs Autochtones émigrent vers les grandes villes du Canada et des États-Unis pour y travailler. Le traité Jay de 1794 permet aux Autochtones du Canada de voyager librement aux États-Unis pour y travailler, y étudier et y vivre. Depuis environ 1960, de nouveaux programmes de travail, financés par le gouvernement à l’intérieur des réserves, et les initiatives communautaires visant à promouvoir l’art et l’artisanat aident à diminuer cette dépendance économique dans certaines collectivités.

Culture traditionnelle

Les peuples de langues iroquoiennes se nourrissent principalement de maïs, de fèves et de courges cultivés, qu’on surnomme les « trois sœurs ». Ils ajoutent à ce régime les produits de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Les hommes s’emploient à défricher des aires de forêt, tandis que les femmes ensemencent la terre, en récoltent les fruits et fabriquent des poteries. Les Wendats échangent leur maïs avec les Nipissing contre du poisson ou des peaux. L’entreposage des récoltes permet d’établir des campements sédentaires, souvent fortifiés et de différentes dimensions, allant de petits hameaux, comptant quelques familles, à des agglomérations plus importantes, où vivent jusqu’à 3500 personnes. La densité de peuplement est élevée, atteignant un sommet de près de 23 personnes au kilomètre carré chez les Wendats. Bien que les évaluations diffèrent, les Iroquoiens du nord doivent compter de 70 000 à 90 000 personnes à l’arrivée des Européens.

Un village typique comprend un grand nombre de maisons longues en écorce d’orme ou de cèdre. Chaque maison longue abrite plusieurs familles apparentées. Au moment de prendre résidence, le couple observe une tradition matrilocale. Après son mariage, le mari vit dans la maison longue de son épouse. De même, la filiation, le patrimoine et l’héritage suivent un ordre matrilinéaire. Un ou plusieurs ménages forment une matrilinéarité. Plusieurs lignées constituent un clan exogame (où les membres sont tenus de se marier avec quelqu’un qui n’appartient pas à leur groupe social) représenté par un emblème totémique particulier. Les tribus sont formées de 3 à 10 clans dont les membres sont dispersés dans plusieurs villages. Chez certains groupes, les clans sont divisés en deux catégories, qu’on appelle « moitiés ». Les membres d’un clan et même d’une tribu, chez les Haudenosaunees, se considèrent comme frères et sœurs, indépendamment de leur village ou de leur communauté d’appartenance.

La plupart des nations iroquoiennes ont des chefs civils et des chefs guerriers. La Confédération des Haudenosaunees a un conseil comprenant 50 postes permanents et héréditaires qui se maintiennent, quoique de façon modifiée, jusqu’à nos jours. Lors des cérémonies funéraires, on honore le souvenir des chefs de la Confédération disparus et on confère à leurs successeurs des noms honoraires reliés à leurs fonctions. Les Wendats ont un système politique similaire.

Les peuples algonquiens pratiquent le Midewiwin (Société de la grande médecine). Tous les groupes ont des spécialistes de la religion, nommés « chamans », qui pratiquent des rituels saisonniers souvent reliés aux récoltes et organisent des célébrations périodiques (voir Autochtones, religion des). Chez les Wendats, la fête des morts est un rituel très complexe qui se déroule habituellement au moment où les villages doivent se déplacer. On rassemble les ossements des parents décédés avant de les déposer dans des fosses communes avec des objets personnels. Les Haudenosaunees ont un certain nombre de sociétés de guérisseurs, qui mettent justement l’accent sur la guérison, dont la plus connue est la Société des faux visages. À l’occasion des cérémonies, les membres portent des masques de bois minutieusement sculptés.

La Confédération Wabanaki, qui habite toute la péninsule des Maritimes, comprend les Abénaquis, les Micmacs, les Penobscot, les Passamaquoddy et les Malécites. Cette confédération de langue algonquienne est établie au début des années 1680 en réponse à l’agression de la Confédération Haudenosaunee. Elle permet aux nations wabanakies d’augmenter le pouvoir politique de leurs tribus et leur poids dans les négociations devant les administrations coloniales et de consolider le sentiment d’appartenance des tribus individuelles à une plus grande communauté. La Confédération est dissoute en 1862, puis elle renaît en 1993.

L’horticulture de subsistance est surtout marginale chez la plupart des peuples algonquiens des forêts de l’Est. Les Outaouais, les Algonquins, les Abénaquis et les Malécites s’en tiennent à certaines cultures : les Ojibwés et les Micmacs ne cultivent que très peu, et les Nipissing échangent leur poisson contre le maïs des Hurons. On se nourrit surtout des produits de la chasse et de la pêche. Les peuples algonquiens chassent l’ours, le chevreuil, l’orignal, le caribou et même le phoque, le marsouin et la baleine dans certaines régions. On se sert d’arcs, de flèches, de lances, de pièges, de collets et d’assommoirs pour chasser et, pour pêcher, d’hameçons, de fascines, de foènes et de filets. Dans la région des Grands Lacs, on récolte le riz sauvage au début de l’automne et on recueille la sève d’érable ou de bouleau au début du printemps. La viande est bouillie ou rôtie pour la consommation immédiate ou fumée et séchée pour la conservation.

La routine des activités saisonnières ne dispose pas à un mode de vie strictement sédentaire chez les Algonquiens, bien que l’abondance de certains aliments, surtout le poisson, et le mince recours à l’horticulture permettent une plus grande sédentarité que chez les peuples de la région subarctique. Les habitations sont plus petites et plus temporaires que celles des Iroquoiens, allant des tipis en écorce de bouleau et de forme conique aux wigwams à coupole ou aux constructions rectangulaires qui abritent plusieurs familles. La dimension du village varie selon les saisons, les plus fortes concentrations de population ayant lieu durant l’été. Certains villages ojibwas et abénaquis comptent jusqu’à 300 personnes.

Contrairement aux Iroquoiens, qui se déplacent surtout sur la terre ferme ou en canots d’écorce d’orme, les Algonquiens fabriquent des canots d’écorce de bouleau, étroits et élancés. En hiver, ils utilisent des raquettes, des traîneaux et des toboggans. Le commerce et les visites semblent pratiques courantes entre peuplades algonquiennes voisines.

Avant le contact avec les Européens, l’unité politique la plus importante chez les Algonquiens des forêts de l’Est semble être le village constitué par une bande, étant donné que les confédérations de chefs de village n’existent pas. Chaque bande ou village semble avoir au moins un chef, dont le statut est habituellement transmis par la lignée paternelle. Chaque groupe patrilinéaire est caractérisé par un totem à l’effigie d’un animal. Les territoires des villages de bande ne sont pas rigoureusement délimités, et tous les membres ont accès aux ressources de base.

Le personnage religieux le plus important pour les peuples algonquiens, le chaman, est guérisseur, et a recours à des cérémonies magiques pour éloigner les mauvais esprits comme le Windigo et repérer le gibier. Selon le savoir traditionnel, l’univers est habité de puissances spirituelles, et les Algonquiens ne font pas de distinction conceptuelle entre le monde des humains et celui des animaux. Les peuples algonquiens célèbrent des fêtes et des rituels saisonniers, de même que des rituels associés à la naissance, à la puberté et à la mort. On mange encore des aliments traditionnels tels que le pain et la soupe au maïs et on continue de cultiver le tabac utilisé lors de cérémonies.

La quête de la vision, nécessaire à l’acquisition de son propre gardien surnaturel, est pratiquée par tous les groupes. Chez les peuples algonquiens, la célébration de la fête des morts est quelque peu différente de celle des Wendats. Au cours du XVIIe siècle, ces célébrations attirent un grand nombre de personnes appartenant souvent à plusieurs tribus. Compte tenu du grand nombre de biens dont on se défait et des noms des nouveaux chefs qui y sont évoqués, ces fêtes ressemblent au potlatch funéraire pratiqué sur la côte du Nord-Ouest.

Changements culturels

L’omniprésence des cadres politiques et sociaux des colonisateurs entraîne un grand nombre de transformations culturelles au sein de tous les groupes des forêts de l’Est. La chasse, la cueillette et la pêche deviennent des activités de subsistance marginales, sauf chez certains Micmacs et les Malécites, pour qui la pêche demeure une source importante de revenu, même s’ils rencontrent des difficultés, notamment lors de la crise de Burnt Church. La pratique de l’agriculture décline à mesure que les populations des réserves s’accroissent, que les terres sont morcelées et que de nouvelles possibilités d’emploi se présentent.

Bon nombre d’Algonquiens conservent une vision animiste du monde, alors que les Haudenosaunees, observant en cela la religion de la longue maison, respectent des croyances et des principes autochtones modifiés. Les croyances et les valeurs traditionnelles ont tendance à être plus profondément ancrées chez ceux qui parlent régulièrement une langue traditionnelle. Le regain de vie de certains aspects de la culture traditionnelle, notamment les langues, les arts, l’artisanat (voir Art autochtone), les danses et les cérémonies rituelles, de même qu’une prise de conscience politique accrue renforcent l’identité et le respect de soi après plus de trois siècles d’érosion culturelle.