La zone culturelle de la côte nord‑ouest, une des six zones culturelles autochtones du Canada, est une région aux extrêmes typographiques : larges plages, fjords profonds et montagnes aux sommets enneigés. Elle couvre, bien entendu, la côte nord‑ouest de l’Amérique du Nord (côte du Pacifique) et longe les rivières Nass et Skeena, et le fleuve Fraser en Colombie-Britannique. Avant l’arrivée des Européens, les peuples indigènes de la côte avaient une organisation économique et politique complexe, caractérisée par de grandes populations et d’importantes variétés culturelles, linguistiques et politiques.

Territoire et ressources

Dans la zone culturelle autochtone de la côte nord‑ouest, les températures sont modérées. En janvier, la moyenne est constamment au-dessus du point de congélation, tandis qu’en juillet, la moyenne est inférieure à 18 °C. Située dans la forêt pluviale côtière, la zone reçoit d’abondantes précipitations. Par exemple, Prince-Rupert, sur la côte nord et les îles périphériques, enregistre 2 576 mm de pluie par an, et Victoria, dans le détroit de Georgia, 876 mm (surtout en hiver). Les denses forêts de conifères (p. ex., cèdres, épinettes, sapins, pruches) abondent dans la région, et les plages et les cours d’eau sont bordés de sous‑bois touffus. La géographie de la zone, composée de ruisseaux, de fjords et d’archipels dessinés dans la roche escarpée qui forme les montagnes côtières, offre de nombreux emplacements idéaux pour fonder des villages, et ce, à proximité de la mer.

Avant l’arrivée des Blancs, la nourriture était abondante : on trouvait sur place des cerfs à queue noire, des ours, des élans et des chèvres de montagne, et il y avait partout des mammifères marins (p. ex., des phoques et des marsouins) et de grandes quantités de poissons, de crustacés et de coquillages. Une variété de fruits, de bulbes et d’autres plantes fournissaient des éléments nutritifs importants. Et, surtout, on pouvait toujours compter sur les grandes remontes de saumons du Pacifique, nombreux lors de leur migration annuelle, que l’on mangeait immédiatement après la capture ou séchait pour les consommer plus tard.

Le cèdre était également d’une importante capitale, puisque son grain à fil droit et allongé était idéal pour le travail artistique ou fonctionnel du bois.

Grandes familles linguistiques et peuples

Bien que la plupart des peuples autochtones de la zone a maintenant l’anglais comme première langue, la côte nord‑ouest présente la plus grande diversité linguistique de toutes les zones culturelles autochtones au Canada. Dans le Nord, les Tlingits de la pointe nord‑ouest de la Colombie‑Britannique et du sud‑ouest du Yukon vivent à l’intérieur des terres et sont apparentés aux Tlingits de la côte sud de l’Alaska, et les Haïdas vivent sur l’archipel Haida Gwaii. Le tlingit et le haïda sont des langues isolées et uniques, c’est‑à‑dire qu’elles ne semblent pas être apparentées à d’autres langues, quelles qu’elles soient.

Le long des rivières Nass et Skeena, et des côtes avoisinantes, on parle traditionnellement quatre langues de la famille linguistique tsimshenne (les Tsimshians), qui a peut-être une parenté lointaine avec plusieurs autres familles linguistiques. Ensemble, ces familles linguistiques sont appelées pénutiennes et sont parlées dans l’Oregon et au sud de cet État.

Le long de la côte, du territoire tsimshian au nord‑est de l’île de Vancouver, on parle successivement le haisla (les Kitamaats), le heiltsuk (les Bella Bellas), l’oowekyala (à Rivers Inlet) et le kwakiutl ou kwak’wala (les Kwakwaka’wakws). Ces langues sont elles-mêmes apparentées au nuu‑chah nulth (les Nootkas) et au nitinat (les Ditidahts), parlés sur la côte ouest de l’île de Vancouver, ainsi qu’au makah, parlé au cap Flattery dans l’État de Washington. Toutes ces langues appartiennent à la famille linguistique wakashane.

Les autres peuples de la côte parlent traditionnellement des langues de la grande famille salishennes. Au nord, entre les Kitamaats et les Bella Bellas, on parle le bella coola (les Nuxalks). Dans le détroit de Georgia, au-dessous des Kwakwaka’wakws du Sud, on parle diverses langues salishennes mutuellement inintelligibles : le comox, le pentlatch (disparu) et le sechelt, parlés par un ensemble appelé les Salish de la côte nord du détroit de Georgia, ainsi que le squamish, le halkomelen, le nooksack (maintenant parlé seulement dans l’État de Washington) et le salish des détroits, parlés par un ensemble appelé les Salish de la côte centrale. Toutes ces langues sont qualifiées de mutuellement inintelligibles pour souligner que la connaissance d’une langue ne présuppose pas la connaissance d’une autre.

Ainsi, on trouve sur la côte nord-ouest de la Colombie-Britannique 19 langues dont les différents locuteurs ne se comprennent pas entre eux. Ces langues appartiennent elles-mêmes à cinq groupes distincts entre lesquels aucune relation n’a encore été clairement établie (voir Langues des Autochtones et Familles des langues indigènes de la côte du nord-ouest).

Résumé historique

Début de l’établissement

Les premiers habitants de la côte nord‑ouest s’y sont probablement établis il y a près de 14 000 ans après la dernière ère glaciaire (voir Préhistoire). Des sociétés se forment alors autour des pratiques de chasse et de cueillette, et de pêche (le saumon étant la ressource la plus importante). La sécurité des lieux et l’abondance des ressources favorisent l’établissement permanent, et la constitution d’une richesse et d’une organisation politique complexe, et ce, sans économie agricole. Les découvertes archéologiques (p. ex., d’instruments de modelage et d’ornements datant de milliers d’années) montrent que les traditions artistiques et spirituelles, comme le potlatch, sont pratiquées sur la côte depuis 5 000 ans. Il y a environ 1 500 ans, les peuples de la côte commencent à se diviser sur les plans culturel, linguistique et géographique.

Contacts initiaux avec les Européens

Les premiers contacts avec les Européens ont lieu à la fin du XVIIIe siècle, lorsque des explorateurs et des marchands commencent à interagir avec les peuples côtiers. De vastes épidémies de variole, virus transmis par les Européens porteurs, tuent un très grand nombre d’Autochtones dans les années 1780, 1830, puis 1830. Par ailleurs, d’autres maladies réduisent dramatiquement la population indigène aux XIXe et XXe siècles. Une importante épidémie de variole tue près de 20 000 Autochtones en 1982, puisqu’après son éclosion dans les camps près de Victoria, les autorités forcent les Indigènes à rentrer chez eux, où le virus se propage.

Lorsque les explorateurs espagnols et britanniques ouvrent la voie aux commerçants à la recherche de grandes quantités de peaux de loutre de mer, les peuples acceptent de troquer ces dernières pour des armes à feu, des outils en fer et d’autres produits européens. Des postes de traite permanents sont établis, de même qu’une série de forts de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Dès 1850, cette dernière a la mainmise sur le commerce dans la région.

Établissement des Européens

La découverte d’or sur le fleuve Fraser, en 1857, provoque une ruée de mineurs et de colons vers les colonies nouvellement fondées (voir Ruées vers l’or). Les villes sont rares, mais les Autochtones y viennent de loin pour échanger des marchandises. Les maladies contagieuses, surtout la variole, déciment les Indigènes, qui ne sont plus, en 1885, qu’une minorité de la population.

Le gouverneur James Douglas conclut quelques petits traités avec des villages autochtones de l’île de Vancouver entre 1850 et 1854 (voir Traités autochtones). Les droits ainsi reconnus aux Autochtones, dont les droits fonciers et les compensations pour l’appropriation des terres, le sont de moins en moins progressivement alors que les Européens s’installent et se multiplient, jusqu’à ce qu’ils soient oubliés complètement à l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération en 1871. Puis, deux commissions, constituées en 1876 et en 1912, sont chargées de créer des réserves. Cependant, ni l’une ni l’autre n’est apte à conclure des traités ou à trouver des solutions définitives aux doléances des Autochtones. Par ailleurs, les réserves créées, bien qu’elles soient imposées unilatéralement aux Autochtones et ne répondent pas toujours à leurs demandes, assurent au moins à beaucoup de villages un minimum de protection pendant que l’afflux d’immigrants se poursuit.

La question non réglée des terres, les politiques assimilatrices et oppressives du gouvernement qui impose notamment une disposition interdisant le potlatch dans la Loi sur les Indiens de 1884, et la discrimination culturelle et le harcèlement fréquents dans les pensionnaires, amènent les groupes locaux à protester et à se révolter. Des associations organisées de tribus se constituent par la suite, soit l’Allied Tribes of British Columbia, en 1915, et le Native Brotherhood of British Columbia, en 1931.

Dès leurs premiers contacts avec des étrangers, les Autochtones de la côte se sont volontiers adonnés au commerce et ont travaillé comme ouvriers, bateliers ou domestiques. Ceux qui vivaient dans des régions éloignées et dont l’économie de subsistance était viable étaient de parfaits travailleurs saisonniers lorsque l’exploitation des ressources en était à ses débuts. Au XIXe siècle, quelques tribus créent des entreprises économiques. Toutefois, la mécanisation et la centralisation progressives des industries de la pêche et du bois ont fait diminuer la participation des Autochtones à titre de travailleurs et de petits producteurs indépendants. Dans les années 1960, quelques tribus sont fleurissantes, mais majoritairement, le chômage et le sous-emploi sont devenus chroniques dans les tribus côtières.

Traités et revendications foncières

Cour suprême en 1973, et de la décision du Canada de négocier le règlement des revendications en souffrance, le Canada et les Nisga'a entreprennent en 1976 des négociations en vue de conclure un traité. La Colombie-Britannique se joint aux négociations en 1990 et une entente de principe est signée en mars 1996. Le traité, qui entre en vigueur en 2000, est un accord historique, puisqu’il s’agit du premier traité en Colombie‑Britannique à octroyer le droit constitutionnel à l’autonomie gouvernementale.

Les gouvernements provincial et fédéral, et des représentants des Premières Nations de la Colombie‑Britannique constituent en 1993 la Commission des traités de la Colombie-Britannique pour faciliter la négociation de traités avec les autres Premières Nations de la province. En 1996, la plupart des groupes côtiers ont déjà déposé des déclarations d’intention en vue de négocier des traités dans le cadre du processus établi par la Commission. Ce processus long et fastidieux a donné peu de résultats, et quelques groupes se sont retirés. Malgré les délais, le traité concernant la Première Nation de Tsawwassen, premier traité urbain de l’histoire de la Colombie-Britannique, entre en vigueur en 2009, et le traité Maa-nulth, en 2011. Ce dernier englobe les nations de Huu-ay-aht, de Ka :’yu :'k't’h'/Che:k'tles7et'h, de Toquaht, de Ucluelet et de Uchucklesaht, toutes membres du conseil tribal Nuu-chah-nulth. La Cour suprême du Canada déclare dans les décisions de Haida Nation et de Taku River Tlingit (2004) que la Couronne a pour obligation de consulter les peuples autochtones et de trouver des accommodements raisonnables à leurs préoccupations quant aux politiques qui peuvent porter atteinte à leurs droits reconnus par traité. Cette obligation s’impose avant même la signature de traités.

Répartition traditionnelle du travail

Les fondements matériels de l’existence étaient les mêmes dans toutes les tribus de la côte nord‑ouest, et ce, malgré leur langue et culture variées. La charpenterie était le travail des hommes, qui utilisaient des lames en pierre ou en coquillage, des coins et des marteaux en pierre pour façonner une multitude d’articles d’usage quotidien. D’énormes habitations d’hiver, dotées d’une charpente à poteaux et à poutres recouverte de planches de cèdre taillées, étaient construites dans des styles régionaux distinctifs. (Ces habitations sont généralement appelées maisons en planches de cèdres, mais aussi longues maisons et grandes maisons.) Les artisans fabriquaient aussi les pirogues (voir Canot d’écorce), à bord desquelles on voyageait sur les cours d’eau rapides et en haute mer.

Il revenait surtout aux femmes de filer le cordage qui servait aux filets et aux lignes à pêche, et de tresser des articles avec des racines et de l’écorce de cèdre, comme de gros récipients d’entreposage, des paniers de cueillette ajourés (c’est‑à‑dire, des paniers qui présentent une ouverture) et des chapeaux élégants finement décorés. Les femmes fabriquaient aussi des tapis et des nattes en écorce de cèdre ou en jonc pour garnir et recouvrir l’intérieur des maisons et les garder plus au chaud. Elles tissaient aussi des jupes et des manteaux en écorce de cèdre pour le port quotidien. Lors d’occasions spéciales, les gens des tribus du Nord portaient des couvertures chilkats richement décorées, faites en écorce tressée et en laine de chèvre de montagne. Chez les Salish de la côte, on ajoutait du poil de chien au poil de chèvre de montagne pour tisser d’épaisses couvertures ornées de bordures décoratives qu’on portait tous les jours par temps froid. Tout le long de la côte, des mantes de fourrure s’ajoutaient à cette garde‑robe rudimentaire.

La chasse, la pêche et la cueillette étaient les moyens de subsistance sur la côte nord‑ouest. Les ressources marines avaient une importance primordiale. Les agrès de pêche étaient adaptés aux conditions particulières de la mer et des cours d’eau, ainsi qu’aux espèces de poissons propres à chaque endroit. Les pêcheurs utilisaient différentes techniques. Par exemple, on pêchait à la traîne ou à la ligne dormante avec des hameçons garnis d’appâts. On utilisait aussi des harpons, des javelots ou des filets, et on installait des pièges à marée ou des nasses dans les cours d’eau. Les chasseurs de mammifères terrestres utilisaient des arcs et des flèches, des collets, des assommoirs et des filets; on chassait les mammifères marins à l’aide de harpons en mer et de gourdins ou de filets sur les rivages. L’abondante sauvagine était capturée à l’aide de toutes sortes de filets ingénieux. La pêche aux mollusques et aux crustacés, la cueillette de baies sauvages et la récolte de racines comestibles, de bulbes et de pousses vertes fournissaient aussi des aliments nutritifs. Aucune de ces ressources variées n’était répartie également dans toutes les régions, et les tribus côtières, de façon cyclique, quittaient leurs villages d’hiver pour se déplacer ou se disperser aux divers endroits à mesure qu’arrivait la saison propice à chaque ressource.

La pêche et la chasse étaient pratiquées surtout par les hommes, tandis que la cueillette de plantes et de mollusques était surtout le travail des femmes. Par contre, le travail était réparti de façon complémentaire et se faisait souvent en collaboration. Les hommes et les femmes fabriquaient les outils nécessaires au travail. Puisque presque tous les aliments étaient obtenus à certaines périodes en quantité supérieure aux besoins immédiats, on les mettait souvent en réserve pour les périodes de disette. Les captures de poissons et de gibiers étaient surtout faites par les hommes, mais les femmes s’occupaient de la cuisson et de la conservation.

Vie sociale

Partout sur la côte nord‑ouest, la cellule sociale de base était le clan qui avait généralement un ancêtre commun. Chez les peuples du Nord, l’appartenance à ce clan dépendait de l’ascendance maternelle; dans le Sud, on pouvait appartenir au groupe tant par la lignée masculine que par la lignée féminine. Dans les deux régions, des groupes de proches parents se formaient ainsi; les gens se mariaient entre eux, vivaient ensemble dans une maison ou un groupe de maisons et suivaient les directives et les conseils de chefs compétents. Ces chefs portaient des titres officiels ou des noms héréditaires prestigieux dans la lignée familiale et étaient les gestionnaires des biens familiaux, y compris les biens immatériels comme les noms, les pratiques rituelles, les chants spéciaux et les connaissances secrètes. Le plus important était toutefois la propriété des biens immeubles comme les maisons et leurs terrains, les buissons de baies sauvages, les territoires de chasse, les roqueries de phoques et les emplacements de pièges à poissons. Certains territoires et certaines eaux étaient accessibles à tous, mais les endroits qui fournissaient la nourriture la plus abondante étaient de propriété privée.

Les biens immobiliers, mis en valeur par une habile gestion du travail familial et de l’équipement de chaque personne, permettaient aux clans et à leurs chefs d’être fort productifs et d’accumuler une richesse notable. La propriété était le fondement et le moyen d’action du système de rangs et de classes de la côte nord‑ouest. Certaines tribus avaient un système interne de rangs sociaux définis; d’autres avaient des catégories souples. On trouvait partout quelque forme de distinction entre supérieurs et inférieurs ainsi que la pratique de l’esclavage. Les esclaves étaient acquis à la guerre ou achetés. Ils vivaient dans les maisons de leurs propriétaires, mais ils n’avaient pas tous les droits civils et étaient tenus d’accomplir des tâches serviles.

Les villages étaient toujours proches des eaux navigables et les maisons étaient disposées en parallèle sur les plages, face à l’eau. Ils étaient unifiés par des liens de parenté, un dialecte et des droits communs sur un territoire, mais ils étaient dirigés par des lignées puissantes. Chez les Tsimshians et les Nootkas de la côte, des chefs de village puissants se sont imposés et ont commencé à élargir leur influence sur la confédération temporaire des villages d’hiver. Les conflits qui dégénéraient parfois en guerres étaient le résultat de blessures ou d’intrusions illicites. L’acquisition de biens, y compris d’esclaves, était aussi des sujets de conflit. La petite taille et la diversité des villages ainsi que la pratique de donner des cadeaux en dédommagement des torts causés peuvent avoir aidé à limiter l’ampleur des guerres, dont l’occurrence était endémique sur toute la côte.

Les gens haut placés de clans ou de villages distincts trouvaient des intérêts communs dans leur appartenance à une même classe et formaient des associations rituelles souvent décrites comme des « sociétés secrètes ». Surtout, ils étaient unis par les liens du mariage et les échanges de cadeaux auxquels ceux-ci donnaient lieu. Des mariages étaient conclus entre personnes de clans distincts vivant souvent dans des villages fort éloignés. Pour assurer la validité des droits de la lignée et le maintien du statut social, on convoquait une assemblée de gens provenant de nombreux clans afin qu’ils soient témoins de ces réclamations lors de potlatchs (célébrations et festins cérémonials). Lors de ces cérémonies, les hôtes servaient de la nourriture aux invités et leur remettaient des cadeaux. On pratiquait le troc et le commerce, mais les cadeaux et les fêtes étaient les principaux moyens de répartition et d’échange de richesse.

Vie religieuse et spirituelle

Dans les tribus indigènes de la côte nord‑ouest, il n’y avait pas de séparation stricte entre le sacré et le profane, car on voyait le sacré dans toute pensée et toute action. La croyance en des esprits puissants identifiés à des formes et à des objets animés était fondamentale. Les esprits pouvaient intervenir dans les affaires humaines, mais quelqu’un pouvait, en se purifiant, espérer les convaincre de devenir ses alliés. Ces esprits auxiliaires conféraient leurs pouvoirs aux chamans ou aux ministres de la religion, mais ils donnaient aussi aux gens ordinaires des talents spéciaux ou leur apportaient la chance. De tels privilèges étaient héréditaires dans certains cas. Cette conscience du pouvoir des êtres vivants autres que l’homme concordait avec la pratique répandue des prières et des cérémonies de bienvenue visant à obtenir d’abondantes migrations annuelles de poissons (voir Religion des Autochtones).

Au cours de sa vie, chaque personne changeait de statut quand elle atteignait la puberté, quand un nom lui était conféré ou quand elle se mariait. Ces occasions étaient marquées par des tabous et des rites complexes et par des festivités. On attribuait la maladie à des causes physiques, mais aussi à la perte de l’âme ou à l’intervention de forces spirituelles; on appelait alors les chamans, desquels on attendait un diagnostic et un traitement curatif. Toutes les tribus de la côte croyaient à la vie après la mort et à des esprits qui pouvaient faire du tort aux vivants. Les rites funéraires et commémoratifs servaient à séparer les vivants des morts et à nourrir, à honorer et à apaiser les défunts.

Culture et arts

Les peuples de la côte nord‑ouest associent la musique et les arts décoratifs aux activités tant sacrées que profanes. Les esprits auxiliaires conféraient des chants aux peuples, qui servaient ensuite à transmettre les traditions des sociétés secrètes et des familles et qui accompagnaient souvent des mises en scène masquées d’événements mythiques. On chantait en toute occasion : pour calmer les bébés, pour accompagner les jeux, pour exprimer l’affection ou la tristesse. La voix était le principal instrument mélodique, mais elle était accompagnée par une variété d’instruments à percussion, de sifflets et de cors.

La sculpture et les arts décoratifs faisaient aussi partie de la vie quotidienne. Les artistes agrémentaient les outils, les maisons, les paniers, les vêtements et les articles qui se rapportaient au monde spirituel. La sculpture et la peinture sur bois, les totems en particulier, sont les produits les plus réputés de la culture de la côte nord‑ouest. Les fouilles archéologiques indiquent que ces traditions artistiques ont une longue histoire dans la région et que les styles régionaux ont en commun des caractéristiques formelles fondamentales qui remontent à une tradition plus ancienne. Dans le Nord, les arts suivent des règles très strictes et les emblèmes familiaux y sont souvent représentés sur les terrains des gens. Les sculpteurs wakashans excellaient dans la fabrication de masques pour les représentations théâtrales. Les Salish mettaient surtout l’accent sur les objets à usage religieux et s’intéressaient peu aux emblèmes. Dans toutes les régions, la possession de sculptures et d’objets d’art décoratif était un signe de richesse et dénotait le statut social (voir Art autochtone de la côte nord-ouest).

Changements culturels

Bien que les cultures de la côte nord‑ouest aient visiblement changé en adoptant d’emblée les vêtements et les outils des Européens, de nombreux villages, souvent installés sur leurs terres ancestrales, gardent leur ancienne relation avec la mer; bon nombre d’Autochtones de la côte préfèrent la nourriture traditionnelle. Les missionnaires et les administrateurs gouvernementaux ont pratiqué des politiques d’occidentalisation forcée, d’assimilation et de destruction culturelle jusqu’à la fin du XXe siècle. L’éducation obligatoire dans les pensionnats centralisés, où les langues traditionnelles étaient interdites, a eu de graves répercussions sur les structures communautaires, la connaissance des langues et la socialisation des Autochtones. Les élèves, privés de leur famille, ont souvent subi du harcèlement physique, sexuel et psychologique, qui a affecté les générations suivantes. Plusieurs langues de la côte ne sont parlées couramment que par quelques personnes et sont menacées de disparition, malgré des efforts tentés pour renverser la tendance au moyen de programmes officiels d’enseignement des langues.

Même si le gouvernement a interdit le potlatch de 1884 à 1951, les fêtes et les échanges cérémoniels, surtout chez les Kwakwaka’wakws du Sud, n’ont jamais complètement cessé et connaissent un renouveau depuis la fin du XXe siècle. Les quelques villages salish de la côte qui ont maintenu la coutume de la danse des esprits ont été les centres d’un renouveau religieux remarquable qui continue d’attirer des adeptes.

Après avoir atteint un creux en 1915, la population des tribus de la côte nord‑ouest ne cesse d’augmenter. En 2014, plus de 100 Premières Nations de la côte recensaient au total une population de plus de 74 000. Par ailleurs, ces données ne tiennent pas compte des Autochtones non recensés. Bon nombre de résidents de villages isolés sont partis à cause du chômage et parce qu’ils ne pouvaient pas s’y instruire.

Les Autochtones de la côte nord‑ouest se sont toujours fermement opposés aux politiques et aux pratiques qui réduisent leurs droits ancestraux et laissent leurs revendications territoriales en suspens (voir Politique gouvernementale concernant les Autochtones). Les Premières Nations de la côte, comme les Nisga’a et les Haïdas, avec les nations de la zone intérieure de la Colombie‑Britannique, continuent de défendre la reconnaissance des droits des Autochtones à leurs terres ancestrales. De cette pratique résultent bon nombre d’ententes et de décisions qui permettent le développement de structures d’envergure variée qui vise l’autonomie gouvernementale des Autochtones.