Un des poèmes militaires les plus populaires de l’histoire, Au champ d’honneur a été écrit durant la Première Guerre mondiale par John McCrae, officier et chirurgien canadien. Le poème, composé à l’origine en anglais sous le titre In Flanders Fields, a contribué à l’adoption du coquelicot comme symbole du Souvenir.

Ypres

Quand, à 41 ans, il se porte volontaire pour servir pendant la Première Guerre mondiale, John McCrae écrit à un ami : « En réalité, j’ai plutôt peur, mais j’aurais plus peur de rester à la maison avec ma conscience. » En avril 1915, John McCrae et un jeune ami, Alexis Helmer, rejoignent les 18 000 soldats de la première division canadienne à leurs postes, près d’Ypres, en Belgique. La deuxième bataille d’Ypres commence le 22 avril et dure six semaines infernales. C’est pendant cette bataille que les Allemands lancent la première attaque massive au gaz toxique de la guerre.

Médecin montréalais, John McCrae est major et chirurgien de campagne pour l’Artillerie canadienne du Corps expéditionnaire canadien. Ypres est la première opération majeure de la guerre.

« L’impression générale qu’il y a dans mon esprit est celle d’un cauchemar », écrit John McCrae à sa mère, « et, en arrière-plan, les morts, les blessés, les estropiés et l’angoisse terrible de voir la ligne céder. »

Le 2 mai, Alexis Helmer est tué. En raison de l’absence de l’aumônier de la brigade, John McCrae, en tant que médecin de la brigade, préside les funérailles de son ami. Plus tard, à la tombe de ce dernier, il écrit quelques vers, le début du poème In Flanders Fields (Au champ d’honneur).

Publication d’In Flanders Fields

Avant la guerre, John McCrae a rédigé des poèmes, dont certains ont été publiés.

Alors, quand In Flanders Fields est terminé, John McCrae en envoie une copie au magazine The Spectator à Londres, qui refuse de le publier. Mais un journaliste qui visite l’hôpital en rapporte une copie au magazine Punch, dans lequel il paraît anonymement le 8 décembre 1915. En quelques mois, il devient le poème le plus populaire de la guerre. La puissance évocatrice du coquelicot qui fleurit dans la terre retournée fait de ce symbole une tradition qui transmet le souvenir des personnes mortes en faisant leur devoir.

En 1917, In Flanders Fields est connu dans l’ensemble de la communauté anglophone. Il est utilisé pour encourager l’effort de guerre, pour financer les troupes et pour stimuler l’enrôlement aux États‑Unis qui se mobilisent pour entrer en guerre – « John McCrae » sera alors un nom très connu.

Héritage

Chaque jour du Souvenir, des millions de gens au Canada et dans le monde lisent le poème de John McCrae. Il est également mis en musique dans divers arrangements, entre autres celui de William Hewlett qui est utilisé lors des cérémonies du jour du Souvenir à Ottawa. (Voir In Flanders Fields en musique). À Ypres (auj. Ieper), en Belgique, un musée d’histoire installé dans les anciennes Halles aux Draps est nommé d’après le titre du poème. La galerie d’exposition spéciale du Musée canadien de la guerre porte aussi le nom de John McCrae.

Au champ d’honneur

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts
Nous qui songions la veille encor'
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici
Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.

Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur

Composé au front le 3 mai 1915 pendant la deuxième bataille d’Ypres, en Belgique.

Adaptation française du poème In Flanders Fields de John McCrae par Jean Pariseau.