L’histoire de l’Armée canadienne va de paire avec celle du Canada. Ce qui commence comme une petite milice à l’époque de la Confédération devient une force armée respectée, constituée principalement de soldats-citoyens, dans le cadre de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale. De la guerre de Corée aux missions de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies en Afghanistan, et malgré des ressources limitées et des missions parfois mal définies, l’armée du Canada, aujourd’hui principalement constituée de professionnels, a servi avec distinction dans le monde entier.

Milice et rébellion du Nord-Ouest

En 1867, lors de la naissance de la Confédération, une des toutes premières priorités du gouvernement est de mettre sur pied une force de défense territoriale au service de la petite nation qui ne compte alors que 3,5 millions de personnes. La menace la plus importante pour le nouveau pays vient du sud, des États-Unis, avec ses 36 millions d’habitants.

La Loi de Milice de1868 (voir Lois de Milice) crée une milice sédentaire composée de tous les hommes âgés de 16 à 60 ans. Cette force n’existe que sur le papier, mais elle est complétée en temps de paix par une milice active dont les soldats s’entraînent 8 à 16 jours par an.

En 1870, plus de 13 000 miliciens se portent volontaires pour garder les frontières du Canada contre l’attaque que menacent de mener des Américains d'origine irlandaise, les fenians. Les fenians espèrent faire avancer la cause de l’indépendance de l’Irlande face aux Britanniques en amenant des forces impériales en Amérique du Nord pour protéger le Canada. Leurs attaques échouent et en 1871, la Grande-Bretagne retire ses dernières garnisons du Canada et laisse à la milice le soin de défendre le pays.

En mars 1885, plus de 6 000 hommes se portent volontaires pour mater la Rébellion du Nord-Ouest, un soulèvement de Métis et d’Autochtones dans les Prairies. Le contingent envoyé par Ottawa est commandé par l’officier britannique Frederick Middleton. Mis à part quelques autres officiers britanniques, l’expédition militaire est essentiellement composée de Canadiens. Les soldats à temps partiel, pas entraînés et mal équipés, sont néanmoins enthousiastes et ils progressent rapidement vers l’Ouest en empruntant les nouvelles sections du chemin de fer du Canadien Pacifique.

Le contingent perd ses premières batailles, notamment celle de Cut Knife Hill, sous le commandement du lieutenant-colonel canadien William Otter. Il se reprend cependant lors de la bataille de Batoche, le 12 mai 1885, en forçant la reddition de Louis Riel et d’autres chefs rebelles. En tout et pour tout, la milice comptera 26 morts et 103 blessés dans ses rangs lors de sa première grande campagne. Les miliciens apprennent de leurs adversaires métis et autochtones les avantages que présentent les tactiques s’appuyant sur des fusiliers montés et le camouflage dans des tranchées ou des postes de tir. Otter deviendra un héros après son retour chez lui, en Ontario.

Guerre d'Afrique du Sud

En 1899, Otter commande le premier contingent envoyé pour combattre les républiques boers en Afrique du Sud. C’est la première guerre outre-mer à laquelle participe le Canada. Malgré les réticences de la plupart des Canadiens français à envoyer des troupes combattre pour les Britanniques dans une guerre impériale, le premier ministre Wilfrid Laurier parvient à un compromis en envoyant un bataillon d'infanterie fort de 1 000 volontaires. Le Canada s’engage à payer les dépenses associées à l’enrôlement, à l’équipement et à l’envoi de ces soldats en Afrique du Sud tandis que la Grande-Bretagne promet de payer toutes les dépenses encourues sur place après leur arrivée. Wilfrid Laurier souligne que cet effort ne devra pas être considéré comme un précédent et n’engage en rien les troupes canadiennes pour ce qui est de leur participation éventuelle aux futures guerres menées par la Grande-Bretagne. Deux contingents supplémentaires sont levés pour servir en Afrique du Sud, portant le nombre total d’hommes enrôlés à plus de 8 000. Lord Strathcona, haut-commissaire du Canada à Londres, finance aussi personnellement une unité de 600 fusiliers montés. Cette unité sera plus tard intégrée aux forces armées canadiennes permanentes sous le nom de Lord Strathcona’s Horse (Royal Canadians).

Les unités canadiennes restent ensemble en Afrique du Sud, au lieu d’être divisées pour renforcer les unités britanniques. Cette unité dans l’effort marque le début d’une tradition nationale que les forces canadiennes considèrent comme essentielle à leur esprit de corps et à leur capacité au combat. Les conditions de vie sous le climat torride d’Afrique du Sud sont très pénibles, les fusiliers boers d’une efficacité diabolique et les maladies omniprésentes. Quatre-vingt-neuf Canadiens meurent au combat, 252 sont blessés et 135 succombent de maladie. Lorsque la guerre se termine en faveur de la Grande-Bretagne, les Canadiens sont accueillis chez eux par une nation remplie de fierté pour l’Empire et les troupes. (Voir bataille de Paardeberg.)

La fierté de la mission accomplie en Afrique du Sud alimente le soutien du public pour une armée de volontaires. Frederick Borden, ministre de la Milice au sein du gouvernement Laurier, introduit la Loi sur la Milice de 1904 afin de mettre en œuvre des réformes clés, notamment la création du Conseil de la milice, présidé par un officier supérieur canadien occupant le poste militaire le plus haut placé, celui de chef de l'état-major général. Au moment où le nationalisme canadien prend de l’ampleur, le dévouement à l’Empire reste tout de même suffisant pour bientôt motiver l’engagement du Canada dans ce qui allait devenir une guerre mondiale dévastatrice.

Première Guerre mondiale

Mobilisation

En 1868, le budget miliaire du Canada s’élève à 1,6 million de dollars. En 1914, sous le premier ministre Robert Borden, il est déjà passé à 11 millions de dollars et permet alors d’entretenir une milice de première ligne forte de 74 213 hommes et une force permanente de 3 110 hommes. Lorsque la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne le 4 août 1914, le Canada se retrouve aussi inévitablement en guerre.

Le colonel Sam Hughes, fervent partisan de la milice et ministre de la Milice dans le gouvernement Borden, entre alors en action. Il choisit d’ignorer les plans de mobilisation mis en place par son personnel, les considérant trop lents et trop compliqués pour être efficaces dans le cadre d’un conflit dont beaucoup prévoient la fin avant Noël. Sam Hughes prend donc directement contact avec les commandants de régiment. Il leur ordonne d’enrôler des volontaires aussi rapidement que possible et de les envoyer dans un nouveau camp d’entraînement en construction à Valcartier, au Québec. En l’espace de quelques semaines, plus de 30 000 soldats sont ainsi mobilisés et équipés puis envoyés en Grande-Bretagne où ils forment la Première division du Corps expéditionnaire canadien(CEC). Les premières recrues sont principalement issues des villes et 70 % des effectifs du premier contingent étaient d’origine britannique.

Ypres

Le CEC livre son premier combat d’envergure lors de la deuxième bataille d’Ypres, en 1915. Les Canadiens s’imposent alors comme des combattants déterminés et ingénieux, leurs troupes parvenant à conserver leurs positions face à la première des attaques au gaz (chlore) que les Allemands allaient lancer durant cette guerre. Ils parviennent à défendre le saillant d’Ypres tandis que les troupes alliées engagées tout près s’enfuient avant de ressentir l’atroce impact de ces armes chimiques jamais utilisées auparavant.

Un second contingent arrive peu après sur le front de l'Ouest. Sam Hughes et ses généraux sont convaincus que les unités canadiennes vont rester une fois de plus scindées sur le front. Le lieutenant-général britannique E.A.H. Alderson prend le commandement du Corps canadien, tandis que les majors-généraux canadiens Arthur Currie et R. W. Turner prennent la tête des première et deuxième divisions. L’addition des troisième et quatrième divisions en 1916 fait passer les effectifs du Corps à 70 000 hommes, mais les pertes s’accumulent à un rythme alarmant. Plusieurs unités composées de nouvelles recrues du Canada sont divisées pour renforcer des bataillons déjà aguerris. Le Corps canadien contribue à développer un puissant sentiment de fierté nationale, car contrairement aux divisions britanniques qui sont régulièrement déplacées d’un corps à l’autre, les divisions canadiennes restent ensemble.

Vimy et les cent jours

Sam Hughes incarne l’effort de guerre canadien aux yeux du public pendant les deux premières années du conflit, mais c’est Arthur Currie qui émerge comme le héros du Canada après la victoire de la crête de Vimy, le 9 avril 1917. Currie, sous le commandement du lieutenant-général britannique Julian Byng, est en effet parvenu à orchestrer les efforts de quatre divisions canadiennes lors d’une attaque innovatrice soigneusement planifiée sur les hauteurs de Vimy, un secteur que les forces britanniques et françaises n’avaient pu jusqu’alors atteindre. Comme un grand nombre de ses officiers, Arthur Currie vient de la milice lorsqu’il rejoint le CEC. Lui et ses hommes contribuent à faire de ce corps une force armée professionnelle et efficace à l’étranger. En juin, Currie remplace Julian Byng au poste de commandant du Corps canadien et en devient ainsi le premier commandant canadien. Tout au long des rudes combats de 1918, il continue à insister sur le fait que ses bataillons doivent rester groupés, y compris durant l’offensive des Cent-Jours au cours de laquelle les Canadiens prennent la tête de l’assaut des alliés qui va mener à leur victoire et l’armistice de novembre 1918. (Voir la bataille d’Amiens, la bataille de Cambrai et la bataille de Mons.)

Fierté et deuil

À la fin de la guerre, les soldats canadiens, tout comme l’ensemble du pays, ont conscience d’avoir créé une armée dotée d’une expertise acquise par le courage, l’adaptabilité, l’aptitude au combat et un esprit unique. Ils sont parvenus à intégrer les traditions de la milice au corps expéditionnaire juste formé qui s’est lancé dans les batailles d’Ypres, de la Somme, de la crête de Vimy, de Passchendaele et des cent jours. Renforcés par des innovations tactiques et un esprit de corps sans faille, les effectifs du CEC atteignent 619 636 soldats. Au total, 66 000 de ces soldats ont donné leur vie et 173 000 ont été blessés en servant leur pays et l’Empire britannique. (Voir Évolution des troupes de choc canadiennes.)

De retour au Canada en 1919, la plupart des soldats du CEC démobilisés reprennent le travail comme commis, agriculteurs, enseignants, bûcherons, mineurs ou travailleurs en usine. Une fois encore, la force permanente compte environ 4 000 hommes. Elle se compose du Royal Canadian Regiment (RCR), du Royal 22e Régiment, du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI), des Royal Canadian Dragoons (RCD) et du Lord Strathcona’s Horse. La milice, forte de 40 000 hommes, reste une unité de réserve de l’armée. Épuisés par plus de quatre années d’une guerre d’usure âpre et ruineuse, de 1914 à 1918, les Canadiens deviennent isolationnistes et les dépenses militaires perdent leurs soutiens.

Deuxième Guerre mondiale

En septembre 1939, la guerre éclate à nouveau entre les alliés et l’Allemagne. Le Canada se prépare à combattre aux côtés de la Grande-Bretagne, mais cette fois, en tant que nation indépendante. La Première Armée canadienne est mise sur pied sous le commandement du lieutenant-général A.G.L. McNaughton. En 1942, elle compte déjà trois divisions d’infanterie auxquelles s’ajoutent deux divisions blindées et deux brigades blindées. La plupart des soldats s’entraînent en Grande-Bretagne où ils attendent leur déploiement.

Hong Kong et Dieppe

Mis à part les deux bataillons envoyés en vain en renfort pour la défense de Hong Kong, les unités de l’Armée canadienne ne participent que très peu aux combats avant le raid amphibie sur Dieppe, sur les côtes françaises, le 19 août 1942. Sur les 4 963 soldats de la deuxième division débarqués sur les plages de Dieppe, 907 sont tués, 586 sont blessés et 1 946 sont faits prisonniers. Les pénibles leçons de ce terrible bilan humain seront tirées plus tard dans la guerre, lorsque les stratèges alliés tiendront compte des nombreuses erreurs commises à Dieppe lors de la préparation de la bataille de Normandie.

Italie

En 1943, la première division canadienne est finalement lancée dans les combats, en Italie. Les Canadiens avancent en Sicile avec la huitième armée britannique du général Bernard Montgomery. Ils entament ensuite la longue et difficile campagne sur le continent italien. Tout en développant leur expertise en matière de coopération entre les unités d’infanterie et les unités blindées, les 92 757 Canadiens présents sur ce théâtre opérationnel se battent avec succès contre des forces allemandes pourtant bien entraînées et lourdement armées.

De la Sicile à la rivière Moro, en passant par Ortona, la vallée du Liri, la ligne Gothique à Rimini, Montone et Senio, la première division fais ses preuves en terrain difficile et lors de batailles coûteuses qui favorisent souvent les défenseurs allemands bien retranchés. Plus du quart des soldats canadiens déployés en Italie seront soit tués (5 399), soit blessés (19 486), soit faits prisonniers (1 004).

Normandie

Le Jour J, le 6 juin 1944, les alliés envahissent la Normandie et entament une percée qui va durer 11 mois, sur le territoire français et dans le Nord-Ouest de l’Europe, jusqu’en Allemagne. Près de 14 000 soldats canadiens prennent part au débarquement allié qui s’étale sur un front de 90 km. Après l’assaut de Juno Beach, les Canadiens parviennent à pénétrer plus loin à l’intérieur des terres au premier jour de l’invasion que les forces britanniques ou américaines. Le Jour J est un tournant décisif, mais le Canada paie un lourd tribut avec 359 tués sur le champ de bataille, 715 blessés et 47 faits prisonniers.

Le succès des Canadiens au Jour J est néanmoins suivi, un mois plus tard, par un désastre lors de l’avancée vers Falaise, un mouvement offensif destiné à couper la retraite de plusieurs éléments de l’armée allemande. Les deuxième et troisième divisions canadiennes n’ont été intégrées au 2e Corps, sous le commandement du lieutenant-général Guy Simonds, que deux semaines auparavant. Au cours de l’opération Spring, le 25 juillet, les Canadiens subissent une de leurs plus lourdes pertes de toute la guerre, le bilan des tués dans la journée venant juste après celui de Dieppe. Durant tout l’été, dans des conditions difficiles, la Première Armée canadienne, sous les ordres du général Harry Crerar, continue à avancer vers le sud malgré une résistance tenace de la part des Allemands. Le 21 août, les alliés finissent par capturer le restant des forces allemandes dans le Nord de la France, mettant ainsi un point final à la campagne de Normandie.

Les ports de la Manche et le Rhin

Alors que les alliés s’avancent vers l’est en direction de l’Allemagne, les Canadiens sont chargés de libérer les ports situés sur la Manche, notamment la ville belge d’Anvers et l’estuaire de l’Escaut, en aval. (Voir Libération des Pays-Bas). Le général Crerar va bientôt prendre le commandement de la plus grande armée canadienne de campagne jamais réunie, soit plus de 450 000 hommes, renforcée par les unités canadiennes qui se battaient jusqu’alors en Italie et par d’autres unités stationnées à l’étranger. En mars 1945, les soldats canadiens, qui se battent aux côtés des forces britanniques et américaines, traversent le Rhin. Ils vont bientôt contribuer à la défaite finale du troisième Reich d’Hitler.

Trois quarts des commandants de brigade canadiens et 90 % des commandants d’unité étaient des miliciens avant la guerre. Sur le plus d’un million d’hommes et de femmes qui ont servi dans les forces armées durant la guerre, plus de 730 000 étaient actifs dans les unités combattantes. Le bilan pour ces unités a été de 22 910 tués, 52 679 blessés et 6 433 faits prisonniers, un lourd tribut pour une petite nation de seulement 11 millions de personnes. Tout comme le Corps canadien de 1918, la Première Armée canadienne de 1945 est devenue une force armée professionnelle, extrêmement efficace, dotée d’une solide réputation militaire.

Guerre froide et maintien de la paix

Comme elle l’avait fait en 1919, l’Armée canadienne se démobilise rapidement après la Deuxième Guerre mondiale. Les forces actives et les forces de réserve restantes sont sous-financées et mal équipées durant les premières années de la guerre froide qui s’est instaurée entre le bloc Ouest, dirigé par les États-Unis, et le bloc Est communiste, dirigé par l’Union soviétique. En 1949, le Canada se joint à l’Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

À l’époque, le Canada a déjà participé à sa première mission de maintien de la paix sous l’égide des Nations unies (ONU), dans la région du Cachemire, le long de la nouvelle ligne de démarcation entre l’Inde et le Pakistan. La prédilection de l’Armée canadienne pour les missions de maintien de la paix se renforce bientôt grâce à sa participation à l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve dans les territoires israéliens et arabes et en 1954, avec son rôle de supervision et de contrôle des territoires anciennement détenus par la France en Indochine.

Guerre de Corée

Le 25 juin 1950, la Corée du Nord communiste envahit la République de Corée. En février 1951, le Canada envoie le 2e bataillon du PPCLI sur le front sous le commandement du 27e Groupe-brigade d’infanterie britannique. Les 2e bataillons du RCR et du Royal 22e Régiment intègrent la Division du Commonwealth aux côtés de deux brigades britanniques. Les deux groupes subissent fréquemment des pertes lors de violentes escarmouches ou d’opérations de plus grande envergure, souvent contre des forces chinoises hautement qualifiées et puissamment armées.

Experts dans l’utilisation des mitrailleuses, notamment des mitrailleuses Bren, des lance-roquettes et des mortiers, les Canadiens sont plongés dans une guerre visant à empêcher la perte de la République de Corée. Le cessez-le-feu du 27 juillet 1953 met fin au conflit. Le Canada aura perdu 312 hommes au combat et 94 hommes en dehors des combats tandis que 1 202 auront été blessés et 33 faits prisonniers. Le 38e parallèle est rétabli comme frontière entre les deux Corée et l’Armée canadienne peut être fière d’avoir participé au confinement du communisme (Voir la guerre de Corée et la bataille de Kapyong).

Crise de Suez

Les trois unités qui ont servi en Corée sont ensuite envoyées auprès des forces de l’OTAN, en Europe, où leur 1er bataillon les relèvera en 1955. La paix mondiale vacille une fois de plus avec la crise de Suez qui éclate en 1956. Lester Pearson, secrétaire d’État aux Affaires extérieures, aide à résoudre la crise en mettant sur pied la Force d'urgence des Nations Unies (FUNU) qui comprend un contingent de plus d’un millier de soldats canadiens, environ un sixième de l’effectif de cette force. La FUNU maintient la stabilité de la région pendant 10 ans et est retirée juste avant que n’éclate la guerre israélo-arabe de 1967. Les Canadiens forment le plus important contingent de la FUNU. Lorsque Pearson gagne le prix Nobel de la paix en 1957 pour son rôle dans cette mission, l’image du Canada comme nation dévouée au maintien de la paix s’en trouve renforcée.

Chypre

En mars 1964, la Grèce et la Turquie sont sur le point d’entrer en guerre dans le cadre du conflit concernant l’île méditerranéenne de Chypre. Les Canadiens forment alors une grande partie de la force de maintien de l’ordre envoyée par l’ONU. Les unités du RCR, du PPCLI et du 48th Highlanders resteront stationnées à Chypre pendant 29 ans. Durant l’époque où ils se consacrent au maintien de la paix, les Canadiens adoptent des armes, des équipements, des techniques d’entraînement et des technologies de communication de type américain, remplaçant ainsi les modèles britanniques qui étaient restés standards au sein de l’Armée canadienne depuis l’époque coloniale.

Unification et coupures d’effectif

En 1969, le contingent canadien au sein de l’OTAN est déplacé sur Lahr, en Allemagne de l'Ouest, où il sert en collaboration étroite avec les forces américaines. Les mesures d’économie mises en place par le ministre de la Défense, Paul Hellyer, telles que l’unification de l’armée, de l’aviation et de la marine en un seul service, s’avéreront un échec à cause du déclin subséquent du moral chez les personnels militaires et de l’absence constatée ultérieurement d’économies réelles. Les forces armées comptent alors moins de 80 000 hommes, un déclin considérable par rapport aux 120 000 soldats recensés en 1963. La force canadienne au sein de l’OTAN est réduite de moitié, ne représentant plus que 5 000 personnels.

Le Canada reste néanmoins engagé auprès de l’ONU et participe jusqu’en 1989 à chaque opération de maintien de la paix mise en œuvre durant la guerre froide. Les troupes canadiennes aident ainsi à stabiliser les conflits entre l’Inde et le Pakistan, Israël et l’Égypte ainsi que l’Iran et l’Irak et dans certains pays d’Amérique centrale.

Après-guerre froide

Au début des années 1990, l’Union soviétique est déjà dissoute et le mur de Berlin a depuis été démantelé. L’Allemagne de l'Ouest et l’Allemagne de l'Est viennent de se réunifier. Avec la prolifération des conflits régionaux et ethniques qui ne sont plus restreints par les limites auparavant imposées par la guerre froide et qui se développent dans des régions qui commencent à résister à l’intervention de l’ONU, les missions de « maintien de la paix » dégénèrent en interventions de « maintien de la paix » plus litigieuses.

Les forces canadiennes jouent un rôle limité au sein de la coalition, approuvée par l’ONU, qui s’élève contre l’Irak lors de la guerre du Golf de 1991, après l’invasion du Koweït.

L’année suivante, alors qu’une violente guerre civile embrase l’ancienne Yougoslavie, un contingent composé d’hommes du RCR et du Royal 22e est envoyé servir à Sarajevo avec l’ONU sous le commandement du major-général Lewis MacKenzie. Le contingent est principalement chargé de sécuriser l’aéroport de la ville encerclée. Les soldats de l’ONU sont cependant en sous-effectif dans le secteur et le danger monte alors que les Serbes font usage de leur artillerie lourde à partir des hauteurs qui surplombent la ville. Lewis MacKenzie reste un fervent partisan de la mission de maintien de la paix de l’ONU, mais souligne le manque croissant de ravitaillement et la difficulté de commander une mission sur le terrain lorsqu’un grand nombre de décisions cruciales doivent être discutées au préalable au siège des Nations unies, à New York.

Comme ce fut le cas pour les missions de l’ONU de 1993 en Somalie et au Rwanda, l’impossibilité de maintenir un degré acceptable de contrôle, de discipline et de moral à cause de l’insuffisance des ressources devient encore plus évidente. En Somalie, le Régiment aéroporté du Canada (RAC) devient l’objet d’une surveillance rigoureuse après qu’un adolescent somalien a été torturé et tué dans l’enceinte du camp canadien. L’incident conduit au lancement d’une longue enquête politique au Canada et, au final, au démantèlement de ce qui fut le régiment d’élite de l’armée du Canada.

Cette même année, les Canadiens participent à d’autres missions de l’ONU dans d’autres parties du monde. Ils représentent alors 10 % de l’effectif total des soldats au service de l’Organisation. Des problèmes commencent néanmoins à surgir de toutes parts. En 1994, des Serbes prennent 400 Casques bleus en otages, dont 55 Canadiens. De son poste de commandement de la mission de l’ONU au Rwanda en 1994, le major-général canadien Roméo Dallaire demande des renforts pour mettre fin au génocide qui se déroule dans le pays, mais il restera impuissant à stopper la catastrophe.

En un demi-siècle de missions de maintien de la paix, le Canada a perdu 122 soldats. C’est le prix qu’a payé une puissance intermédiaire pour aider à préserver la paix dans le monde.

Rôles en temps de paix

En septembre 2003, les Canadiens ont l’occasion de se souvenir que l’Armée canadienne est également en service en temps de paix lorsque 2 200 soldats sont envoyés combattre de gigantesques feux de forêt en Colombie-Britannique. Au fil des décennies, l’armée a souvent contribué au maintien de l’ordre durant les périodes de troubles civils et les catastrophes, comme au moment des grèves ouvrières des années 1920 et 1930 et lors de la crise du FLQ (Front de libération du Québec) en 1970, lorsqu’un millier de soldats du Royal 22e et d’autres régiments sont appelés pour patrouiller dans Montréal en vertu de la Loi sur les mesures de guerre. L’armée offre également son aide lors de la crise d’Oka, en 1990.

En plus des efforts qu’ils déploient lors des crues dans les vallées du Fraser, de la rivière Rougeet du Saguenay en installant des sacs de sable et en participant aux opérations d’évacuation et de secours, les soldats canadiens s’affirment une nouvelle fois dans leur rôle d’intervenants d’urgence au niveau national lors de la crise du verglas de 1998, en Ontario et au Québec. Au cours de cette période, les forces armées régulières canadiennes passent par un effectif minimum de 19 700 hommes en 2001. L’image de l’armée est cependant considérablement redorée après les attaques terroristes du 11 septembre 2001 sur New York et Washington, DC.

Afghanistan

Les attaques du 11 septembre entraînent la mise en œuvre d’une campagne internationale contre le terrorisme en Afghanistan, dirigée par les États-Unis et destinée à chasser le régime des Talibans qui ont hébergé les terroristes d’Al-Qaïda. Pour le premier déploiement de forces canadiennes sur un théâtre de guerre depuis la Corée, 900 soldats du 3e bataillon du PPCLI sont envoyés sur l’aérodrome de Kandahar. En 2005, le Canada envoie également un groupe-bataillon renforcé comptant 2 000 soldats à Kandahar. Les soldats doivent faire face à des tirs de fusil, des attaques à la roquette, des attentats-suicides à la bombe et à des engins explosifs improvisés. En 2010, le Canada comptait déjà 2 500 de ses soldats en Afghanistan, engagés dans une lutte contre le terrorisme à grande échelle, l’effort militaire le plus important de la nation depuis la guerre de Corée.

L’engagement du Canada dans les zones de combat en Afghanistan a pris officiellement fin en 2011. Le bilan humain s’élève à 158 soldats tués, dont les deux tiers servaient dans l’infanterie. La plupart d’entre eux ont été tués par la détonation d’engins explosifs improvisés. Parmi les morts figure le capitaine Nichola Goddard, officier d’artillerie, qui en 2006 est devenue la première Canadienne membre des troupes à être tuée en opération.

L’armée en 2015

Les soldats-citoyens de la milice du 19e siècle, les volontaires et les conscrits des deux guerres mondiales ainsi que les célèbres Casques bleus du 20e siècle ont été remplacés par les soldats d’une armée professionnelle moderne, une armée qui est revenue d’Afghanistan hautement entraînée et très avancée technologiquement. En 2015, l’Armée canadienne est composée de plus de 21 000 soldats des forces régulières, de 20 000 réservistes et de 5 000 Rangers canadiens qui patrouillent les régions nordiques et côtières.

Aujourd’hui, l’armée régulière est composée de trois groupes-brigades mécanisés : le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry dans l’Ouest, le Royal Canadian Regiment en Ontario et dans les provinces de l’Atlantique, et le Royal 22e Régiment au Québec. Chaque groupe mécanisé comprend des équipes d’ingénieurs et est équipé de matériels blindés, d’artillerie, de matériels de reconnaissance et d’autres équipements militaires connexes. La Réserve comprend 10 groupes-brigades territoriaux répartis dans 100 communautés distribuées d’un bout à l’autre du Canada. On y retrouve un équipement d’infanterie, des véhicules de reconnaissance blindés, du matériel d’artillerie, des équipes d’ingénieurs et des armes de soutien qui permettent à ces unités de mener à bien leurs missions nationales et d’offrir des renforts entraînés aux forces régulières lors des déploiements à l’étranger.

L’armée est respectée pour son expertise et la population canadienne lui voue généralement une profonde estime. L’attaque perpétrée contre le caporal de réserve Nathan Cirillo alors qu’il montait la garde auprès du Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa, le 22 octobre 2014, a provoqué un élan national de sympathie et d’hommage à l’égard de l’Armée canadienne. Une telle solidarité témoigne de l’estime inébranlable des Canadiens pour les hommes et les femmes qui servent dans leur armée.