Une des caractéristiques dominantes de tous les ouvrages architecturaux des Autochtones réside dans la constante correspondance entre la forme structurale et les valeurs culturelles. Le wigwam, le tipi et l’igloo sont des constructions fort évoluées convenant parfaitement à leur environnement et aux exigences des cultures nomades qui vivent de chasse et de cueillette. La maison longue, la maison semi-souterraine et la maison en planches sont différentes solutions visant à répondre au besoin de formes d’habitation plus permanentes.

Non seulement les constructions comblent-elles le besoin primaire d’un abri, mais elles expriment aussi de façon intégrale les croyances spirituelles et les valeurs culturelles des occupants. Dans les six régions, les constructions jouent deux rôles distincts : elles servent d’habitation et deviennent un moyen tangible pour l’humain de se rattacher à l’univers. La forme du bâtiment constitue souvent une métaphore du cosmos et, en tant que telle, est souvent associée à de puissantes valeurs spirituelles qui permettent de définir l’identité culturelle d’un peuple pendant des centaines, voire des milliers d’années.

Les forêts de l’Est

Les Autochtones des forêts de l’Est parlent des langues appartenant aux familles linguistiques iroquoienne et algonquienne, qui ne sont pas apparentées. À l’époque du premier contact avec les Européens, les peuples de langue iroquoienne, dont les Haudenosaunee et les Hurons-Wendats, occupent la majeure partie de ce qui est aujourd’hui le sud de l’Ontario, le nord des États de l’Ohio, la Pennsylvanie et le New York, et la vallée du Saint-Laurent à l’est, jusqu’à la ville actuelle de Québec. Le territoire habité par les groupes de langue algonquienne tels que les Ojibwés et les Mi’kmaq s’étend depuis le lac Supérieur, au nord du lac Huron, jusque dans la vallée de l’Outaouais (voir Rivière des Outaouais), puis vers l’est à travers ce qui est aujourd’hui la Nouvelle-Angleterre et les provinces de l’Atlantique.

La maison longue iroquoienne

L’habitation iroquoienne typique est la maison longue, structure longue et étroite qui sert à loger plusieurs familles apparentées. La structure rectangulaire est constituée d’une double rangée de jeunes troncs d’arbre enfoncés dans le sol, recourbés les uns vers les autres et attachés au sommet pour former la structure d’une voûte en berceau (arc profond) flexible. Des feuilles d’écorce sont solidement nouées entre les poteaux, et de jeunes troncs d’arbre additionnels sont posés horizontalement à l’extérieur en guise de renforcement. Des poteaux placés au centre aident parfois à soutenir le toit, qui comporte des ouvertures pour l’évacuation de la fumée des foyers à l’intérieur. Des plates-formes de couchage sont placées le long des murs et l’on trouve à chaque extrémité une porte et un espace de rangement.

Une rangée de foyers occupe le centre de l’habitation et chaque feu dessert normalement deux familles vivant l’une en face de l’autre. Généralement, la maison longue des Hurons-Wendats mesure environ 24 m sur 8 m et compte trois foyers. Cependant, la longueur varie de 9 à 55 m, et l’on peut compter jusqu’à 12 foyers. Comme une famille peut comprendre jusqu’à huit membres, la population d’une seule maison longue peut être de 16 fois le nombre de foyers.

Un groupe de maisons longues forme le village, qui est souvent entouré d’une palissade de pieux. Les villages se situent sur des sites faciles à défendre, à proximité de cours d’eau, de bois et de terres arables. Le site Nodwell, près de Southampton en Ontario, sur les rives du lac Huron, était habité au milieu du 14e siècle. Il était constitué d’une dizaine de maisons longues entourées d’une double palissade. On estime à 500 le nombre de personnes qui y ont vécu pendant au moins 20 ans. Autour de l’an 1500, la population iroquoienne commence à augmenter rapidement, les villages deviennent de plus en plus grands, de plus en plus fortifiés, et certains peuvent même abriter plus de 2 000 personnes.

C’est grâce à l’archéologie et aux descriptions et dessins des premiers visiteurs européens que l’on connaît les villages iroquoiens et leurs maisons longues. En 1615, l’explorateur Samuel de Champlain écrit qu’un village contient 200 habitations assez grandes. La reconstitution la mieux connue d’une maison longue de Hurons-Wendats se trouve à Sainte-Marie-des-Hurons, près de Midland en Ontario, où le docteur Wilfrid Jury, du Museum of Ontario Archaeology, de l’Université de Western Ontario, a tenté de reproduire une mission jésuite du début du 17e siècle. (Voir aussi : Site archéologique Lawson, Site archéologique Mailhot-Curran, Site archéologique Dawson, Site archéologique McDonald.)

La vie dans la maison longue est communautaire et s’organise en microcosme de la société iroquoienne. La maison longue constitue une métaphore de la vie de ses habitants. La ligue des Cinq-Nations (plus tard des Six-Nations) s’appelle elle-même « peuple de la maison longue » (voir Haudenosaunee). La nation la plus à l’ouest de la confédération, les Sénécas, sont connus sous le nom de « gardiens de la porte occidentale », les Mohawks sont les « gardiens de la porte orientale » et les Onondagas, au centre, sont les « gardiens du feu ». Même si les techniques de construction traditionnelle ont été largement perdues quand les Hurons-Wendats et les autres Iroquoiens de l’Ontario (voir Confédération des Neutres) ont été dispersés et presque exterminés par les Haudenosaunee, beaucoup de ceux qui vivent sur la réserve des Six-Nations, près de Brantford en Ontario, se considèrent toujours comme les « descendants de la maison longue ».

Le wigwam (conique) algonquien

Les peuples algonquiens sont des chasseurs et des cueilleurs dont la survie dépend des déplacements saisonniers qu’ils effectuent à l’intérieur des limites de leurs territoires. Une structure portative appelée wigwam leur sert d’abri. Bien qu’il existe des différences entre les nations et les régions, le wigwam est généralement une habitation pouvant convenir à une ou deux familles, et dont la surface au sol est soit ronde, soit rectangulaire, de 3,5 à 4,5 m de diamètre. La structure est faite de jeunes troncs d’arbre ou de mâts enfoncés dans le sol et attachés ensemble au sommet. Une série de légères membrures horizontales (longrines) est attachée à la structure pour lui donner de la force et pour supporter le recouvrement extérieur fait de feuilles d’écorce, de peaux d’animaux ou de nattes de roseaux. Quand les gens se déplacent d’un endroit à l’autre, ils enlèvent le revêtement extérieur et l’emportent avec eux, laissant derrière eux les mâts pour réutilisation future, que ce soit par eux ou par d’autres groupes.

Mi’kmaq et d’autres peuples algonquiens préfèrent en général une conception conique pour leurs wigwams. Généralement, quatre mâts de 4 m de longueur sont attachés ensemble à leur sommet, et l’autre extrémité est enfoncée dans le sol. Des mâts supplémentaires sont placés entre les mâts principaux et convergent vers le sommet. Le recouvrement extérieur se compose habituellement de feuilles d’écorce de bouleau cousues ensemble, mais des peaux, des nattes tissées ou même des branches de conifères peuvent aussi être utilisées. Une (ou plusieurs) longrine(s) en anneau renforce(nt) le cône et maintient l’écorce en place. L’intérieur est un espace simple divisé en plusieurs zones fonctionnelles. L’âtre occupe le centre et le matériel de cuisine pend d’un support installé sous la cheminée. Le plancher est couvert de branches de sapin odorantes, et des fourrures sont placées sur ces dernières pour dormir. Les biens sont rangés sur le pourtour.

Le camp d’hiver des Mi’kmaq consiste en un ou plusieurs wigwams sur le territoire de chasse ou de piégeage de la famille. Les camps d’été sont installés moins formellement et peuvent s’étendre le long d’un littoral ou d’un bord de rivière.

Les Algonquiens de l’Est, du Nord et de l’Ouest construisent des wigwams coniques similaires à ceux décrits précédemment. Parmi les groupes qui adoptent ce type de wigwam, on trouve les Béothuks de Terre-Neuve, qui construisent un mamateek polygonal ou wigwam d’hiver. Un dessin datant de 1820 et signé Shawnadithit, le dernier Béothuk, montre un mamateek. Les Béothuks construisent aussi des plus petits mamateeks coniques d’été et des fumoirs rectangulaires (hutte de séchage) pour la venaison.

La région subarctique

Le terme « Autochtones de la région subarctique » désigne un certain nombre de groupes uniques et différents, dont les Dénés, les Cris, les Ojibwés, les Atikamekw, les Innus, et les Beothuks. La région subarctique couvre une zone de forêts boréales s’étendant sur cinq millions de kilomètres carrés, de l’ouest du pays jusqu’à la mer de Béring et le Labrador à l’est, et depuis la toundra arctique jusqu’aux montagnes, aux plaines et aux forêts de feuillus au sud.

Le wigwam en forme de dôme

Les Cris du Nord, qui habitent des régions allant du Grand lac des Esclaves à la baie d’Hudson et à la baie James, utilisent un type de maison similaire à ceux des Algonquiens des forêts de l’Est. Les Ojibwés, qui vivent entre le lac Huron et les Prairies de l’Est, en font autant.

La différence, c’est qu’ils construisent des wigwams circulaires et allongés en forme de dôme, qu’ils utilisent habituellement comme habitations d’hiver et regroupent en villages. Des jeunes troncs d’arbre sont plantés verticalement dans le sol à intervalles d’environ 60 cm. Les mâts opposés sont courbés vers le centre et leur extrémité sont attachées avec des lanières de racines. Des membrures horizontales (longrines) sont ajoutées pour renforcer la structure tendue. La partie inférieure est recouverte d’une rangée de nattes tressées de quenouille, et la partie supérieure, de feuilles d’écorce. Un orifice est pratiqué au centre du toit voûté.

Le wigwam s’allonge parfois en un plan qui rappelle celui de la maison longue iroquoienne. Les Midewiwins ou société de Grand Medicine, des Ojibwés et des Saulteux du lac Winnipeg construisent des habitations qui mesurent jusqu’à 30 m de longueur, et que les chamans utilisent pour des cérémonies d’initiation ou de formation.

Les Midewiwins, de même que certains groupes algonquiens, développent des variantes du wigwam qui sont utilisées dans différents buts : la cabane à suer, petite tente conique où l’on jette de l’eau sur des pierres chaudes dans le but de produire de la vapeur; la hutte menstruelle, petit wigwam utilisé par les femmes pendant leurs menstruations; enfin, la plus petite d’entre elles, la tente tremblante, utilisée par le chaman dans l’exercice de ses fonctions. Il s’agit d’une structure circulaire sans toit, d’environ 1,2 m de diamètre, en forme de gros baril et habituellement couverte de peau brute. Le chaman entre dans la tente une fois la nuit tombée et fait appel aux esprits par des chants et des battements de tambour pour obtenir leur aide.

Les Plaines

Les Prairies canadiennes limitent la frontière nord des Grandes Plaines, vaste région bordée à l’ouest par les montagnes Rocheuses et s’étendant vers le sud jusqu’à la bande de terre étroite du Texas (voir Prairies occidentales). La région abritait de larges troupeaux de bisons d’Amérique du Nord jusqu’à leur extinction dans la deuxième moitié du 19e siècle, ainsi que diverses cultures autochtones – telles que les Siksikaitsitapi (Pieds-Noirs), les Cris, les Ojibwés, les Assiniboines et les Dakotas – qui dépendaient de ces espèces animales. (Voir Autochtones : les Plaines.)

Le tipi des Plaines

Comme les autres cultures de chasseurs, les Autochtones des Plaines mènent une vie de nomades ou de semi-nomades qui les entraîne dans des déplacements saisonniers à la poursuite de nourriture et d’endroits sûrs pour hiverner. Des tournées saisonnières sont organisées soigneusement chaque année et prévoient le retour à des camps connus à des moments précis de l’année, soit pour la chasse, pour des rassemblements sociaux ou pour la saison hivernale. Les peuples des Plaines mettent au point un type de maison portative unique qui s’adapte parfaitement à leur mode de vie. Il s’agit du tipi, structure de forme conique faite de mâts de bois et recouverte de peaux de bison cousues. Jusqu’à l’arrivée du cheval dans les Prairies à la fin du 18e siècle, la structure et le recouvrement de ces tipis sont tirés d’un camp à l’autre par des chiens, pendant que leurs propriétaires marchent à leurs côtés (voir Travois). Les chevaux améliorent la mobilité et les capacités de chasse des peuples des Plaines et remplacent les chiens comme principal moyen de transport des biens d’un campement à un autre. Comme les chevaux peuvent transporter des charges beaucoup plus lourdes, la grandeur moyenne des tipis augmente et leur aménagement devient plus raffiné et décoratif.

L’origine exacte du tipi des Plaines est incertaine. Des indices révélateurs comme des cercles de pierres utilisées pour retenir les bords des tentes de peaux marquent les sites d’anciens campements des Prairies qui datent d’au moins 5 000 ans et de plus longtemps encore dans les régions plus au nord. Toutes les tentes faites de peaux ont des caractéristiques en commun, entre autres un foyer central sous un orifice pratiqué à la jonction des mâts de la structure, une entrée à l’est et une place d’honneur située en face de l’entrée.

À un certain moment, les habitants des Plaines ont réalisé deux innovations qui ont transformé leurs tentes de peaux en tipis. La première est la forme conique inclinée, dans laquelle la pente arrière est plus à pic que celle du devant (vers l’est). La surface au sol d’un tipi est donc ovoïde plutôt que circulaire. La forme inclinée permet à la cheminée de se trouver directement sous le point d’intersection des mâts, plutôt qu’en plein centre, ce qui permet d’en varier la grosseur ou même de la fermer complètement. La deuxième innovation consiste en l’addition de deux rabats (aussi connus sous le nom d’ailes ou d’oreilles) qui bordent la cheminée et sont supportés par des mâts extérieurs. En déplaçant ces mâts, les occupants peuvent contrôler les courants d’air et améliorer la ventilation et l’évacuation de la fumée.

Le profil des tipis varie entre les peuplades des Plaines. La principale différence est le nombre de mâts primaires utilisés pour la charpente. Les Siksikaitsitapi et leurs alliés préfèrent une structure à quatre mâts, alors que les Cris, les Ojibwés et les peuples de langue sioux (les Dakotas) utilisent généralement une structure à trois mâts. La structure à quatre mâts donne une forme un peu plus circulaire et nécessite moins de mâts additionnels, mais est moins stable que la forme à trois mâts. Les affiliations d’un camp d’une nation particulière sont faciles à identifier même à distance grâce aux différences dans les profils, à la forme des rabats de ventilation et à la longueur des mâts.

Tous les aspects de la construction de tipis sont la tâche des femmes : elles écorcent les arbres, aplanissent et sèchent les nombreux mâts nécessaires à la construction de chaque tipi. Le nombre et la longueur des mâts varient selon la nation ou le propriétaire, une considération primaire étant la richesse du propriétaire qui s’évalue selon le nombre de chiens ou de chevaux. Un tipi de grandeur moyenne chez les Siksikaitsitapi nécessite environ 20 mâts d’une longueur moyenne de 7,5 m. Les revêtements des tipis sont assemblés à partir des peaux tannées de bisons femelles tués au printemps ou au début de l’été, au moment où la fourrure est la plus courte. Les peaux sont nettoyées et soigneusement cousues à l’aide de lanières de tendons pour obtenir la forme semi-circulaire convenant parfaitement à la grandeur et à la configuration du tipi. Des trous sont pratiqués sur le pourtour extérieur de la structure afin d’y enfoncer les piquets qui retiennent le tipi au sol (des pierres sont utilisées dans les lieux venteux et pour les camps d’hiver). Une fois le tipi terminé, l’intérieur est enfumé, ce qui l’empêche de se durcir ou de craqueler après une pluie.

L’entrée des tipis fait face à l’est, le côté du soleil levant, et dans le sens contraire des vents dominants. Les mâts de la structure sont attachés ensemble, puis des mâts additionnels sont placés à intervalles réguliers pour obtenir le profil désiré. Le recouvrement est monté par le côté arrière de la structure à l’aide d’un mât spécial, puis est drapé sur la circonférence et fixé sur le devant par une couture faite à l’aide de tiges de bois lacées et allant du bas de la cheminée jusqu’à l’entrée. Des ajustements de la position des mâts et des piquets aident à étirer la couverture et à parvenir à un bon ajustement. Une doublure, aussi faite de peaux de bison cousues, est ensuite installée sur la paroi intérieure pour diminuer les courants d’air et l’humidité et empêcher que les ombres se projettent sur le mur extérieur. C’est pour cette raison qu’on appelle aussi cette doublure « écran à fantômes ». Des peaux de bison sont ensuite étendues sur une couche de gazon fraîchement coupé et un feu est allumé à l’intérieur d’un anneau de pierres au centre du tipi. On place un autel directement derrière l’anneau du foyer pour y brûler du foin d’odeur. Les occupants s’assoient et dorment à des endroits établis selon les conventions sociales; l’homme le plus âgé, le propriétaire du tipi, occupe généralement la place d’honneur à l’arrière, du côté ouest du tipi, derrière le feu et face à l’entrée. Des bourses sacrées sont placées sur des trépieds à l’intérieur du tipi.

Les peuples des Plaines font des associations symboliques très fortes entre le tipi et la réalité spirituelle. Le plancher du tipi symbolise la terre et la mère. Le recouvrement de l’habitation représente le ciel et le père. Les mâts constituent le lien entre la terre et le ciel et servent de sentiers le long desquels les prières des gens peuvent aller rejoindre le Grand Esprit.

Quelques tipis, peut-être 1 sur 10 chez les Siksikaitsitapi, sont couverts d’images peintes qui les transforment en huttes sacrées qui servent à certains rituels bien particuliers. Les images peintes sur ces tipis reflètent l’iconographie distinctive de la bande ou nation de son propriétaire et transmettent un message à la fois littéral et cosmologique. Les dessins en bordure de la base symbolisent la terre et les choses qui y sont associées. Ceux peints au sommet décrivent le ciel et le monde spirituel. Entre ces deux zones se trouve une section qui représente des aspects de ce monde ou d’un autre monde que l’occupant principal (ou son ancêtre direct) a visité lors d’une vision. Les images de cette section vont donc de descriptions d’exploits humains aux évocations de créatures surnaturelles qui transmettent des pouvoirs à celui qui a eu la vision en premier. Après une ou deux années d’usure, les peaux sont remplacées. Les peintures de la couverture du vieux tipi sont transférées à nouveau, et les dessins passent ainsi de génération en génération.

Les peuples des Plaines passent l’été et l’automne à chasser le bison et à participer à des rassemblements sociaux et culturels dont le moment culminant coïncide avec les cérémonies annuelles de la Danse du Soleil. À l’approche de l’hiver, ils se dispersent en petits groupes et vont établir leurs camps dans des vallées abritées près de rivières. La configuration des tipis dans un campement est déterminée selon des règles similaires à celles qui régissent le choix de l’emplacement précis attribué aux occupants et à leurs possessions dans chaque tipi. Pour des occasions importantes, les campements forment un cercle, et l’entrée se trouve habituellement orientée vers l’est. Les tipis sont placés de façon bien précise dans ce cercle, bande par bande et famille par famille. Parfois, ces subdivisions forment des cercles secondaires. Souvent, les tipis peints forment un cercle intérieur plus petit au coeur du grand cercle, surtout lorsqu’il s’agit de rassemblements importants comme les cérémonies de la Danse du Soleil.

Bien que la culture des Plaines se développe grâce à l’acquisition de chevaux et de fusils, sa survie est compromise par d’autres aspects de l’immigration européenne. La disparition des troupeaux de bisons dans la deuxième moitié du 19e siècle a un effet dévastateur sur les Autochtones des Plaines. Ces derniers réussissent à survivre pendant un certain temps en modifiant leur régime alimentaire et en remplaçant les peaux de bisons par des toiles pour couvrir les tipis. Toutefois, ils perdent peu à peu leur autonomie, sont forcés d’abandonner leur mode de vie traditionnel de semi-nomades et de s’installer dans des réserves délimitées (voir Traités numérotés). Graduellement, le tipi cède la place à des formes architecturales imposées et associées à une existence sédentaire.

Le Plateau

La région du plateau central de la Colombie-Britannique est limitée à l’est par les Rocheuses et à l’ouest par la chaîne de montagnes côtières. Ce vaste territoire est caractérisé par de forts contrastes climatiques et géographiques : des étés brûlants et des hivers rigoureux; de vastes forêts de pins, d’épinettes et de sapins alternant avec des étendues semi-arides d’herbe et de sauge. Pendant des milliers d’années, ce territoire est occupé par différents peuples de langues salish, entre autres les Tsilhqot’in (Chilcotins), les Lil’wat (Lillooets), les Nlaka’pamux (Thompsons) et les Shuswaps. (Voir Salish du continent.)

Durant les mois d’été, les habitants du Plateau vivent dans des abris à ossature de mâts légers couverts de roseaux tissés ou de nattes d’herbe qui conviennent bien à leurs déplacements saisonniers axés sur la pêche, la chasse, et la cueillette de plantes sauvages. L’hiver, cependant, ils vivent dans des hameaux permanents formés de maisons semi-souterraines, généralement sur le flanc est de vallées de rivières où des versants montagneux offrent une protection contre les vents dominants. Ces constructions représentent une forme architecturale distincte et hautement efficace dont l’utilisation est fort répandue dans la région pendant au moins 3 500 ans. (Voir Autochtones : le Plateau.)

La maison semi-souterraine

La maison semi-souterraine est surtout caractérisée par une structure pièce sur pièce construite sur un plancher excavé et recouvert d’une couche de terre isolante. Selon certains ethnologues (voir Ethnologie d’urgence), ce type d’habitation semi-souterraine serait originaire du nord-est de l’Asie. Elle serait apparue en Amérique du Nord, à la suite de migrations par le détroit de Béring (voir Béringie), et se serait étendue graduellement à tout le continent, d’abord dans l’Arctique (maison en os de baleine des peuples Thule), puis dans les régions du plateau (maisons semi-souterraines), et enfin dans les Plaines américaines (maisons de terre) et le Sud-Ouest américain (autres variantes d’habitations semi-souterraines). Peu importe ses origines, il semble que la maison semi-souterraine soit le plus vieux type d’habitation en Amérique du Nord, et elle est très répandue dans toute la région du plateau jusqu’à sa disparition à la fin du 19e siècle.

Les maisons semi-souterraines sur lesquelles on possède le plus d’information sont celles construites par les Nlaka’pamux de la vallée de la Nicola dans le sud de la Colombie-Britannique. Dans les années 1890, l’ethnologue James Teit étudie attentivement la conception et les techniques de construction de leurs habitations souterraines, ainsi que les croyances qui y sont associées. La construction commence par la prise de mesures précises des dimensions de la fosse, qui est creusée sur un diamètre de 7,5 à 12 m et jusqu’à une profondeur d’environ 1 m, et dont les murs latéraux sont inclinés vers l’extérieur. Quatre pieux sont ensuite insérés dans des trous du plancher à un angle parallèle aux murs d’excavation. Leur sommet est encoché pour recevoir les quatre poutres principales du toit, qui sont enfoncées dans le sol meuble à un angle aigu. Un assemblage de chevrons espacés est alors disposé en cercles concentriques à partir du pourtour jusqu’à la cheminée centrale au sommet de la structure souterraine. Les chevrons supportent un recouvrement constitué de rondins bien ajustés et calfeutrés au moyen d’une épaisse couche d’herbe ou d’aiguilles de pin. Sur le plateau supérieur, où les chutes de pluie sont importantes, on ajoute de l’écorce de cèdre, le côté incurvé tourné vers le haut. Finalement, la terre excavée est étendue sur le toit et foulée, et une échelle de rondins encochés est passée par la cheminée. Le printemps suivant, le gazon germe sur le toit et seule l’échelle qui fait saillie trahit la présence de cette habitation qui se fond dans le paysage.

L’échelle de la maison semi-souterraine fait à une certaine époque l’objet d’un soin artistique particulier. Le haut est parfois sculpté en forme de tête d’oiseau ou d’un animal et peint pour représenter l’esprit qui garde le sommet de la maison. On trouve un foyer central au pied de l’échelle, habituellement du côté nord, et une dalle de pierre qui protège l’échelle contre le feu. Lorsque la maison semi-souterraine est recouverte d’une couche de neige, son efficacité énergétique est telle qu’un petit feu permet à lui seul d’en chauffer l’intérieur.

Bien que la maison semi-souterraine ne comporte aucune division murale, elle se divise tout de même en quatre sections bien définies par l’emplacement des quatre poteaux principaux. Ce type de division correspond à la vision cosmique des Nlaka’pamux, qui perçoivent le monde comme une immense habitation circulaire divisée en quatre sections. Après la mort, l’âme traverse une rivière vers l’au-delà, également perçu comme une grande habitation ronde.

Les groupements visités par James Teit sont généralement constitués de trois ou quatre maisons semi-souterraines habitées par 15 à 30 personnes chacune. Les communautés antérieures à l’arrivée des Européens étaient souvent beaucoup plus grandes, soit 100 maisons individuelles ou plus. Les dimensions, la configuration et les méthodes de construction des maisons semi-souterraines varient considérablement parmi les différents peuples du Plateau. Certaines habitations, comme celles des Nlaka’pamux, sont circulaires, d’autres sont allongées ou carrées ou bien possèdent des entrées secondaires sur le côté du toit. Les Shuswaps vivant dans la vallée de la rivière Thompson, près d’où se trouve aujourd’hui Kamloops, utilisent parfois six poteaux et poutres principaux plutôt que quatre, ce qui donne un profil plus conique.

Côte nord-ouest

Une combinaison unique de forêt pluviale tempérée et de climat maritime plutôt doux a modelé la culture des Premières Nations de la côte ouest de la Colombie-Britannique actuelle. L’architecture des peuples de la côte exploite les ressources abondantes de thuyas géants, ce qui donne lieu à une architecture vernaculaire remarquable qui s’adapte bien à des croyances culturelles et à des modes de vie sociale fort développés.

Les forêts, la côte et les rivières de la région offrent d’abondantes sources de nourriture diversifiées. En retour, cette abondance permet le développement d’organisations sociales complexes qui valorisent l’origine ancestrale, le statut et la richesse, lesquels s’expriment dans l’architecture et les traditions artistiques de chaque culture de la côte. (Voir Autochtones : la côte nord-ouest.)

La maison de planches

La plupart des peuples de la côte habitent des villages d’hiver permanents de l’automne au printemps et, pendant l’été, vivent dans des habitations fixes ou portatives. Ils emportent parfois les planches qui recouvrent l’ossature des maisons d’hiver pour en recouvrir l’ossature des maisons d’été, à mesure qu’ils se déplacent pour chasser les mammifères marins, pêcher le saumon et d’autres poissons et cueillir des fruits. La structure sociale des plus grands villages comprend une élite riche composée des chefs ou des nobles et un certain nombre de roturiers et d’esclaves qui n’occupent aucune place dans l’ordre social. Les maisons de planches, comme ils les appellent, illustrent bien ces cultures hiérarchiques. L’élite des nobles domine le village, car ceux-ci possèdent la plupart des maisons. En plus de loger la famille élargie, la maison témoigne de l’héritage ancestral et du statut social de son propriétaire par le biais d’images totémiques élaborées sous forme de poteaux sculptés, de toiles et de façades peintes (voir Totem).

La maison de planches est considérée véritablement comme l’expression vivante du prestige de son propriétaire, de son historique familial et de ses ancêtres surnaturels. Elle sert à entreposer les emblèmes gravés et sculptés et les trésors, hérités ou acquis. L’intérieur de ces maisons devient le théâtre de danses et de représentations rituelles pendant les fêtes de l’hiver ainsi que d’échanges de cadeaux connus sous le nom de potlatchs, qui rehaussent la force et l’autorité des chefs et resserrent les liens sociaux.

Les principaux groupes qui ont habité la Colombie-Britannique actuelle sont les Salish de la côte au sud, les Kwakwaka’wakw (Kwakiutl), les Nuu-chah-nulth (Nootka), les Nuxalk (Bella Coola) au centre de la côte et les Haïdas, les Tsimshians, les Gitksans et les Nisga’a au nord. Chaque groupe a développé des variations distinctives de la maison de planches.

Comme pour la plupart des autres formes architecturales développées par les peuples autochtones, celles de la côte ouest ont été influencées et modifiées par le contact avec les Européens. Dans cette région, le contact européen a apporté des outils d’acier qui mèneront à une croissance fulgurante de l’expression artistique au 19e siècle, surtout parmi les peuples du centre et du nord de la côte.

Les maisons de planches ont un certain nombre de caractéristiques structurales en commun, indépendamment de leurs constructeurs. Elles emploient toutes des formes variées de constructions à poteaux et à poutres, qui exploitent grandement les impressionnantes dimensions ainsi que les longues portées du thuya. Au sud, les peuples de langue salish développent une variante de toiture en appentis caractérisée par une seule pente de toit qui descend vers l’arrière. Le système d’ossature du bâtiment consiste en des poutres massives de toit, mesurant souvent plus d’un mètre de diamètre, traversant la maison sur toute sa largeur et dont la longueur varie de 7,5 à 15 m. Ces poutres sont supportées par deux rangées de poteaux placés à environ 4 m de distance. Elles sont souvent sculptées à l’image d’importants ancêtres de la famille ou d’êtres surnaturels associés à l’histoire familiale. Des planches de toit se chevauchant recouvrent les chevrons fixés aux poutres du toit. Les murs sont revêtus de larges planches de cèdre fendu fixées horizontalement entre deux poteaux verticaux. Au printemps, ces planches sont généralement enlevées et transportées vers les ossatures déjà en place au village d’été.

La dimension des huttes varie beaucoup. Certains villages salish comptent de nombreuses structures individuelles plutôt petites. Dans d’autres cas, des villages entiers sont faits de maisons de planches en rangées et formant de longues lignes pouvant atteindre 46 m de long. Ce système modulaire crée un mur palissade pouvant servir de protection contre des intrus hostiles. Les premiers observateurs européens croyaient que ces vastes maisons étaient des résidences uniques qui abritaient des villages entiers.

Les recherches archéologiques nous montrent que les Salish de la côte ont occupé de larges campements composés de grandes maisons de planches pendant de nombreux millénaires, et que de nombreux villages étaient répartis dans toute la vallée du bas Fraser (voir Rivière Fraser) et de l’île de Vancouver. Contrairement aux Premières Nations du centre et de la côte nord, les formes d’architecture des Salish déclinent rapidement suite au contact européen, peut-être en raison des ravages causés par la variole.

Nuu-chah-nulth, qui vivent sur la côte ouest de l’île de Vancouver, construisent deux variantes de la maison de planches. Ceux du Nord érigent des structures à pignon à poutre de toit unique, alors que ceux du Sud construisent des toits en appentis qui comportent des ressemblances avec ceux de leurs voisins salish. Leurs maisons atteignent parfois 30 m de long et sont généralement installées de façon perpendiculaire à la plage.

Kwakwaka’wakw de la côte centrale vivent dans des villages d’hiver qui comptent souvent une dizaine de maisons de planche ou plus, disposées selon le rang social, en rangées qui font face à l’océan. Les peuples de la côte centrale voient les maisons d’hiver comme des « associées spirituelles » de la famille. Ils croient que le thuya, dont leurs maisons sont construites, possède des pouvoirs surnaturels qu’il transmet à la maison par les planches et les meubles. Des noms et des dessins cérémoniels sont sculptés et peints sur les éléments architecturaux pour rehausser les propriétés surnaturelles et le prestige attribué à la lignée familiale.

La façade des maisons les plus importantes est souvent décorée de peintures saisissantes et de poteaux sculptés qui représentent l’emblème du propriétaire. En relation avec la lignée sacrée des ancêtres de la maison, ils reproduisent des événements mythiques et signalent la transformation de la maison en un être symbolique pendant les cérémonies hivernales. L’entrée des maisons est parfois déguisée en bouche dévorante incarnant la puissance spirituelle de la maison pour le compte des invités qui la franchissent pendant les rassemblements des cérémonies hivernales.

Les maisons de planches des Kwakwaka’wakw sont généralement plutôt carrées, leurs côtés mesurent de 12 à 18 m et leurs toits sont à pignon. Les deux principales poutres du toit sont portées par deux paires de poteaux, l’une à l’avant et l’autre à l’arrière. Deux poutres supplémentaires aux avant-toits vont rejoindre les poteaux de coin. Les planches des murs verticaux et les planches du toit recouvrent une armature secondaire de poteaux attachés à l’ossature. Généralement, les Kwakwaka’wakw couvrent les frontons faisant face à l’eau de façades de planches verticales qui s’élèvent parfois au-dessus de la ligne de toit pour créer l’effet d’un fronton élevé.

Nuxalk occupent un territoire de fjords protégés sur la côte centrale, au-dessus de l’extrémité nord de l’île de Vancouver. Les premiers visiteurs européens ont décrit des villages nuxalks dans lesquels les maisons de planches sont montées sur pilotis. Les Nuxalk construisent parfois des maisons dont la façade en trois parties reflète les divisions intérieures par trois baies égales et y incorporent un foyer excavé. En d’autres occasions, leurs maisons affichent un toit à pignon dominé par un poteau d’entrée centrale.

L’architecture des maisons de planches de la côte ouest atteint son plus haut niveau de raffinement technique dans la région la plus rude de la côte nord. Les Haïdas, les Tsimshians, les Nisga’a et les Gitskans construisent des maisons plus petites, mieux fermées et plus appropriées au climat rigoureux que celles de leurs voisins plus au sud. Les maisons de planches des Haïdas mesurent généralement environ 12 m2 et sont construites selon deux types de base. Le type de construction le plus commun est la maison à six poutres, appelée ainsi parce qu’elle est construite d’une ossature de six grandes poutres longitudinales qui dépassent le gable des pignons. La maison à six poutres met en valeur des techniques de joints hautement sophistiquées. Des poteaux sont érigés aux quatre coins, et des encoches à leurs bases reçoivent le bout des sablières. De larges plaques de toit inclinées, taillées dans des planches de cèdre de 75 cm sur 15 cm, sont insérées dans des fissures des poteaux de coin et soutenues au centre par des paires de poteaux, contre lesquels on vient placer le poteau central. La portée des six larges poutres s’étend sur toute la profondeur de la maison, et une septième poutre au bord du toit est taillée pour laisser passer la cheminée.

Les Haïdas construisent également une variante à deux poutres, tout comme les Tsimshians, qui occupent la région de la côte qui s’étend au sud de l’archipel Haida Gwaii (anciennement connu sous le nom « îles de la Reine-Charlotte ») jusqu’aux rivières Nass et Skeena. Des poteaux grossièrement sculptés et des colonnes frontales d’emblèmes (totems) constituent des caractéristiques toutes particulières aux maisons de planches des Haïdas aussi bien que des Tsimshians. Contrairement à leurs vis-à-vis de la côte centrale, l’ornementation extérieure de ces maisons de planches s’arrête à ces éléments sculpturaux. Dans les maisons qu’occupent des personnes de hauts rangs parmi les Haïdas ou les Tsimshians, on retrouve des foyers centraux et des marches vers le bas du niveau de plancher principal.

Comme dans le cas des constructions de bien d’autres cultures autochtones, les maisons des Haïdas et des Tsimshians représentent le cosmos, offrent un accueil symbolique (aussi bien que littéral) aux esprits des ancêtres du passé et également à la vie de tous les jours et tentent de faciliter la compréhension de l’univers. Les maisons sont toutes connues par leur nom et leur construction constitue un événement important souligné par des potlatchs cérémoniels.

Les photographies du 19e siècle de villages des Haïdas offrent un aperçu de cette forme architecturale unique vers la fin de son moment de gloire, avant que les ravages de la variole n’aient décimé la population. Elles dépeignent des villages aménagés sur des sites spectaculaires et composés de rangées serrées de maisons à pignons, la poussée horizontale de leurs pièces de bois massives contrastant violemment avec les rangées de totems élevés qui célébraient les traditions hautement sculpturales et les croyances culturelles de cette vigoureuse culture.

L’Arctique

L’Arctique canadien abrite des habitations depuis des milliers d’années, malgré un climat et une configuration terrestre qui peuvent sembler fort hostiles à des habitants du Sud. La croissance d’arbres y est très limitée, et le sol est généralement soumis au pergélisol. Les étés y sont tempérés mais courts, ils constituent des saisons dédiées à une vie de plein air intensive axée sur la chasse (aux mammifères marins et terrestres) et la pêche. Les hivers y sont longs, sombres et froids, c’est une période caractérisée principalement par une vie à l’intérieur.

Bien que l’histoire des constructions dans l’Arctique puisse remonter à quelque 25 millénaires, on ne connaît que peu de choses sur les premières cultures et leurs habitations. On en connaît cependant plus sur les Thulés, qui ont commencé à occuper l’Arctique, de l’Alaska au Groenland, il y a environ 1 000 ans. Les Thulés ont adopté des types de maisons différents pour l’hiver et pour l’été, chaque type répondant aux conditions environnementales et comportementales de sa saison respective. (Voir Autochtones : l’Arctique.)

La maison d’hiver des Thulés

La maison d’hiver des Thulés est une structure semi-souterraine fort évoluée, conçue pour offrir confort et chaleur pour des périodes prolongées de vie à l’intérieur, souvent sur des périodes de plusieurs années. Elle est bâtie avec les matériaux disponibles : de la pierre surtout, de la terre, de la mousse et des os de baleine, mais parfois également avec du bois à la dérive et du gazon. Généralement, la maison est de forme ovale de diamètres extérieurs d’environ 3 et 9 m et peut être creusée jusqu’à 1 m dans le sol. Un étroit passage souterrain pour l’entrée, long de quelques mètres, à angle ascendant vers le plancher assure un rempart efficace contre le froid. L’air froid se déplace vers la partie la plus basse du passage, loin des espaces de vie. Les murs et les planchers sont tapissés de pierres ou d’un autre matériau solide. La caractéristique la plus impressionnante de ce type d’habitation est le toit, soutenu par une structure faite, dans la région du centre et de l’est de l’Arctique, d’os de baleine, qui supportent différents matériaux de toit.

À la fin des années 1970, une vingtaine de maisons d’hiver des Thulés ont été excavées à Brooman Point, au Nunavut, dans la région des îles Bathurst-Cornwallis du Grand Arctique. Selon toute évidence, leur période d’occupation correspond au 12e siècle de notre ère. Chaque maison n’avait été occupée que pendant quelques années, et seules trois à cinq maisons étaient utilisées à la fois, de l’automne au printemps. D’autres communautés de Thulés comprennent des habitations pour une ou deux familles ainsi que des installations communes, comme à Cumberland Sound sur l’île de Baffin, où les toits sont recouverts de gazon, de pierres et de fanons (un autre produit de la baleine).

La maison de neige inuite

Les Inuits conservent le modèle d’habitation de leurs ancêtres thulés jusqu’à peu après le contact, au moment où les maisons faites d’os de baleine sont abandonnées, peut-être à cause du climat plus froid du petit âge glaciaire des 17e, 18e et 19e siècles. La maison de neige en voûte (aussi appelée igloo/iglu en inuktitut) devient la forme d’habitation d’hiver la plus courante. L’igloo peut fort bien être un très vieux type d’habitation : les archéologues ont trouvé des couteaux à neige chez le peuple des Dorsets, la civilisation ayant précédé les Thulés, ce qui laisse supposer que les Dorsets ont peut-être construit avec de la neige en l’an 1000 de notre ère.

La maison de neige inuite est remarquable parce que la voûte est construite sans support extérieur. Une rangée de blocs de neige est disposée en cercle, dont le sommet est sculpté pour amorcer une paroi inclinée en spirale. Les blocs suivants sont alors taillés avec des arêtes obliques et disposés en spirale, chaque rangée étant un peu plus inclinée vers l’intérieur pour créer une forme arrondie, voûtée. De la neige est ensuite entassée dans les fentes. L’intérieur est souvent recouvert de peaux (parfois les mêmes peaux servant à couvrir la tente estivale), pour empêcher la chaleur de l’intérieur de faire fondre le toit. Un petit trou au sommet assure la ventilation. L’igloo conserve très bien sa chaleur au moyen de l’isolation naturelle qu’offre la neige et l’utilisation d’une entrée en tunnel munie d’un rempart contre le froid.

Une grande maison de neige abrite une famille pendant tout un hiver. En général, elles mesurent de 3 à 3,5 m de haut et de 3,5 à 4,5 m de diamètre. Des maisons plus petites, d’environ 1,5 m de haut et 2 m de diamètre, servent d’abris temporaires pendant les chasses ou les voyages d’hiver, parfois seulement pour une nuit.

Les détails de conception varient d’une région à l’autre. Certains utilisent des doublures de peaux, alors que d’autres n’en utilisent pas. Le toit des entrées peut être plat (comme chez les Innuinait [Inuits du cuivre]), plutôt que voûté ou en dôme. Les Igloos sont parfois disposés en petits îlots et un certain nombre de salles de séjour partagent une même entrée ou une aire commune, comme une salle de banquet ou de danse. Certains îlots, comme chez les Iglulingmuit de la baie d’Hudson, peuvent avoir jusqu’à 10 unités bombées, chacune remplissant une fonction bien distincte (p. ex., une salle de séjour, un chenil pour les chiens, un espace de rangement).

La tente d’été

Lorsque la température grimpe au-dessus du point de congélation, à la fin avril ou en mai, la maison de neige a tendance à fondre. Le dôme est alors enlevé et remplacé par une superstructure de peaux, soutenue par la base de neige. Cette habitation intersaison s’appelle qarmaq. Ce nom est aussi utilisé pour une hutte de pierres, de gazon ou d’os de baleine dont le toit consiste en peaux et qui sert autant en automne qu’au printemps.

Les étés sont tempérés et sont l’occasion de périodes de chasse et de pêche actives, ce qui force la communauté à se déplacer. Les Inuits vivent dans de simples tentes (ou tupiq), faites de peaux de phoque, de caribou ou d’autres animaux cousues ensemble. Les peaux reposent sur des poteaux, et les côtés sont retenus au sol au moyen de pierres. Des foyers se trouvent à l’extérieur. La facilité avec laquelle les tentes peuvent être déplacées permet aux chasseurs de suivre leur proie.

Les Inuits qui vivent le long de la côte du Labrador, autant que certains groupes centraux, construisent des tentes munies d’une partie arrière conique, d’une entrée triangulaire et d’un poteau de bordure horizontal entre les deux. Cette division comprenant une entrée longitudinale et une salle de séjour circulaire double le plan de la maison de neige.

La forme de la tente varie selon les groupes. La tente des Iglulingmuit est une simple structure en forme de corniche, qui n’est pas sans rappeler la tente impromptue d’aujourd’hui. La tente des Inuits des îles Belcher, dans la baie d’Hudson, est conique et possède une cheminée centrale, comme les tipis des Plaines.

Voir aussi :Histoire de l’architecture : Régime colonial français; Histoire de l’architecture : 1759-1867; Architecture canadienne : 1867-1914; Histoire de l’architecture : 1914-1967; Histoire de l’architecture : 1967-1997.