Anthropologie appliquée

Les anthropologues appliqués utilisent les connaissances qu'ils ont acquises sur les personnes et les cultures dans le but d'atteindre des résultats pratiques. Ils font ce travail en étant encadrés par les concepts anthropologiques et une méthode, c'est-à-dire un travail ethnographique sur le terrain, qui dresse le portrait des gens dans leurs conditions de vie réelles. Des études sociales pertinentes examinent comment les politiques générales, comme la promotion de la santé, peuvent fonctionner ou avoir besoin de révisions spécifiques pour des personnes particulières avant d'être mises en œuvre. Au moyen d'évaluation des besoins sur un sujet tel que les aînés immigrants, les anthropologues découvrent quels sont les besoins insatisfaits. Une évaluation de programme évalue un programme existant pour déterminer l'excellence de son fonctionnement conformément à ses objectifs initiaux. Une évaluation des répercussions sociales prévoit quelles sont les conséquences d'un développement à grande échelle, comme les barrages, les pipelines, le forage du pétrole et du gaz, l'exploitation de l'uranium, les forêts à coupe rase, le relogement de la communauté et la construction de nouvelles villes qui influeront sur la population locale et son mode de vie, particulièrement en ce qui concerne la terre. Les anthropologues peuvent également défendre des causes, donner une sorte de « coup de sifflet » lorsqu'une injustice sociale a été faite. À titre d'exemple dans ce domaine, l'anthropologue de Terre-Neuve, Elliot Leyton, écrit Dying Hard (1975) et se présente à la radio et à la télévision en documentant les décès, la pauvreté et la santé précaire des mineurs qui travaillent dans l'industrie de la fluorite. Il demande des mesures réparatoires parce que leurs conditions ou celles de leurs veuves étaient ignorées par le gouvernement et l'industrie.

Dans l'anthropologie appliquée, les anthropologues travaillent en grande partie à titre de scientifiques dans le domaine des politiques. Ils apportent leurs contributions particulières par le bais de leurs habiletés à interpréter les communautés et les institutions à partir de points de vue d'initiés et en étant capables d'identifier les facteurs culturels pertinents. Dans l'ensemble, les anthropologues appliqués interviennent au niveau fondamental, à des perspectives ascendantes et recommandent des méthodes qui ont une chance de fonctionner réellement. Une planification descendante effectuée par les décideurs qui connaissent peu les bénéficiaires qu'ils visent peut générer des erreurs coûteuses et des confits sociaux. De plus, les décideurs n'ont souvent pas conscience de la façon dont leurs valeurs ont structuré les politiques dont ils ont supposé à tort qu'elles fonctionneraient avec des gens de cultures différentes.

Histoire De l'Anthropologie Appliquée

L'anthropologie appliquée au Canada voit le jour au cours des années 1950 et 1960. Les premiers travaux sont axés sur les conditions de vie des Peuples autochtones et du Nord. Le travail le plus important est A survey of the Contemporary Indians of Canada (1967) exécuté sur demande du gouvernement fédéral et coordonné par Harry Hawthorn et Marc-Adélard Tremblay. Les recommandations font encore partie des relations évolutives en faveur de l'autodétermination (voir Autonomie gouvernementale) et du statut de « citoyens à valeur ajoutée » pour les membres des Premières Nations. Nommons un autre exemple significatif : le travail commencé au début des années 1970 par Richard Salisbury et un groupe d'anthropologues des universités McGill et McMaster. Leurs recherches stratégiques sont orientées vers le bien-être social et économique des Cris de la baie James quant aux incidences des projets hydroélectriques massifs (voir Projet de la Baie James). Un autre anthropologue, Milton Freeman, est reconnu pour son travail de collaboration avec les Inuits qui s'est concrétisé par des recommandations pour l'utilisation des ressources dans le cadre de l'établissement du territoire inuit du Nunavut, une étape clé dans l'autodétermination des Autochtones.

Depuis les années 1960, l'anthropologie au Canada a évolué, s'est diversifiée et développée. Les anthropologues appliqués canadiens ont travaillé à l'intérieur du pays dans des domaines tels que les industrie de la pêche, l'exploitation minière, l'agriculture, la santé (voir Santé publique), l'éducation, l'environnement, la technologie, l'immigration, les relations raciales et ethniques, la réduction de la pauvreté, la rénovation urbaine, les jeunes, les aînés, le multiculturalisme, la biotechnologie et le genre. Ils travaillent également dans le cadre du développement international par le biais d'organismes tels le Centre de Recherches pour le Développement International.

L'anthropologie appliquée est vue le plus souvent dans des contextes de politiques gouvernementales, alors que les anthropologues conseillent les gouvernements fédéral, provinciaux, municipaux et celui des Premières Nations. Déjà, on remarque une utilisation croissante de l'anthropologie appliquée dans les secteurs privés, comme c'est le cas avec les sociétés d'aide aux immigrants, les associations multiculturelles, les organismes de Centraide et les organisations non gouvernementales à l'étranger. Curieusement, le secteur de l'anthropologie appliquée qui connaît la croissance la plus rapide est celui de l'anthropologie commerciale et industrielle où les chercheurs étudient les conditions de travail, les stratégies de marketing, les cultures organisationnelles et les coentreprises internationales. Ce sont des sujets chauds dans cette ère de mondialisation économique où les différences culturelles envahissent le tissu social.