Anne Michaels, poétesse et romancière, est née le 15 avril 1958 à Toronto, en Ontario). Gagnante du Prix du Commonwealth et du prix Trillium et du prix Orange Prize pour la fiction (désormais le Baileys Women’s Prize for Fiction), Anne Michaels s’est distinguée tant comme poétesse que comme romancière. Elle a acquis une renommée internationale pour la beauté et la précision de son langage, et pour la profondeur de ses thèmes philosophiques. Son plus récent livre, Correspondences (2013), une élégie à son père avec des illustrations de Bernice Eisenstein, a été sélectionné pour le prix Griffin pour la poésie de 2014.

Enfance et poésie

Anne Michaels, fille d’un juif polonais, grandit à Toronto et obtient un B.A. avec spécialisation en anglais à l’Université de Toronto, où elle devient membre adjoint de la faculté au Département d’anglais.

Michaels est d’abord et avant tout une poétesse. Sa première collection, The Weight of Oranges, remporte le Commonwealth Prize for the Americas en 1986. The Weight of Oranges combine une exploration de la sensualité du corps et des sensations qu’il tire du monde naturel avec la nature de la mémoire et un passé hanté par l’Holocauste. Enracinés dans son autobiographie et chargés d’érotisme, ses poèmes sont des évocations douloureuses de perte, que ce soit la perte de l’enfance, de la jeunesse ou de l’amour. Le dernier poème, « Words for the Body », commence ainsi :

We knew we’d reached Dunn Lake

because the trees stopped.

Chilled and sweating under winter clothes

we stood in the damp degenerated afternoon.

We grew up waiting together by water,

frozen or free,

in summer under the cool shaggy umbra of firs,

or in the aquarium light of birches.

It’s always been this way between us.

We reach lakes and then just stand there.

Silence fills us with silence.

Ses poèmes sont aussi remplis d’allusions aux artistes, musiciens, écrivains et scientifiques qu’elle admire : le peintre canadien Jack Chambers et le sculpteur français Auguste Rodin, Ludwig van Beethoven et la claveciniste judéo-polonaise Wanda Landowska, les poètes russes Osip Mandelstam et Marina Tsvetaeva, et la physicienne et chimiste Marie Curie. The Weight of Oranges est suivi par Miner’s Pond (1991), qui est nominé pour le Prix du Gouverneur Général et gagne le Canadian Authors Association Award, et Skin Divers (1999). Poems (2000) rassemble ses trois premiers livres en un seul volume.

Correspondences (2013) n’est pas seulement un livre, mais aussi un long poème, une élégie pour le père de l’auteure, une méditation sur la mémoire, l’histoire et le langage. Comme pour ses premiers livres, Correspondences invoque une grande variété d’inspirations et de prédécesseurs artistiques et intellectuels, avec des figures telles que Paul Celan, Nelly Sachs, Anna Akhmatova, Primo Levi et Albert Einstein. Avec ses pages inventivement plissées et pliées à la manière d’un accordéon, le livre comprend aussi 26 portraits à la gouache par l’artiste et auteure torontoise Bernice Eisenstein. Le livre a été présélectionné pour le Griffin Poetry Prize en 2014.

Romans

Son premier roman, La mémoire en fuite (V.O. Fugitive Pieces, 1996), lui apporte une renommée nationale et de nombreux prix, dont le Trillium book Award et le Chapters/Books in Canada First Novel Award (maintenant appelé le Amazon.ca First Novel Award). Le roman est aussi encensé par la critique à l’étranger, gagnant le Britain's Orange Prize for Fiction et le America's Lannan Literary Award for Fiction. Robert Fulford remarque que Fugitive Pieces « a reçu plus d’éloges à l'étranger que tout autre premier roman d'un écrivain sérieux dans l'histoire du Canada. »

Avec une prose aussi dense, sensuelle et imagée que ses vers, La mémoire en fuite explore les thèmes de la mémoire, de la perte, du temps et de l’histoire, mais aussi du pouvoir, de la spontanéité et de la beauté du monde naturel. Le roman suit la vie de Jakob Beer, un garçon juif sauvé de la crasse et de l’horreur de la Pologne occupée par les nazis par Athos, un géologue grec. Avec l’assassinat de ses parents par les nazis et la disparition de Bella, sa sœur bien-aimée, Jakob est amené en Grèce, puis à Toronto, où il devient un traducteur et un poète reconnu, explorant le sombre héritage de l’Holocauste. Jakob meurt en Grèce, et son héritage est repris par son jeune ami et acolyte, Ben, un professeur obsédé par la littérature, la météorologie et le traumatisme de l’Holocauste amené au Canada par ses parents qui y ont survécu. Alors qu’il est en Grèce à la recherche des notes de Jakob, Ben compare la réalité du temps et la perte à l’impact de la foudre : « Un millier de moments accumulés se concrétisent en quelques secondes. Vos cellules sont réassemblées. Vous êtes foudroyé, votre métal fond. Votre forme calcinée est imprimée dans la chaise, laissant un vide là où vous occupiez la société. »

Une version cinématographique de la mémoire en fuite, dirigée par Jeremy Podeswa, est produite en 2006.

Le deuxième roman de Michaels, The Winter Vault (2009; trad. : Le tombeau d’hiver), commence avec un couple, Jean et Avery, vivant sur une péniche sous le temple égyptien d’Abou Simbel pendant la construction du barrage d’Assouan dans les années 60. Avery est l’une des ingénieurs responsables du démantèlement et de la reconstruction du temple à plus haute altitude. Cette fable sur la fragilité de l’histoire et la difficulté de la préserver a été l’une des finalistes du Scotiabank Giller prize en 2009, ainsi que du Commonwealth Writer’s Prize for Best Book (2010) et du prix Trillium.