Amulette Garneau, née Huguette Laurendeau. Comédienne. (Montréal, 11 août 1928 - 7 novembre 2008). Personnalité discrète et humble, cette merveilleuse comédienne n'en mène pas moins une brillante carrière de près de cinquante ans sur les scènes et les écrans québécois. Révélée au grand public par ses prestations comiques au côté d'Olivier Guimond dans l'émission Cré Basile à la télévision de Télé-Métropole, elle est aussi l'une des interprètes préférées de Michel Tremblay. Le public et le milieu artistique lui vouent une sympathie admirative méritée, confirmée par les nombreux témoignages exprimés lors de son décès.

Convaincue dès l'enfance de son destin de comédienne, Amulette Garneau étudie d'abord trois ans à l'École des Beaux-Arts de Montréal, avant de se former au jeu à l'École du Théâtre du Nouveau Monde et dans les cours privés de Georges Groulx. Elle fréquente aussi le cours d'art dramatique de Utah Hogan à New York pendant deux ans. Amulette Garneau débute sur les planches vers 1950 dans Le Roman d'une servante d'Henri Deyglun, puis enchaîne les rôles au Montreal Repertory Theatre, au Centre Théâtre et au Théâtre de Quat'Sous.

En parallèle, elle entreprend une carrière à la télévision, jouant dans les séries 14 rue de Galais, Cap aux sorciers, Les Plouffe, La Pension Velder et L'Île au trésor. En 1965, Amulette Garneau rejoint Olivier Guimond et Denis Drouin, dont le comique éclate dans la célèbre émission Cré Basile, et devient dès lors une vedette incontournable du petit écran. Elle participe à ce classique des téléromans pendant cinq ans.

Sa longue et riche collaboration avec le tandem formé par l'auteur Michel Tremblay et le metteur en scène André Brassard s'amorce en 1971, à la reprise des Belles-Sœurs au Théâtre du Rideau Vert. La même année, elle joue dans l'adaptation que signe Tremblay de Et mademoiselle Roberge boit un peu de Paul Zindel. Puis, les créations majeures se succèdent : la comédie musicale Demain matin, Montréal m'attend en 1972, Bonjour, là, bonjour en 1974 (reprise au TNM en 1980), Sainte Carmen de la Main à la Compagnie Jean Duceppe en 1976 (puis au TNM en 1978), où elle donne vie à Bec-de-Lièvre, habilleuse et confidente au visage difforme de Carmen; ce rôle, qu'elle reprend à la télévision de Radio-Canada en 1979, marque les imaginaires. Dans Albertine, en cinq temps, une coproduction du Centre national des Arts et du Rideau Vert en 1984, Amulette Garneau incarne Albertine à 50 ans avec force, joie et caractère. Elle sera aussi de la distribution de Marcel poursuivi par les chiens en 1992.

Se dédiant à la dramaturgie québécoise, Amulette Garneau participe à la création de pièces signées Jean Daigle (Le Jugement dernier, en 1979), Jovette Marchessault (La Saga des poules mouillées, en 1981), Francine Noël (Chandeleur, en 1986) et Carole Fréchette (Baby blues, en 1991). Sa collaboration avec Tremblay et Brassard connaît un prolongement au cinéma, avec les films Françoise Durocher, waitress (1971) et Il était une fois dans l'est (1973). Au cinéma, Amulette Garneau offre des interprétations remarquables dans Le Temps d'une chasse de Mankiewicz, Kamouraska de Jutra, Les Ordres de Brault, Les Vautours de Labrecque, Les Plouffe et Maria Chapdelaine de Carle et Un zoo la nuit de Lauzon, notamment.

Pour la petite histoire, rappelons que son premier époux, le poète Sylvain Garneau, qui la surnommait affectueusement « ma mulette », est à l'origine de ce prénom, Amulette - il lui avait dédié un poème « À Mulette » -, que la comédienne adopta après le suicide du jeune homme, à 23 ans, quelques mois après leur mariage, en 1953. Elle se remaria avec Jacques Zouvi, dont elle eut un unique fils, le comédien Alain Zouvi, né en 1959. Elle était la sœur du journaliste Marc Laurendeau.