Les Algonquins sont un peuple autochtone du Canada vivant principalement dans l’ouest du Québec et dans l’Ontario voisin, avec pour centre la rivière des Outaouais et ses affluents. Les Algonquins sont de proches parents des Ojibwés et des Outaouais, qui appartiennent eux aussi au groupe culturel connu sous le nom d’Anishinaabeg – aussi appelé Anishinaabek, ou Anishinaabe au singulier. « Algonquin » ne devrait pas être confondu avec « Algonquien », qui désigne un groupe beaucoup plus grand comprenant les Anishinaabegs, les Innus et les Cris.

Langue

On considère que la langue algonquine (aussi appelée Omàmiwininìmowin) est un dialecte de l’objiwé, une des langues de la famille algonquienne. Le groupe linguistique algonquien comprend plusieurs langues, dont l’atikamekw, le blackfoot, le cri, le malécite, le mi’kmaq, l’innu, le naskapi, l’ojibwé et l’oji-Cri. En 2011, Statistique Canada dénombre environ 2 400 locuteurs algonquins au pays. La langue reçoit l’aide de plusieurs programmes, allant d’initiatives éducatives mises en place par les communautés aux cours de niveau universitaire.

Le mot Omàmiwininì, racine d’Omàmiwininìmowin, est souvent utilisé par la communauté en général pour parler des Algonquins en particulier.

La langue algonquine est intimement liée à la toponymie du Canada parce que plusieurs des premiers explorateurs français ont utilisé des mots algonquins pour nommer des objets topographiques. Par exemple, Québec provient de l’algonquin kébec, qui signifie « endroit où le fleuve rétrécit ».

Culture traditionnelle

Territoire traditionnel algonquin.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Autrefois, une grande partie des bois de l’Est et de la région subarctique étaient occupés par une multitude de nations algonquines largement indépendantes les unes des autres. Pendant des milliers d’années, les Algonquins ont habité, chassé, commercé et voyagé dans la vallée de l’Outaouais. Comme leurs cousins anishinaabegs, ils résidaient dans des tentes facilement démontables en écorce de bouleau, appelées wigwams, et utilisaient l’histoire orale pour préserver leur culture. Au cœur de ces histoires se trouve le Manitou, un esprit ou une force vitale omniprésente qui se manifeste sous la forme de différents personnages, tels le Windigo, Wisakedjak et Nanabozo.

Les relations de chaque bande algonquine avec d’autres groupes dépendaient surtout des conditions locales. Des mariages avaient lieu entre les Algonquins et d’autres groupes. En général, les relations entre communautés voisines étaient tempérées par des liens du sang sans tenir compte de la langue ou d’autres désignations. Les Algonquins étaient des chasseurs vivant en communautés formées par des clans patrilinéaires apparentés sous le signe d’animaux totems comme la grue, le loup, l’ours, le huard et bien d’autres. Ces communautés égalitaires étaient dirigées par des anciens respectés et des chefs de clan. Marier une personne de son propre clan était interdit, même quand celle-ci venait d’une autre communauté.

Les relations avec les nations haudenosaunee (iroquoises) sont turbulentes et les conflits les plus violents ont lieu au courant des XVIIe et XVIIIe siècles. Cependant, plusieurs Algonquins coexistent paisiblement avec des Iroquois catholiques à Oka, une réserve-mission près de Montréal. Certains groupes vivant plus au Sud pratiquaient l’agriculture là où le sol et le climat le permettaient.

Contact avec les Européens

Les Algonquins étaient connus des Européens depuis 1603, quand Samuel de Champlain les rencontre en compagnie d’un certain nombre d’alliés à Tadoussac. Tout comme les Innus (Montagnais-Naskapi) et les Hurons-Wendats, ils deviennent alliés des Français dans leurs guerres contre les Haudenosaunee. Afin de faciliter le commerce des fourrures, les groupes algonquins forgent des alliances militaires et commerciales avec leurs partenaires français et autochtones. Pendant cette période, les communautés algonquines sont décimées par les guerres contre les Haudenosaunee et les maladies transmises par les marchands et les missionnaires européens (voir Épidémie). Ce déclin de leur puissance politique, territoriale et démographique se fait sentir aujourd’hui encore.

Quand la Grande Paix de Montréal met fin aux hostilités avec les Haudenosaunee en 1701, de nombreux Algonquins se mettent à fréquenter Montréal et participent activement au commerce des fourrures. Quand les Anglais font la conquête de la Nouvelle-France et publient la Proclamation royale en 1763, les Algonquins revendiquent une grande partie du bassin de la rivière des Outaouais. Cependant, ces droits sont de plus en plus menacés par la colonisation européenne.

Au cours du XIXe siècle, les communautés algonquines commencent à demander que le gouvernement mette des terres de côté pour en faire des réserves. Ces communautés sont souvent établies près d’anciens postes de traite, ce qui fait que les terres entourant la réserve sont pour la plupart vendues ou assignées ou colons européens. Le XXe siècle n’est guère mieux, car la colonisation continue et la fondation des pensionnats menacent de détruire les modes de vie traditionnels des Algonquins.

Le peuple invisible de Richard Desjardins et Robert Monderie, Office national du film du Canada

Les Algonquins aujourd’hui

Il existe aujourd’hui dix premières nations algonquines avec des populations indiennes inscrites, neuf au Québec et une en Ontario. Même si les Algonquins de Pikwakanagan sont la seule communauté officiellement algonquine en Ontario, trois autres communautés ont un important héritage algonquin. On estime que les peuples algonquins ont une population officielle d’environ 15 500 individus, avec à peu près 11 000 vivant au Québec et le reste en Ontario. Au Québec, environ 6 500 Algonquins vivent dans des réserves ou sur des terres de la Couronne administrées par un conseil de bande. Par contraste, près de 3 500 des 4 300 Algonquins d’Ontario vivent hors réserve.

Plusieurs communautés algonquines portent encore les cicatrices de l’époque des pensionnats, sans parler de l’aliénation culturelle et générationnelle et de la saisie des terres ancestrales, et sont donc en très piètre état (voir Conditions sociales des Autochtones). Cependant, plusieurs communautés, notamment les Algonquins de Pikwakanagan en Ontario, cherchent à résoudre ces problèmes sociaux omniprésents en mettant en place des programmes de santé communautaire, des garderies, des logements supervisés et d’autres programmes.

De plus, plusieurs communautés continuent à lutter en faveur des droits ancestraux en négociant des traités entre les Algonquins d’Ontario et les gouvernements de l’Ontario et du Canada. En acceptant de négocier, le gouvernement reconnaît que les Algonquins n’ont jamais signé de traité avec la Couronne, et ont donc le droit de revendiquer les terres qu’ils n’ont pas abandonnées. Cependant, certains chefs algonquins québécois font valoir que ces négociations devraient inclure toutes les communautés algonquines en plus des communautés ontariennes.

En octobre 2016, les Algonquins de l’Ontario signent avec les gouvernements canadien et ontarien une entente de principe de revendication territoriale (soit une étape franchie vers l’établissement d’un contrat final) concernant 36 000 km2 de terres dans l’est de l’Ontario. En vertu de cette entente, 117 500 acres (475,505 km2) de Terres de la Couronne seront transférées aux Algonquins de l’Ontario. De plus, les Algonquins recevront des deux paliers de gouvernement un total de 300 millions de dollars et se verront accorder le droit à leurs ressources terriennes et naturelles. Les peuples algonquins du Québec et d’autres nations autochtones telles que les Haudenosaunee, critiquent cette entente de principe, affirmant que le territoire ainsi revendiqué déborde sur le leur. Il existe également des disputes à savoir qui est considéré comme un Algonquin selon les termes de cette entente. Bien que les détails finaux de ce qui sera le premier traité moderne de l’Ontario pourraient prendre des années à régler, cette entente demeure historique; sa négociation aura duré 24 ans.