L’agriculture et l’industrie alimentaire ont beaucoup changé au Canada depuis la Deuxième Guerre mondiale. La croissance économique et les changements sociaux qui y sont liés ont modifié la façon de produire, de transformer, de distribuer, de vendre et de consommer les aliments. Ils ont contribué à l’accroissement de la productivité des fermes, moins nombreuses, mais plus grandes, aussi des transformateurs et distributeurs alimentaires. Les transports améliorés, les coûts moins élevés et les relations commerciales plus étroites avec d’autres pays ont permis à la plupart des Canadiens, sauf ceux vivant dans les collectivités nordiques éloignées, d’avoir accès à des aliments frais à prix abordables pendant toute l’année.

Marchés agricoles et commerce

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la croissance du revenu, la généralisation des familles à deux revenus, la plus grande mixité ethnique dans la population du pays et un appétit pour la variété et les aliments sains figurent parmi les facteurs qui ont contribué à l’accroissement de la demande en aliments pratiques ou préparés, en mets ethniques et en fruits et légumes frais. Au Canada, une grande partie de la production agricole et de la transformation des aliments est relativement efficace, et les coûts sont moindres que dans de nombreux pays. En moyenne, moins de 10 % des dépenses de ménage des Canadiens sont consacrées à l’achat de nourriture à l’épicerie pour la consommation à domicile; cela est le résultat combiné de revenus moyens comparativement élevés et d’aliments relativement bon marché. En revanche, le pourcentage des dépenses de ménage consacrées aux aliments varie de 7 à 14 % dans les autres pays industrialisés. Si on ajoute les dépenses en aliments consommés à l’extérieur de la maison à celles des aliments consommés à domicile, on estime que les dépenses des Canadiens en nourriture représentent en moyenne environ 14 % de leurs dépenses totales de ménage.

La libéralisation du commerce international a aussi accru la productivité agricole et contribué à la compétitivité internationale de bon nombre de sous-secteurs de l’industrie. De plus, elle a généré des exportations importantes d’oléagineux, de grains, de porc, de bœuf et de bétail canadiens. Par conséquent, la balance commerciale nette en matière de produits agroalimentaires entre le Canada et les autres pays du monde est positive. Parmi les importations canadiennes en produits agroalimentaires, on compte des fruits et des légumes, des boissons et des aliments transformés (voir Industrie des aliments et des boissons).

Une grande partie des exportations canadiennes de porc, de bœuf et d’animaux vivants va aux États-Unis, qui, malgré certaines tensions commerciales, demeurent à la fois le plus important marché d’exportation et la plus grande source d’importation des produits agricoles et alimentaires au Canada. La plupart des exportations d’oléagineux et de grains, où le canola et le blé prédominent, vont vers d’autres marchés hors frontières. Le Japon, la Chine, l’Union européenne et le Mexique sont d’importants marchés d’exportation pour les produits agricoles du Canada. La composition de la production et des exportations agricoles du Canada a quelque peu changé au cours de la dernière décennie. En effet, l’évolution de la conjoncture économique et de la demande à l’exportation a mené à l’accroissement des exportations d’oléagineux et de légumineuses à grains et à la diminution des exportations de bétail et de viande. En 2012, le gouvernement fédéral a modifié sa politique agricole et retiré à la Commission canadienne du blé le pouvoir de contrôler des exportations de blé. Toutefois, les offices de commercialisation des produits agricoles remplissent, au nom des agriculteurs, diverses fonctions réglementaires et de commercialisation pour d’autres produits de la ferme.

Production et structure des fermes

Malgré sa croissance, le secteur agricole primaire canadien représente une plus petite part de la production nationale et de l’emploi que par les années passées, soit moins de 2 % dans les deux cas en 2011. Ce changement résulte de la croissance de l’économie canadienne et de l’évolution des technologies dans l’industrie, et se reflète dans la tendance persistante vers un plus petit nombre de grandes fermes plus spécialisées. Ceci s’explique par la baisse des coûts de production par unité de production agricole liés au remplacement du travail par le capital, grâce à l’utilisation de machinerie et d’autres technologies de plus en plus sophistiquées. À mesure de l’augmentation de la taille moyenne des fermes et de leur valeur en capital, le nombre de personnes employées dans des fermes a diminué, tout comme le nombre de fermes.

Par exemple, en 1941, on comptait 732 832 fermes, ce qui constitue un sommet, et leur taille moyenne était de 96 hectares (ha). Au cours des 70 années qui suivent, le nombre de fermes diminue de 72 % pour s’établir à 205 730 en 2011, et leur taille moyenne a plus que triplé pour atteindre 315 ha. En 2010, la valeur nette moyenne d’une ferme atteint 1,5 million de dollars, reflétant en partie la hausse récente du prix des terres agricoles.

Même si la taille des fermes a tendance à augmenter, on trouve encore plusieurs fermes de plus petite taille, et les revenus varient beaucoup selon le type de ferme. Par exemple, le chiffre d’affaires de bon nombre de fermes canadiennes était de 10 000 $ ou moins en 2010. Bien que les micro-exploitations agricoles représentaient 21 % des fermes répertoriées, elles ne comptaient que pour 1 % du total des revenus. À l’opposé, les grandes exploitations, dont les ventes s’élèvent à au moins un million de dollars, généraient 49 % du total des revenus agricoles canadiens alors qu’elles ne représentaient que 5 % des fermes cette année-là.

L’utilisation d’engrais chimiques et de pesticides a permis de générer un plus fort rendement agricole, de réduire les coûts unitaires de la production agricole, et de diminuer la perte et la détérioration des produits causées par les mauvaises herbes et les insectes. La recherche agronomique a donné lieu aux améliorations génétiques des espèces animales d’élevage et des variétés végétales, qui contribuent à l’augmentation de la productivité agricole. L’éducation agricole a quant à elle amélioré la gestion agricole.

Les agriculteurs des Prairies adoptent de plus en plus des techniques de travail du sol respectueuses de l’environnement, dont celles du semis direct et de la réduction des jachères d’été, pour diminuer la salinisation et l’érosion des sols. Bien que l’usage de produits chimiques agricoles par les agriculteurs soit répandu, une proportion modeste (environ 1,8 % en 2011), mais croissante, de fermes canadiennes produisent des aliments biologiques.

Alors que la taille des fermes canadiennes augmente, la tendance est à leur constitution en société (en 2011, près de 20 % d’entre elles le sont) et à l’utilisation accrue de terres louées (la même année, environ 41 % des terres agricoles étaient louées). Cependant, presque toutes les fermes canadiennes, y compris les fermes constituées en société, sont des entreprises familiales. Souvent, l’agriculture n’est que l’une des activités rémunérées des agriculteurs et de leur famille. Certains travaillent à l’extérieur de la ferme, dans les villages locaux ou dans les villes avoisinantes, alors que d’autres travaillent pour de plus grands exploitants agricoles. Certains sont en processus de transition, notamment ceux qui se lancent dans l’agriculture. Toutefois, l’âge moyen des agriculteurs est à la hausse, et près de la moitié des agriculteurs canadiens étaient âgés de 55 ans ou plus en 2011.

Régions et utilisation des terres agricoles

Une part relativement faible du territoire canadien convient à l’agriculture, soit environ 7 %. La majorité de ces terres cultivables (plus de 80 %) se trouvent dans l’ouest du Canada. La Saskatchewan compte près de 38 % des terres agricoles, et l’Alberta et le Manitoba, 31 % et 11 % respectivement. L’Ontario compte 8 % des terres, le Québec, 5 %, la Colombie-Britannique, 4 %, tandis que la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard n’en contiennent chacune que 1 %, et Terre-Neuve-et-Labrador, moins de 1 %.

Bien que la superficie des fermes continue d’augmenter, ce processus varie beaucoup d’une région à l’autre, et reflète les différences régionales dans les types de culture qui dépendent, en retour, des différences de sols, de climats, de topographie et de proximité des marchés. Les fermes de plus grandes superficies se trouvent dans les Prairies de l’Ouest canadien, où de nombreuses fermes céréalières à très grande superficie produisent des oléagineux (surtout du canola), du blé, de l’orge et d’autres cultures. L’élevage du bœuf est aussi concentré dans cette région. La superficie moyenne des fermes en Saskatchewan, où la céréaliculture prédomine, est d’environ 675 ha, soit plus de deux fois la moyenne nationale. Les fermes de l’Alberta, où en plus de la céréaliculture, on pratique aussi l’élevage du bœuf, sont aussi de grande taille. La superficie moyenne des fermes dans cette province est d’environ 472 ha, soit un peu plus d’une fois et demie la moyenne nationale. Au Manitoba, troisième province des Prairies, elle est de 459 ha.

Par rapport aux fermes des Prairies, la superficie moyenne des fermes est beaucoup plus petite en Colombie-Britannique (132 ha), au Québec (113 ha), en Ontario (99 ha) et dans les provinces de l’Atlantique (la superficie moyenne varie de 161 ha à l’Île-du-Prince-Édouard à 62 ha à Terre-Neuve-et-Labrador). Ensemble, toutes ces régions comptent un nombre assez important de fermes laitières et avicoles produisant lait, poulets à griller, dindes et œufs. Ces produits agricoles continuent d’être fortement protégés contre la concurrence des importations et sont écoulés principalement sur les marchés intérieurs. Ils représentent une part importante du revenu agricole dans toutes les régions sauf dans les Prairies, où leur proportion des revenus est minime. Environ 70 % de la production laitière est concentrée au Québec et en Ontario; elle constitue 29 % des recettes monétaires agricoles au Québec et 17 % en Ontario (2010). Ces deux provinces, et le Manitoba, sont également les plus gros producteurs de porc. Le maïs et le soja comptent parmi les principales cultures en Ontario et au Québec, tout comme des cultures spécialisées telles la serriculture, la floriculture et l’arboriculture en pépinières. La production de fruits et de légumes est fortement concentrée en Ontario, au Québec, dans les provinces de l’Atlantique et en Colombie-Britannique.

Industries alimentaires

La transformation des produits de la ferme et des fruits de mer, et la vente au détail des produits alimentaires, la restauration, le transport, la manutention et la fourniture d’intrants au secteur primaire de l’agriculture constituent des secteurs industriels importants au Canada. En matière de ventes, la production d’aliments et de breuvages représente la deuxième industrie manufacturière en importance au pays et comptait 16 % des emplois manufacturiers en 2010. Ses plus importantes composantes, en terme de valeurs de ventes, sont la transformation de la viande, suivie des produits laitiers, des boissons, de la mouture de céréales et d’oléagineux, des produits de boulangerie et de la transformation des fruits et légumes.

Politiques gouvernementales

L’élaboration de politiques agricoles et alimentaires (voir Agriculture et de l’alimentation, politique de l’) relève à la fois des gouvernements fédéral et provinciaux, et des programmes importants sont mis sur pied à travers des ententes fédérales-provinciales. Les deux niveaux de gouvernement soutiennent l’agriculture de façon significative. Le soutien direct et indirect du revenu agricole s’est accru au cours des années 1970, puis a été réduit dans les années 1990 à la suite des négociations internationales qui ont mené à l’Accord sur l’agriculture de l’Organisation mondiale du commerce. Toutefois, il est de nouveau en hausse depuis 1999. En vertu de l’Accord sur l’agriculture de 1994, le Canada et les autres pays membres s’engagent à redresser les distorsions dans le commerce des produits agricoles en réduisant les tarifs douaniers, en remplaçant les barrières non tarifaires par des contingents tarifaires qui donnent un plus grand accès à l’importation sur les marchés intérieurs protégés, en réduisant les subventions à l’exportation des produits agricoles et en réduisant le soutien interne qui fausse la production et le commerce agricoles. En 1995, le Canada a éliminé la politique de longue date du Nid-de-Corbeau, qui subventionnait les coûts de cargaison par train de grains vers des points d’exportation et d’autres subventions de transport.Les frais de cargaison plus élevés ont fait baisser le prix du grain dans les Prairies, ce qui a favorisé une production plus élevée de bétail et de nourriture pour le bétail.

Malgré les réformes commerciales de 1994, le commerce international de produits agricoles fait face à de nombreux obstacles. Les efforts internationaux pour négocier de plus faibles restrictions commerciales pour l’agriculture se sont renouvelés en 2000, mais n’ont toujours pas porté leurs fruits. Les négociations bilatérales et régionales en matière de commerce se poursuivent tout de même entre de nombreux pays, dont le Canada. L’aide la plus importante présentement apportée à l’agriculture se fait par des transferts issus des consommateurs à travers des contingents tarifaires, qui appuient la gestion de l’offre pour les produits laitiers et de volaille. Les paiements reliés aux programmes gouvernementaux en cours comprennent l’assurance-récolte et une série de programmes de stabilisation du revenu agricole. De l’aide est aussi apportée lors de situations d’urgence, notamment en raison d’épidémies animales, d’inondations ou de sécheresse. Les programmes qui se concentrent sur la salubrité des aliments et le développement des marchés d’exportation constituent d’autres secteurs importants de politiques pour les industries agricole et alimentaire.

Perspectives du marché et questions d’actualité

Depuis le début du XXIe siècle, la tendance des prix mondiaux pour les produits agricoles est à la hausse. Ceci pourrait être attribué à l’augmentation relativement lente de la productivité des principales cultures (en raison de la recherche insuffisante en agriculture et de piètres politiques pour l’agriculture dans certains pays), à la demande croissante pour une alimentation améliorée dans les pays à revenu intermédiaire en plein essor (comme la Chine et l’Inde), à l’utilisation croissante des cultures pour les biocarburants et à la baisse des réserves de grains. La hausse des prix en agriculture est accompagnée de coûts plus élevés pour de nombreux intrants agricoles.

Depuis quelques années, le public est de plus en plus préoccupé par l’environnement, la durabilité, le changement de climat, la salubrité des aliments et le bien-être animal. En agriculture, cela couvre un large éventail de questions reliées à des sujets comme les pratiques de conservation des sols et de l’eau, l’utilisation de pesticides et de produits chimiques dans les cultures agricoles, l’utilisation d’antibiotiques de stimulateurs de croissance et de pratiques de confinement dans la zootechnie, et les mouvements pour l’alimentation locale.

Dans un monde où, tous les jours, environ une personne sur huit ne mange pas à sa faim, les Canadiens ont la chance d’avoir accès à une abondance d’aliments abordables et salubres. Cette situation est le fruit de changements économiques et techniques majeurs dans l’économie canadienne et dans les secteurs alimentaire et agricole au cours du siècle dernier.