Agriculture biologique

L'agriculture biologique est définie comme la culture durable des terres pour la production alimentaire qui nourrit la vie du sol, prend soin des animaux dans leur environnement naturel et les alimente en fonction de leur physiologie. Il s'agit d'une philosophie holistique qui reconnaît et met l'accent sur les aspects sociaux et éthiques de la production alimentaire sans les négliger au nom du profit économique, et où les agriculteurs ne luttent pas contre la nature mais incorporent plutôt ses lois dans la production alimentaire, que ce soit ANIMALE, CÉRÉALIÈRE, FRUITIÈRE ou MARAÎCHÈRE.

En règle générale, la production biologique interdit l'utilisation de PESTICIDES synthétiques, d'ENGRAIS, de substances GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉES, d'hormones de croissance, d'antibiotiques, d'agents de conservation artificiels, ainsi que la culture hors-sol et la production animale intensive. Elle favorise la rotation appropriée des cultures, les engrais verts, la fertilité des sols à long terme, les soins adéquats aux ressources en eau et la prise en considération des comportements naturels des animaux.

Développement

L'agriculture biologique émerge au Canada dans les années 1950. Elle est originaire des pays européens où elle se développe au cours des années 1920, et est d'abord préconisée par des sommités comme Albert Howard, Rudolf Steiner et plus tard par son collègue Einfried Pfeiffer, qui vient au Canada donner des conférences sur l'agriculture biodynamique. Dans les années 1970, des associations de producteurs biologiques sont établies dans six provinces. Celles-ci diffusent de l'information, font du lobbying auprès des gouvernements et se réunissent chaque année pour promouvoir l'agriculture biologique. Des programmes de certification sont mis en place dans les années 1980 et la promotion gouvernementale pour ce secteur augmente, mais le financement est et demeura limité.

Grâce aux efforts de nombreuses associations biologiques provinciales et canadiennes concernées par l'utilisation irresponsable de l'étiquette «biologique» sur les produits n'ayant pas été cultivés en accord avec les principes de l'agriculture biologique, le Règlement sur les produits biologiques entre en vigueur en juin 2009. Les normes de production biologique sont maintenant obligatoires pour toute personne vendant des produits labellisés bio. Les fermes biologiques doivent être inspectées annuellement par un organisme accrédité de certification biologique, et la documentation requise permet de retracer la ferme sur laquelle chaque produit certifié biologique a été produit.

Il y a plus de 3700 fermes certifiées biologiques au Canada, et bien qu'il y ait eu beaucoup de progrès et d'expansion depuis le début du siècle, c'est une forme d'agriculture qui peut être en conflit avec l'agriculture non biologique. Les intérêts de l'INDUSTRIE AGRO-ALIMENTAIRE influencent le financement gouvernemental, la politique et la recherche, au détriment des agriculteurs biologiques.

Les fermes et la production biologiques

On retrouve des fermes biologiques dans chacune des provinces du Canada. Celles-ci produisent des fruits, des légumes, du foin, de grandes cultures (blé, avoine, orge, graines de lin, lentilles, etc.), des animaux et des produits d'origine animale, ainsi que des produits de l'érable et des herbes. Plus de la moitié des fermes certifiées se retrouvent dans l'Ouest canadien, la Saskatchewan comptant plus de fermes que toute autre province, avec plus de 1000. Le Québec compte environ 950 fermes, l'Ontario 675, la Colombie-Britannique 470, l’Alberta 290, le Manitoba 170, les Provinces maritimes 130 et Terre-Neuve-et-Labrador une. La Colombie-Britannique, le Québec et le Canada atlantique produisent surtout des fruits, des légumes et des produits de SERRE, alors que les provinces des Prairies et l'Ontario se concentrent principalement sur les cultures céréalières et, dans une moindre mesure, le bétail et les produits animaux. Le Québec est le premier producteur de PRODUITS DE L'ÉRABLE certifiés.

Les fermes certifiées biologiques comptent pour seulement 1,8 p. cent de toutes les fermes au pays. Elles sont généralement moins imposantes que les fermes non biologiques mais leur taille peut varier considérablement, de quelques-uns à plusieurs milliers d'hectares. Puisque l'agriculture biologique ne permet pas l'utilisation d'engrais synthétiques et d'aérosols dans sa production, on met davantage l'emphase sur la rotation des cultures, le moment de l'ensemencement et les engrais verts pour lutter contre les MAUVAISES HERBES, les INSECTES et les MALADIES, et pour maximiser la production.

La rotation des cultures brise les cycles de maladies et d'insectes. Tandis que les agriculteurs non biologiques peuvent profiter du début du printemps et simplement pulvériser les mauvaises herbes pour les contrôler, les agriculteurs biologiques retardent souvent l'ensemencement pour permettre aux mauvaises herbes de pousser, les cultiver, puis les éliminer avant l'ensemencement de la récolte de printemps. L'augmentation de la densité des semis fait concurrence aux mauvaises herbes et aide à les contrôler. De plus, le feuillage additionnel leur fait de l'ombre et retarde leur croissance. L'engrais vert est une CULTURE FOURRAGÈRE cultivée pendant une partie de la saison de croissance puis enfouie dans le sol par labour, afin que l'azote fixé par cette culture soit retourné au sol comme engrais pour la prochaine saison de croissance.

L'élevage biologique exige également qu'une plus grande attention soit portée à la santé animale, car même si les antibiotiques ne sont pas interdits pour assurer la santé du troupeau, les animaux traités ne peuvent être vendus comme certifiés biologiques. Les insecticides synthétiques sont prohibés, mais les parasites et les MALADIES peuvent être contrôlés grâce à une sélection adéquate du troupeau et avec des produits organiques tels que la terre de diatomée, qui se compose des restes fossilisés d'algues unicellulaires et est riche en silice. La densité de peuplement des pâturages et des enclos améliore considérablement la viabilité de la production animale biologique. Pour réussir dans ce domaine, les agriculteurs choisissent des races adaptées à l'environnement, en considérant que dans les Prairies, les hivers peuvent être froids et les étés chauds. Les troupeaux croisés ont plus de succès que les animaux de race, parce que l'animal croisé est robuste, plus résistant aux maladies et aux parasites, et il a plus de vigueur.

Les taux de peuplement des pâturages et des enclos doivent être établis en fonction de la taille des fermes, parce que les engrais artificiels, très efficaces pour augmenter les taux de production d'herbe et de foin, ne peuvent être utilisés. Contrairement aux producteurs conventionnels, les producteurs de bétail biologique n'ont pas facilement accès à la production d'aliments hors ferme, en raison du petit nombre d'exploitations agricoles biologiques. Ils doivent donc compter sur leur propre ferme pour produire les aliments destinés au bétail. L'agriculture biologique considère le fumier comme une ressource, mais elle reconnaît également qu'un surplus peut devenir un polluant. Lorsqu'une ferme élève du bétail uniquement sur la superficie qu'elle peut naturellement soutenir, elle peut utiliser efficacement le fumier qu'elle produit. Au fur et à mesure que la superficie des fermes augmente, et surtout si celles-ci s'étalent sur plus de quelques kilomètres, les coûts de déplacement du fumier de l'enclos au champ deviennent trop élevés.

La production biologique de fruits et de légumes repose sur le compost pour la fertilité des sols et la durabilité, et l'utilisation de produits chimiques sur les aliments n'est pas autorisée pour contrôler les maladies et les insectes nuisibles. La présence d'insectes prédateurs naturels est favorisée dans le jardin biologique, et le compagnonnage des plantes, c'est-à-dire la plantation intercalaire de fruits ou de légumes différents, décourage les insectes à problème. Le paillis est considéré comme la pierre angulaire du succès du jardinage biologique. Celui-ci supprime les mauvaises herbes, conserve l'humidité, augmente la fertilité et prévient le compactage des sols.

Les ventes de produits biologiques

On s'entend généralement pour dire que les rendements des fermes biologiques canadiennes varient entre 75 et 90 p. cent de ceux des fermes non biologiques, mais plus souvent qu'autrement, les produits certifiés biologiques sont plus chers. Les statistiques montrent que les consommateurs sont prêts à débourser davantage pour ces produits. Ils s'attendent également à ce que les aliments biologiques soient plus sûrs et plus sains, mais comme pour n'importe quel produit alimentaire, ceux-ci ne sont pas à l'abri de la contamination pouvant survenir suite à la production. Les ventes de produits biologiques ont augmenté de façon constante, de plus de 100 p. cent pour certains aliments, mais l'ensemble de ces ventes constitue toujours moins de 2 p. cent des ventes d'épicerie au Canada.

Les aliments biologiques les plus en demande sur le marché incluent les légumes (les feuilles en sac sont les plus populaires), les boissons et les fruits frais. Les bananes et les pommes comptent pour presque 50 p. cent de tous les fruits vendus. Le Québec est le plus important vendeur de lait biologique, suivi de l'Ontario et de la Colombie-Britannique. La PRODUCTION LAITIÈRE biologique a plus que quadruplé entre 2000-2001 (10,7 millions de litres) et 2005-2006 (40,8 millions de litres), et elle a plus que doublé depuis 2006. Environ 70 à 80 p. cent des produits biologiques consommés au Canada sont importés, principalement des États-Unis. Le Canada exporte surtout des céréales qui sont vendues à l’Union européenne.

Défis

L'agriculture biologique au Canada fait face à plusieurs défis. Les agriculteurs biologiques et non biologiques sont inquiets, parce que des entreprises et des sociétés de crédit-bail achètent des terres agricoles et embauchent ensuite quelqu'un pour les cultiver, expropriant ainsi les agriculteurs.

Bien que le Canada ait établi le Règlement sur les produits biologiques, celui-ci s'applique uniquement aux produits certifiés biologiques vendus hors province et à l'étranger. Puisque la majorité des provinces (excepté la Colombie-Britannique, le Manitoba et le Québec) n'ont pas ratifié les normes nationales, les produits peuvent y être étiquetés et vendus comme produits biologiques, même s'ils ne sont pas certifiés biologiques.

L'une des difficultés auxquelles fait face l'agriculture biologique est la concurrence entre les produits alimentaires biologiques et ceux étiquetés comme «naturels», un vague marché non réglementé qui confond les consommateurs. N'importe qui peut vendre des produits «naturels», peu importe si ceux-ci ont été cultivés selon les principes de l'agriculture biologique. Puisque les agriculteurs «naturels» n'ont pas à se soumettre aux mêmes normes agricoles que les agriculteurs biologiques, ils peuvent vendre leurs produits beaucoup moins cher.

Les produits d'élevage biologiques font également face à des défis réels, puisqu'il n'y a pratiquement aucun marché accessible pour ces produits et ce, surtout dans l'Ouest canadien. La majorité des marchés de bovin biologique accessibles aux producteurs canadiens se trouve aux États-Unis, et la bureaucratie des ventes transfrontalières rend cette entreprise risquée pour la plupart des éleveurs biologiques.

Comme la popularité des produits alimentaires biologiques a augmenté, il y a davantage d'intérêts concurrents et de partis souhaitant jouer un rôle dans l'établissement et l'interprétation des normes. Certains critiques estiment que l'agro-industrie, en vendant des intrants synthétiques aux agriculteurs non biologiques, a contribué à l'établissement de normes plus strictes pour décourager les agriculteurs d'adhérer à l'agriculture biologique et ainsi protéger leurs intérêts. D'autres affirment que les détaillants de produits biologiques veulent réduire les normes afin qu'un plus grand nombre de produits puissent être étiquetés et vendus comme «biologiques». La demande pour la nourriture bon marché est incompatible avec les principes de l'agriculture biologique, qui encourage les fermes de plus petite taille, les pratiques de production non intensives et un retour suffisant sur les investissements. Ceux en faveur de l'agriculture biologique insistent sur le fait qu'il est essentiel pour la survie des exploitations biologiques que les consommateurs soient prêts à payer plus cher pour ce genre de produits.

La demande pour les aliments biologiques devrait aller en augmentant, car les consommateurs deviennent de plus en plus soucieux de leur santé et font sans cesse pression pour que les gouvernements du pays financent les besoins grandissants en matière de santé. L'agriculture biologique, qui cherche à comprendre les limites des organismes vivants, représente également une avenue importante pour la santé de la planète.