L’agriculture animale désigne la pratique d’élever des animaux dans le but d’en tirer des aliments ou de les utiliser à des fins récréatives. Même si on trouve encore au Canada des fermes mixtes où les animaux ne sont qu’un des éléments du système de production et de revenu agricoles, une vaste proportion des principaux animaux destinés à la consommation dans ce pays (vaches laitières, bovins à viande, porcs, volaille et moutons) sont aujourd’hui élevés dans des fermes spécialisées dans une seule espèce et sont gardés dans des installations d’affourragement fermées durant une longue part de leur vie. Au Canada, la consommation de viande par habitant est relativement élevée mais le pays se classe aussi régulièrement parmi les dix premiers exportateurs mondiaux de produits à base de bœuf et de porc.

Progrès en génétiques et en nutrition

L’agriculture animale a progressé de manière spectaculaire. Depuis l’introduction des pratiques d’élevage basées sur la génétique à la fin du 18e siècle et les études nutritionnelles qui ont permis de mieux comprendre l’effet de l’alimentation sur la croissance des animaux, de nouvelles techniques d’élevage ont permis d’augmenter à la fois la taille moyenne des animaux de ferme et leur productivité. Par exemple, la production laitière des vaches Holstein, qui représentent plus de 90 pour cent du cheptel laitier canadien, a plus que doublé au cours des cinquante dernières années. La plupart des poulets à griller atteignent leur poids de marché à environ 38 jours au Canada. Ils pèsent alors quatre fois plus qu’un poulet de même type et de même âge élevé en 1957.

Les associations d’élevage canadiennes (qui tiennent à jour un registre ou « livre généalogique » des animaux pure race et qui fixent les normes relatives à l’apparence physique de chaque espèce) sont apparues en 1884 avec la naissance de ce qu’on appelle aujourd’hui Holstein Canada. En 1900, la législation fédérale institue une norme nationale pour les livres de généalogie qui accorde aux associations d’élevage le droit exclusif d’enregistrer des animaux pure race. Les races pures telles que les bovins Hereford, les moutons Suffolk, les porcs Yorkshire et les poules pondeuses Leghorn ont été améliorées par reproduction sélective et sont souvent croisées avec d’autres races pour tirer partie de la « vigueur hybride » en combinant les meilleures caractéristiques de deux ou plusieurs races. Ce sont généralement les taureaux et les boucs qui se chargent de la fécondation des vaches et des brebis qui paissent sur les grands pâturages. Ils contribuent ainsi eux-mêmes au patrimoine génétique du troupeau. Les éleveurs disent d’ailleurs volontiers que « le taureau, c’est la moitié du troupeau ». Par contre, la fécondation des animaux confinés tels que les vaches laitières, les truies et les poules pondeuses se fait généralement artificiellement, à l’aide de sperme recueilli sur les mâles choisis de manière à introduire des traits spécifiques dans le cheptel sur le plan de la reproduction ou de la croissance.

Systèmes de production animale

Avant la Deuxième guerre mondiale, la plupart des fermes canadiennes étaient de petite taille et on y cultivait diverses céréales, quelques cultures de spécialité, des bovins laitiers, des bovins à viande, des porcs et des volailles. Cependant, après l’avènement de nouveaux modes d’élevage, d’abord apparus aux États-Unis et dans le Nord-Est de l’Europe juste après la Deuxième guerre mondiale, la plupart des animaux destinés à la consommation au Canada sont aujourd’hui élevés sur de grandes exploitations qui se spécialisent dans une seule espèce et dans une seule phase de la production animale. Les couvoirs de poulets, par exemple, sont habituellement des entreprises séparées de celles qui se consacrent à l’élevage des poulets jusqu’à l’atteinte du poids d’abattage. Les poules pondeuses sont gardées dans des bâtiments séparés de ceux où sont élevés les poulets destinés à la consommation. De même, la production des œufs à couver est complètement séparée de la production des œufs de consommation. Les exploitations vache-veau spécialisées dans la mise en pâturage et la fécondation des vaches ainsi que dans l’élevage des veaux jusqu’au sevrage sont habituellement séparées des centres d'engraissement où le bétail est nourri de céréales en vue d’un abattage ultérieur. L’élevage des porcs peut par contre se faire suivant différents modèles au Canada. Certains producteurs se spécialisent dans la gestation, la reproduction et la production de porcelets sevrés de dix semaines, tandis que d’autres, qui ont accès à de grandes quantités de grains, se concentrent sur la phase consistant à amener le porc au poids de marché. Cependant, une proportion de plus en plus importante de porcs canadiens sont élevés dans des exploitations de « naissage-engraissage » où les porcs naissent, sont sevrés, puis alimentés jusqu’au poids d’abattage dans une seule installation bien contrôlée et climatisée. Les porcs sont particulièrement sensibles aux maladies infectieuses. C’est pourquoi les porcheries sont soigneusement conçues et contrôlées de manière à minimiser l’exposition des animaux aux sources d’infection externes. Voir Élevage porcin; Élevage laitier; Aviculture; Élevage des bovins.

Alimentation des animaux

Les chevaux et les ruminants destinés à la consommation (bovins, moutons et chèvres) obtiennent une grande partie de leur alimentation en broutant de l’herbe et du foin séché au soleil. Par contre, les animaux destinés à la consommation qui sont élevés dans des bâtiments fermés reçoivent une alimentation soigneusement formulée pour maximiser la production de viande, de lait ou d’œufs à moindre coût pour l’éleveur. Rares sont les porcs qui sont encore aujourd’hui nourris avec des restes de nourriture humaine. De même, les bovins sont rarement élevés uniquement en pâturage. Les céréales fourragères telles que l’orge et le maïs, le soja ainsi que les plantes d’ensilage et fourragères telles que la luzerne sont habituellement cultivées sur l’exploitation mais l’éleveur leur ajoute toujours une certaine quantité de suppléments alimentaires commerciaux ou de sous-produits industriels. L’objectif est de doser soigneusement la ration pour maximiser la croissance à chaque étape de la vie de l’animal et, dans les cas des reproducteurs, de favoriser le développement de jeunes en bonne santé. Des antimicrobiens (notamment des antibiotiques) peuvent être incorporés à la ration pour prévenir les maladies ou être administrés par injection, pour combattre une bactériose.

Maladies

La possibilité qu’une maladie animale se propage rapidement a été reconnue pour la première fois au 19e siècle, lorsque le nombre croissant d’animaux d'élevage expédiés par voie ferroviaire ou maritime a augmenté le risque d’épizootie (c.-à-d. de maladie se propageant au sein d’une même espèce et à grande échelle) telle que celle de la fièvre aphteuse, du charbon (ou fièvre charbonneuse) et de la brucellose. Le risque de transmission d’une maladie contagieuse augmente dans les parcs d’engraissement concentrés et la vaccination des animaux contre ces maladies est une mesure routinière au Canada. Il faut prendre soin d’administrer le vaccin bien avant l’abattage et la consommation par les humains. La transmission des maladies animales à l’homme est devenue une question de politique de santé publique au cours des dernières années. L’exemple le plus marquant fut la découverte de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) en 2003. En conséquence, pendant plus d’un an, la viande de bœuf et le bétail canadiens ont fait l’objet d’un embargo imposé par la plupart des partenaires commerciaux du Canada.

Hormones artificielles

La plupart des éleveurs de bovins à viande du Canada et des États-Unis utilisent des hormones de croissance artificielles pour augmenter le gain de poids quotidien et le rendement en viande maigre. L’usage de ces hormones est interdit dans les pays de l’Union européenne.Les Européens justifient cette interdiction en mentionnant qu’il n’a pas encore été possible de démontrer avec certitude l’absence d’effets sur la santé. Les organismes de réglementation nord américains, de leur côté, pensent que la salubrité du bœuf produit avec des hormones artificielles a été établie par consensus scientifique et le poids de la preuve. Certains consommateurs canadiens réclament néanmoins une viande de bœuf dénuée d’hormones artificielles et un nombre croissant d’éleveurs de bovins à viande biologiques sont prêts à répondre à cette préférence en offrant une viande certifiée sans hormones artificielles. Les hormones de croissances synthétiques sont habituellement introduites par l’intermédiaire d’un implant inséré dans l’oreille de l’animal, une partie qui n’entre pas dans la chaîne alimentaire. Une hormone communément utilisée, l’acétate de mélengestrol, est cependant administrée aux génisses de boucherie sous la forme d’un additif alimentaire. Au Canada, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, les hormones artificielles sont utilisées uniquement pour l’élevage des bovins à viande. Aucune hormone artificielle n’est administrée aux vaches laitières ou à n’importe quel autre animal destiné à la consommation.

Commercialisation des animaux destinés à la consommation

La commercialisation des animaux destinés à la consommation marque la frontière industrielle entre l’élevage des animaux et la transformation de leur viande. Les voies de distribution varient énormément d’une espèce à l’autre. Au Canada, les provinces gèrent les offices de commercialisation qui régissent la production commerciale et la vente des porcs de marché, des poulets de chair, des dindes et du lait nature. Les vaches laitières âgées (de réforme), les moutons, les agneaux et les chèvres sont généralement vendus aux enchères sur des marchés ou directement aux transformateurs de viande. Les bovins à viande sont vendus directement à des conditionneurs, souvent pour honorer des « contrats à terme » selon lesquels l’exploitant du parc d'engraissement convient de fournir un certain nombre de têtes de bétail possédant des attributs spécifiques tels que l’âge, le sexe, la race et le poids à un prix convenu par unité de poids de l’animal vivant. La plupart des producteurs de poulets à griller exploitent leur propre couvoir; ils peuvent ainsi exercer un contrôle intégral sur la génétique des poulets qu’ils achètent à des producteurs. De plus, l’Agence canadienne d’inspection des aliments supervise l’inspection ante mortem des animaux destinés à la consommation qui sont introduits dans des usines inspectées par le gouvernement fédéral.

Évolution de la consommation de viande et de l’élevage du bétail

Même si la consommation de viande rouge et de produits laitiers décline au Canada, aux États-Unis et dans la plus grande partie de l’Europe de l’Ouest depuis le milieu des années 1970, la consommation par habitant n’a jamais été aussi élevée qu’aujourd’hui à l’échelle de la planète. Et puisque la population mondiale augmente elle aussi, notre civilisation doit élever plus d’animaux destinés à la consommation qu’elle ne l’a jamais fait auparavant. L’élevage s’intensifie donc rapidement partout, en particulier la production de porcs, de moutons, de chèvres et de volailles en Asie.

Certains consommateurs canadiens préfèrent ne pas manger de viande provenant d’animaux qui ont été élevés en concentration dans des établissements d’engraissement avant d’être conditionnés dans de grandes usines d’emballage. Il existe donc une niche, certes petite, mais en pleine croissance, pour les petits exploitants locaux qui veulent produire des animaux destinés à la consommation qui soient conformes aux normes régissant la vente de la viande dite naturelle ou « certifiée biologique ». Un certain nombre de petits producteurs et de transformateurs associés certifient que leur viande provient d’animaux qui ont été élevés en liberté sur des pâturages biologiques et qui n’ont jamais été exposés à des hormones artificielles ou à des antimicrobiens pharmaceutiques. Une autre niche sur le marché de la viande provenant de l’élevage d’animaux est occupée par les producteurs d’animaux rares ou exotiques, des animaux destinés à la consommation qui ont été récemment importés d’outremer ou domestiqués au Canada. Parmi ces animaux, on peut citer le lapin, le bison, les ratites (autruches), les ongulés (le cerf) et une grande variété de gibiers à plume (p. ex., le faisan). Voir Élevage du lapin;

Autres types d’agriculture animale

Deux types d’agriculture animale contrastent fortement avec les autres formes de production animale à la ferme : l’élevage d'animaux à fourrure et l’apiculture. Contrairement aux animaux destinés à la consommation, les animaux à fourrure (principalement le vison et le renard) sont carnivores et sont donc nourris avec des aliments à base de tissus animaux (notamment des abats provenant des usines de transformation de la viande et du poisson et les poussins mâles issus des couvoirs). Les fermes d'élevage d'animaux à fourrure ne s’intéressent par contre qu’à la fourrure des animaux, et non à leur viande. Après quelques années de déclin, la production de fourrures à partir d’animaux d’élevage, dont 75 pour cent s’effectue dans le Canada atlantique, est en croissance rapide en réponse à une demande grandissante pour l’exportation, principalement vers la Chine et la Russie. Le butinage des abeilles dans les régions agricoles ne fournit pas que du miel, il offre également une pollinisation utile pour les fermes environnantes. L’apiculture est concentrée dans le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta.

Un certain nombre d’activités économiques et récréatives mettent en jeu des animaux de ferme de différentes sortes. Même si les chevaux ne font plus aujourd’hui partie intégrante de la vie des fermes comme ils l’ont été jadis (en 1931, 80 pour cent des fermes possédaient des chevaux contre seulement 24 pour cent en 2006) ils continuent à être utilisés à diverses fins. Aujourd’hui, les chevaux sont élevés pour des activités de loisir, pour les sports équestres, la fabrication de produits pharmaceutiques ou des travaux agricoles. Par ailleurs, un grand nombre de ces chevaux finissent dans des fermes où ils sont engraissés avant de passer à l’abattoir. La viande de cheval canadienne est exportée, principalement vers l’Europe de l’Ouest et le Japon. Divers autres animaux sont utilisés pour des activités agricoles mais les méthodes de recensements traditionnelles ne permettent pas de les dénombrer. Les animaux de garde tels que les chiens, les ânes et les lamas sont souvent élevés pour protéger le cheptel contre la prédation tandis que les chats de ferme sont nourris et hébergés en échange d’un contrôle non toxique des rongeurs dans les endroits où sont entreposés des cultures céréalières ou des aliments pour animaux.