Attaques du 11 septembre

Le 11 septembre 2001, des terroristes d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne et les utilisent pour attaquer New York et Washington, D.C., tuant presque 3 000 personnes, dont 24 Canadiens, et provoquant une onde de choc dans le monde entier. Al-Qaïda est une organisation terroriste, à l’époque dirigée par Oussama ben Laden. Le commandement d’Al-Qaïda est basé en Afghanistan, un refuge sûr offert par un pays dirigé par le régime théocratique ultraconservateur des talibans.

Le lendemain de l’attaque, le premier ministre Jean Chrétien appelle le président américain, George W. Bush, pour lui assurer le « soutien total du Canada » aux États-Unis. La nature exacte de cet engagement se précise en octobre. Le Canada prend en effet part à la campagne multinationale menée par les États-Unis et visant à envahir l’Afghanistan, à capturer les membres d’Al-Qaïda, à démanteler leurs camps d’entraînement et à renverser le régime taliban. La contribution du Canada à la campagne prend de multiples aspects puisque le pays y déploie des forces terrestres, aériennes et maritimes ainsi que des civils pour la diplomatie et le renseignement.

Invasion de l’Afghanistan

À la fin de 2001, les États-Unis, la Grande-Bretagne et plusieurs autres pays envahissent l’Afghanistan et, avec l’aide des opposants afghans, parviennent à renverser le régime des talibans basé à Kaboul, la capitale. La coalition dirigée par les États-Unis pourchasse les talibans et les insurgés d’Al-Qaïda sur le territoire afghan, notamment dans plusieurs caches situées dans les régions montagneuses. Lors d’un raid suivi d’une fusillade avec plusieurs membres d’Al-Qaïda, les troupes américaines blessent et capturent Omar Khadr, un militant canadien de 15 ans.

Oussama ben Laden parvient quant à lui à s’échapper au Pakistan. Ce n’est qu’en 2011 que les forces américaines parviendront à le retrouver et à le tuer.

Quelques dizaines de membres des forces spéciales canadiennes participent à l’invasion de 2001. Elles sont suivies, en février 2002, par un groupement tactique d’infanterie (approximativement 1 200 militaires), envoyé dans la province afghane de Kandahar, au sud, pour se joindre au groupe dirigé par l’armée américaine et chargé de débusquer les insurgés dans cette région. Les Canadiens affrontent les forces d’Al-Qaïda et les talibans, et elles offrent une protection aux opérations de secours humanitaires ainsi qu’au nouveau gouvernement par intérim de l’Afghanistan.

Les premières victimes canadiennes en Afghanistan sont tuées en avril, lorsque quatre soldats appartenant au Princess Patricia’s Canadian Light Infantry sont accidentellement tués par un bombardement effectué par un pilote américain.

La plus grande partie des forces terrestres canadiennes rentrent au pays en juillet et sont saluées unanimement par le public et les médias. Cet accueil enthousiaste démontre clairement que les efforts militaires du Canada en Afghanistan ont contribué à redorer le blason des Forces armées canadiennes dont la réputation et le moral avaient été atteints et qui avaient souffert d’années de négligence de la part du gouvernement dans les années 1990.

Contribution navale

Le Canada envoie des navires de guerre dans le Sud-Est asiatique, dans le cadre de la campagne navale antiterroriste menée par les Américains de 2001 à 2012. L’Afghanistan n’ayant aucune frontière maritime, les efforts navals n’ont pas d’impact direct sur la situation militaire dans cette région. En patrouillant et en contrôlant les navires dans la mer d’Arabie et dans le golfe d’Oman, la Marine canadienne contribue néanmoins à la sécurité générale de la région. Elle fouille à l’occasion les embarcations civiles susceptibles de cacher des terroristes recherchés ou une cargaison illégale de drogue, ce genre de marchandise servant à financer les groupes terroristes actifs dans la région.

Le plus grand déploiement naval survient durant l’opération Apollo, entre 2001 et 2003, durant laquelle 15 navires de guerre canadiens basés à Halifax et à Esquimalt sont envoyés dans la région. Il s’agit là de la plus importante intervention navale du Canada depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En janvier 2002, jusqu’à six navires canadiens, avec au total 1 500 personnes embarquées, croisent simultanément dans la région.

Kaboul et Kandahar

La principale contribution du Canada à l’effort de guerre est le maintien en Afghanistan d’un groupement tactique de l’armée d’approximativement 2 000 soldats de l’infanterie, et à différents moments, l’apport de véhicules blindés, de tanks, de pièces d’artillerie et d’installations de soutien, comme un hôpital de campagne à Kandahar. L’Aviation royale canadienne contribue également en fournissant des hélicoptères tactiques et de transport, des aéronefs de transport à long rayon d’action et des véhicules aériens de reconnaissance sans pilote.

Les hommes et les femmes du groupement tactique sont issus de trois brigades canadiennes composées de militaires professionnels et renforcées par des réservistes à temps partiel. Les soldats effectuent des missions en rotation et sont intégrés à la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), dirigée par l’OTAN et commandée en 2004 par le lieutenant-général canadien Rick Hillier.

Des unités de soldats plus petites et des volontaires issus des forces de police canadiennes sont également envoyés sur place pour encadrer et entraîner l’armée nationale et la police nationale afghanes.

Entre 2003 et 2005, la mission du groupement tactique canadien consiste essentiellement à sécuriser Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, et à aider au désarmement des milices afghanes commandées par les chefs de guerre locaux. Sur place, la participation des Canadiens, interrompue de temps à autre par l’attaque à l’explosif d’un insurgé kamikaze, se concentre sur les patrouilles, les contrôles et la stabilisation du nouveau gouvernement afghan.

Une seconde phase, plus dangereuse, entre 2006 et 2011, a vu le groupement tactique être transféré à Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan. À l’époque, la situation sur place a évolué pour devenir le théâtre d’une bataille contre insurrectionnelle de grande ampleur. Les Canadiens sont chargés de sécuriser la province de Kandahar et de débusquer les talibans insurgés qui se cachent dans la ville et les districts ruraux environnants. Le Canada prend également la responsabilité de diriger une équipe de reconstruction provinciale à Kandahar dont la mission consiste à gagner la confiance et l’estime des civils afghans de la région et à soutenir les chefs des gouvernements locaux.

À Kandahar, les forces canadiennes participent à des combats ouverts contre les guerriers talibans. Grâce à leurs compétences professionnelles et à leur puissance de feu supérieure, les Canadiens remportent une série de batailles et parviennent à éviter la reprise de Kandahar par les talibans. Ces succès tactiques n’ont cependant que peu d’effet sur l’évolution générale de la guerre. Chaque fois que les insurgés sont battus, ils se replient, se regroupent et reviennent avec encore plus d’hommes. Ils infiltrent subrepticement les communautés rurales et celles de Kandahar, faisant pression sur les populations locales, établissant un climat d’insécurité et déstabilisant les gouvernements locaux. D’une année à l’autre, les commandants militaires canadiens proclament à tort que des centaines de combattants talibans ont été tués ou ont fui et que l’insurrection de Kandahar est sur le point d’être étouffée. En fait, l’insurrection ne fait que gagner en puissance, et la sécurité s’affaiblit de jour en jour dans la région à partir de 2006 et jusqu’au départ des troupes canadiennes de Kandahar en 2011.

Durant cette période, les Canadiens sont témoins d’une série de funérailles militaires suivies de l’expédition des restes des soldats tués dans des cercueils enveloppés dans le drapeau national. La majorité des Canadiens tués en Afghanistan sont morts dans le cadre des opérations menées à Kandahar. Un grand nombre ont succombé aux bombes artisanales (les fameux « engins explosifs improvisés ») posées par les talibans le long des routes et visant les convois militaires canadiens. Parmi les victimes figure la capitaine Nichola Goddard, âgée de 26 ans, qui est tuée par une grenade à roquette durant une bataille contre les insurgés en mai 2006. C’est la première femme militaire canadienne tuée au combat.

De tels sacrifices paraissent de plus en plus futiles, compte tenu du fait que l’obstacle principal s’opposant à la défaite des insurgés est le soutien vital que ces derniers reçoivent de leurs voisins, le Pakistan. Pendant plusieurs décennies, les gradés de l’appareil militaire pakistanais ont utilisé les talibans pour exercer un contrôle indirect sur l’Afghanistan. Les services militaires et de renseignement pakistanais recrutent, forment, financent et protègent les insurgés talibans (et cachent ce qui reste du commandement d’Al-Qaïda). L’insurrection à Kandahar ne peut être vaincue tant que les États-Unis, le Canada et l’OTAN ne décident pas soit d’aller combattre au-delà de la frontière, au Pakistan, un allié supposé, soit de mettre fin au soutien apporté par le Pakistan aux talibans.

Campagne de reconstruction

Parallèlement à leur effort militaire, le Canada et d’autres pays de la coalition participent à la reconstruction de l’Afghanistan. Les défis à relever dans ce domaine sont vertigineux. Site de violents conflits depuis la fin des années 1970, le pays est l’un des plus pauvres du monde. La plupart des enfants ne vont pas à l’école et le taux d’analphabétisme est élevé. De nombreux agents locaux sont corrompus. Les chefs de guerre et les chefs de tribu contrôlent de vastes zones dans le pays. La production d’opium procure des narcodollars aux chefs de guerre et aux talibans. En 2001, au moment de l’invasion, la plus grande partie du pays est en ruine, sans aucun service de base tel que des routes goudronnées ou l’électricité. La plupart des Afghans vivent à l’époque comme au « Moyen âge », selon les mots du New York Times.

Le Canada dépense 2,2 milliards de dollars pour l’aide au développement dans ce pays entre 2001 et 2014, faisant de l’Afghanistan le plus doté des bénéficiaires de l’aide extérieure canadienne durant cette période. Une partie de cette aide est utilisée par des organisations non gouvernementales qui offrent de la nourriture, des services d’éducation et d’autres services de base aux communautés locales. Le Canada a aussi organisé des campagnes de vaccination contre la polio et d’autres programmes sanitaires. Il a également contribué à la reconstruction de barrages, de routes, d’écoles et d’autres infrastructures. D’autres services – soutien à la gouvernance, administration des prisons et de la police et formation du personnel – ont été offerts par l’équipe provinciale de reconstruction (PRT) à Kandahar, forte de centaines de militaires et de civils.

Retrait

Au Canada, le soutien du public pour la guerre est élevé durant les premières années du conflit, mais commence à s’amoindrir à l’automne 2006, alors que le nombre de Canadiens tués à Kandahar augmente. Le soutien général aux forces armées reste aussi élevé, mais en 2007, les sondages révèlent que plus d’un Canadien sur deux pense que cette campagne militaire est vouée à l’échec.

Cette mission, qui a débuté sous les gouvernements libéraux des premiers ministres Jean Chrétien et Paul Martin, a été soutenue et prolongée par le premier ministre Stephen Harper après la prise de pouvoir des conservateurs à Ottawa en 2006. Bien que de nombreux libéraux au Parlement aient soutenu l’extension de la mission en mai, à la fin de 2006, les trois principaux partis d’opposition – le Parti libéral, le Bloc québécois, et le Nouveau Parti démocratique – appellent tous à la fin de l’engagement militaire du Canada en Afghanistan, mais soutiennent néanmoins la poursuite de l’aide humanitaire et de la reconstruction.

Le rôle du Canada se complique en 2007 avec le scandale politique que soulève le traitement de certains prisonniers talibans capturés par des Canadiens et remis aux forces de sécurité afghanes, qui auraient torturé ces prisonniers. Aux termes de la loi internationale, le Canada est responsable de la torture infligée aux prisonniers capturés par ses soldats. Le scandale des prisonniers domine pendant des mois le débat politique au Canada durant toute l’année 2007. Il ressurgit en 2009, menaçant de provoquer la chute du gouvernement minoritaire de Stephen Harper, jusqu’à ce que le Canada décide finalement de mettre en place un programme de surveillance des prisonniers dans les prisons afghanes.

Malgré le scandale des prisonniers, l’augmentation du nombre de militaires canadiens tués et les déclarations erronées de l’administration militaire canadienne concernant les supposés succès accomplis à Kandahar, le Canada se cramponne à sa mission jusqu’en 2011, l’année de la fin des opérations militaires canadiennes. La responsabilité d’assurer la sécurité à Kandahar est alors remise aux États-Unis (dont le personnel militaire, malgré des renforts importants dans la région, doit faire face aux mêmes problèmes de sécurité qui ont sapé les forces canadiennes au cours des cinq dernières années).

La plupart des militaires canadiens et du matériel sont rapatriés. Un petit contingent de soldats reste néanmoins stationné à Kaboul, chargé de former et de conseiller les forces de sécurité afghanes. En mars 2014, la mission de Kaboul est déclarée terminée et l’engagement du Canada en Afghanistan, qui s’est étalé sur 12 années, arrive à sa fin.

Héritage

On estime que le Canada a dépensé 18 milliards de dollars dans le cadre des combats menés en Afghanistan et pour les efforts déployés à la reconstruction du pays. Cette guerre a coûté la vie à 158 soldats canadiens et en a blessé plus de 1 800. Sept civils canadiens ont également été tués – un diplomate, quatre travailleurs humanitaires, un entrepreneur au service du gouvernement et un journaliste.

Que la mission du Canada en Afghanistan ait été un succès ou non demeure aujourd’hui une question. Certains, tels que les commandants militaires qui ont dirigé le groupe tactique canadien à Kaboul et à Kandahar, ont déclaré que les troupes canadiennes avaient aidé à modérer l’insurrection talibane pendant huit années, offrant ainsi le temps nécessaire aux forces de sécurité afghanes et aux institutions gouvernementales pour se mettre en place. Le Canada et ses alliés au sein de la coalition ont certainement réussi à perturber Al-Qaïda et à renverser le régime des talibans – une mission que s’étaient donnée les membres de l’OTAN au lendemain des attaques du 11 septembre sur les États-Unis. Les aides axées sur la reconstruction et le soutien militaire ont également aidé à améliorer le niveau de vie général et à faire sortir plusieurs régions du pays de l’extrême pauvreté.

Mais d’autres font valoir que le Canada n’a pas réussi à mener à bien sa mission de base, à savoir la sécurisation de Kaboul et de Kandahar dans le contexte de violence imposé par les insurgés. Dans un numéro du magazine Policy Options de 2014, on peut ainsi lire : « Au bout du compte, les efforts et les sacrifices des Canadiens à Kandahar n’ont pratiquement rien changé aux conditions intrinsèques de ce conflit ». Alors que le Canada quitte l’Afghanistan en 2014, les insurgés talibans et les hommes d’Al-Qaïda déstabilisent le gouvernement et menace à nouveau les populations locales. Selon Amnistie internationale, un groupe de surveillance du respect des droits de la personne, le territoire contrôlé par les talibans en 2017 n’avait jamais été aussi vaste depuis 2001. De plus, en 2017, l’insécurité augmente avec l’arrivée d’un autre groupe terroriste, l’État islamique.

La guerre d’Afghanistan était une guerre de contre insurrection. Les Forces armées du Canada ont dû faire face aux mêmes problèmes qui ont déconcerté d’autres armées modernes engagées dans des conflits de contre insurrection. Il est pratiquement impossible de résoudre ces conflits sur le champ de bataille. La seule solution est de faire appel à des pourparlers politiques. L’insurrection des talibans a été instrumentalisée par le Pakistan. Sans les moyens nécessaires et la volonté du Canada et de l’OTAN de faire participer politiquement le Pakistan, ou de porter le conflit armé au-delà de la frontière, il n’y avait que peu de chances que les Forces canadiennes puissent battre leur ennemi et construire un Afghanistan sécuritaire.