Le groupe autochtone de musique électronique A Tribe Called Red (ATCR) a obtenu une reconnaissance internationale pour sa musique dance,une musique de pow‑wow jouée au rythme des percussions accompagnant un contenu politique fort. Avec DJ NDN (Ian Campeau), Bear Witness (Thomas Ehren Ramon) et 2oolman (Tim Hill), le groupe s’est formé peu à peu lors des soirées Electric Pow Wow organisées à Ottawa depuis 2007. Parmi les anciens membres d’ATCR, on trouve Dee Jay Frame (Jon Limoges) et DJ Shub (Dan General). Le groupe a décrit sa musique powwow step comme « la bande‑son d’une version contemporaine du pow‑wow ». Il s’inscrit dans le mouvement que l’animateur de radio et de télévision et universitaire Wab Kinew a appelé la « renaissance de la musique autochtone » qui englobe une nouvelle génération d’artistes autochtones novateurs canadiens. A Tribe Called Red a été sélectionné en 2013 pour le Prix de musique Polaris et a remporté, en 2014, le prix Juno dans la catégorie Révélation de l’année pour un groupe.

Origine et formation

Inspiré par les soirées organisées pour la jeunesse coréenne et sud asiatique d’Ottawa, Ian « DJ NDN » Campeau, un ancien videur de boîte de nuit d’origine ojibwée devenu DJ, se passionne pour l’organisation de soirées du même type à l’intention des jeunes autochtones. Après avoir discuté de cette idée avec son ami Bear Witness, d’origine cayuga, et avec un collègue disc‑jockey, Dee Jay Frame, qui est, lui, d’origine mohawk, ils lancent, en 2007, la première soirée dans ce sens, baptisée Electric Pow Wow, au Babylon, une boîte de nuit d’Ottawa.

Stimulés par une réaction extrêmement positive, les trois DJ décident d’organiser des soirées de ce type la deuxième fin de semaine de chaque mois, un calendrier toujours respecté en août 2015. Lors de ces manifestations festives, on peut entendre des enregistrements d’un pow‑wow traditionnel datant de la jeunesse de Ian Campeau, au cours duquel il œuvre comme percussionniste, auxquels se superposent différents types de rythmes et de styles de musique électronique comme le dubstep, le moombahton et le dancehall. Le groupe surnomme powwow step ce mélange des genres.

La jeunesse autochtone d’Ottawa est immédiatement séduite par ces Electric Pow Wow qui attirent, cependant, également un grand nombre de personnes non autochtones. Lors de ces soirées, outre la musique, on peut assister à des présentations multimédias de Bear Witness qui s’appuie sur les activités de militante de sa mère pour créer des spectacles complets remettant dans leur contexte les descriptions stéréotypées des peuples autochtones à partir de films et d’émissions télévisées.

Dan General (surnommé DJ Shub) — un DJ qui s’est bâti une solide réputation de compétence et a remporté les finales canadiennes 2007 et 2008 pour les championnats du monde de DJ DMC — assiste à une soirée Electric Pow Wow en 2008. Il passe un moment tellement extraordinaire qu’il envoie à DJ NDN un morceau qu’il a écrit (qui deviendra la chanson Electric Pow Wow Drum), à la suite de quoi le groupe l’invite à le rejoindre, transformant A Tribe Called Red en un quatuor.

Premiers enregistrements et premier album (2012)

Le groupe se mobilise alors autour de la création d’œuvres qui lui soient propres. Fin 2010, DJ NDN envoie un certain nombre de morceaux à Diplo, un producteur célèbre de musique électronique avec lequel il avait, dans le passé, officié conjointement aux platines. Le groupe gagne en notoriété lorsque Diplo publie des commentaires enthousiastes des morceaux Electric Pow Wow Drum et Pow Wow Riddim sur son célèbre blogue Mad Decent.

Début 2011, A Tribe Called Red téléverse un remix de Red Skin Girl, un morceau du groupe vocal Northern Cree sélectionné pour les Grammy Awards. Cette chanson acquiert une forte popularité et ATCR la sort sous la forme de simple quelques mois plus tard. En octobre 2011, le groupe sort un mini album intitulé Moombah Hip Moombah Hop qui propose des remix de morceaux hip‑hop à l’ancienne ainsi que des chansons originales.

Pendant la période de transition durant laquelle ATCR commence à se construire une discographie, Dee Jay Frame quitte le groupe. Les autres membres mettent alors en place une collaboration avec un étudiant en doctorat en ethnomusicologie de l’UCLA, exploitant quelques‑uns de ses enregistrements de chanteurs autochtones sur cylindre de cire pour créer un morceau intitulé General Generations. A Tribe Called Red enregistre également Woodcarver qui restitue une rencontre entre le sculpteur sur bois John T. Williams de la Première Nation des Nuu‑chah‑nulth et le policier de Seattle ayant été à l’origine de sa mort.

A Tribe Called Red produit son premier album éponyme sous la forme d’un téléchargement gratuit sans le soutien d’aucune étiquette en mars 2012 : A Tribe Called Red recueille des critiques élogieuses dans le monde entier et fera longuement partie de la liste élargie des lauréats possibles du Prix de musique Polaris 2012. Le groupe sort alors, fin 2012, un mini album, Trapline, qui propose un certain nombre de nouveaux morceaux.

Nation II Nation (2013)

Sorti en mai 2013, le deuxième album du groupe, Nation II Nation,une œuvre au contenu politique nettement marqué,propose des échantillonnages réalisés par le groupe sur des morceaux d’artistes de l’étiquette Tribal Spirit. Les notes du CD viennent avec des photos des certificats de statut d’Indien de chacun des membres d’A Tribe Called Red accompagnés de la déclaration suivante : « Après les événements des cent dernières années, le simple fait que nous nous manifestions ici, aujourd’hui, de cette manière a valeur de déclaration politique. En tant qu’Autochtones, tout ce que nous faisons est politique. »

Dans une entrevue de promotion de l’album, Ian Campeau déclare : « Que ce soit au travers du titre de l’album [Nation II Nation] ou du nom du groupe, A Tribe Called Red, j’affirme, de fait, mon identité : je suis un Ojibwé, un Anishinaabe. Les deux autres gars, Dan et Bear, sont des Cayugas. Même en ne considérant que l’aspect linguistique, il y a autant de différence entre nos deux langues qu’entre l’anglais et le chinois. Historiquement, nos peuples ont été ennemis, alors, ensemble, en formant ce groupe, nous mettons en place une relation de nation à nation. Ensuite, en élargissant la perspective, et en regardant les choses du point de vue du Canada dans son ensemble, nous sommes en présence d’une relation de nation à nation entre les colons, toutes nationalités confondues, et les Premières Nations dans leur diversité. C’est cette relation qu’il faut absolument commencer à mettre en place. Le moment est arrivé pour que cet échange se produise véritablement. »

Le simple vedette de l’album, « The Road », est dédié aux manifestations de protestation d’Idle No More et à la chef de la Première Nation Attawapiskat, Theresa Spence, qui vient, un peu plus tôt dans l’année, de mettre un terme à sa grève de la faim. Avant la commercialisation de Nation II Nation, A Tribe Called Red sort également un enregistrement avec le groupe new‑yorkais Das Racist sous le titre Indians From Every Direction. Nation Nation II est sélectionné pour le Prix de musique Polaris 2013.

Fin 2013, le groupe produit le morceau « A Tribe Called Red » de la rappeuse américaine afroautochtone Angel Haze pour son album Dirty Gold. Début 2014, ACTR est sélectionné pour les prix Juno dans la catégorie Révélation de l’année pour un groupe et Nation II Nation — que le groupe avait décidé de ne pas présenter dans la catégorie Meilleur album autochtone de l’année — dans la catégorie Meilleur album électronique de l’année. A Tribe Called Red remporte le prix Juno 2014 dans la catégorie Révélation de l’année pour un groupe.

En septembre 2014, DJ Shub quitte officiellement le groupe, invoquant son besoin de passer plus de temps avec sa famille. Il est remplacé par le producteur hip‑hop Tim Hill (également connu sous le nom de 2oolman) qui est mohawk. Le groupe sort son simple Burn Your Village to the Ground en novembre 2014, avec pour objectif d’être sur le marché pour Thanksgiving aux États‑Unis.

Suplex (2015)

Le 19 mai 2015, ATCR lance Suplex,un mini album de quatre morceaux. La chanson‑titre, mettant en vedette Northern Voice, sort également sous la forme de simple, tandis que le morceau « The Peoples’ Champ », avec le rappeur cri Hellnback, est utilisé dans une publicité pour l’iPhone. À la suite de la sortie de ce mini album, le groupe effectue une tournée au Canada, se produisant au Festival musique et arts Osheaga de Montréal, au festival Panamania pendant les Jeux parapanaméricains et panaméricains de Toronto et dans différents spectacles gratuits organisés sur des réserves autochtones dans tout l’Ontario. ATCR joue également au Smithsonian’s National Museum of the American Indian à Washington.

En août 2015, le groupe travaille à la sortie de son troisième album. Décrit comme une œuvre plus collaborative, il devrait proposer des morceaux réalisés directement par le groupe avec d’autres auteurs et musiciens, notamment la lauréate du Prix de musique Polaris 2014, Tanya Tagaq.

Militantisme

En juin 2013, le groupe publie une déclaration sur Twitter demandant aux Blancs de cesser d’assister à ses spectacles avec la figure peinte en « rouge » et en arborant des coiffes, une pratique qu’il interprète comme une forme d’appropriation culturelle. La déclaration est ainsi formulée : « Nous demandons aux personnes qui ne sont pas d’origine autochtone et qui viennent assister à nos spectacles de ne plus porter de coiffes et de peintures de guerre; nous trouvons cela insultant. »

En septembre 2013, Ian Campeau lance une campagne sociale sur Twitter (#ChangeThe Name) pour exiger du club junior de football d’Ottawa, les Nepean Redskins, de changer son nom. Il dépose également une plainte, en vertu des droits de la personne, contre cette organisation auprès du Tribunal des droits de la personne de l’Ontario. En janvier 2014, l’équipe change effectivement de nom, se faisant désormais appeler les Nepean Eagles, mais Ian Campeau est victime de nombreuses agressions en ligne pour avoir persévéré dans son combat sur cette question. En juin 2014, les organisateurs du festival de musique Westfest à Ottawa reçoivent un courriel menaçant pour avoir programmé ATCR. Ce courriel traite Ian Campeau de « raciste hypocrite » pour avoir demandé au club de football de Nepean de changer son nom alors que lui‑même porte parfois un « T‑shirt de raciste », à savoir un maillot sur lequel on voit l’image d’un homme blanc arborant un large sourire avec le symbole d’un dollar au‑dessus de sa tête, un détournement parodique et satirique du logo des Indians de Cleveland de la MLB.

Ian Campeau et les autres membres du groupe sont également d’ardents défenseurs du mouvement Idle No More et militent, sans ménager leur peine, pour les droits des Autochtones et pour l’égalité en général, citant souvent des figures emblématiques comme Noam Chomsky et publiant sur Twitter des coupures de presse d’archives recensant des injustices commises contre les peuples autochtones d’Amérique du Nord.

En septembre 2014, ATCR annule une prestation à la cérémonie d’ouverture du Musée canadien des droits de l’homme à Winnipeg, en déclarant : « Nous pensons qu’il est nécessaire d’annuler notre prestation dans un contexte où le musée donne une représentation erronée de ce qu’a été le génocide des peuples autochtones au Canada, en diminue l’importance et lui refuse même le nom de génocide. Tant que ce point n’aura pas été rectifié, nous ne soutiendrons le musée qu’à distance. »

Prix

Aboriginal Peoples Choice Music Awards

Meilleur producteur ou ingénieur du son (2013)

Meilleur CD pop (Nation II Nation) (2013)

Meilleur groupe ou duo (2013)

Meilleure couverture d’album (Nation II Nation) (2013)

Autres

Révélation de l’année pour un groupe, prix Juno (2014)