Même si les Jeux ont toujours revêtu un caractère sacré – ils se tenaient sur les plaines d’Élis dominées par d’étincelants bosquets d’oliviers argentés –, ils constituent également la plus grecque des contributions à notre civilisation : l’individualisme. Les Grecs respectent et craignent les dieux, mais l’honneur de la victoire – le seul honneur possible à leurs yeux – leur appartient. «Le plaisir de participer» : ce n'est pas pour les Grecs. La défaite suscitant en eux la honte, les athlètes prient pour «la couronne ou la mort».

La nécessité de développer des qualités physiques recherchées chez le soldat culmine dans le concept d'arete, vertu virile qui pousse à être le premier et à inspirer autrui. C'est cette idée que les sports peuvent apporter une contribution des plus importantes à l’éducation de l’individu parfait qui a tellement inspiré le mouvement olympique moderne à la fin du XIXe siècle.
En 776 av. J.-C., les Jeux Olympiques sont devenus un moyen de rassembler les Hellènes dans un affrontement pacifique. Les festivités reviennent aux quatre ans selon le calendrier grec, le jour du milieu de celles-ci coïncidant avec la deuxième ou troisième pleine lune après le solstice d’été.
Chaque année olympique, les hérauts traversent les cités libres portant les invitations et proclamant une trêve sacrée, appelée ekecheiria. Tout Grec né libre n’ayant pas commis d’acte de violence ni provoqué le courroux des dieux est admissible. Tous les Grecs sont assurés d’un sauf-conduit, et les violations sont sévèrement punies. Même Philippe II de Macédoine est mis à l’amende lorsqu’un de ses mercenaires détrousse un Athénien qui se rendait aux Jeux.
D’après les premiers récits, les Jeux de 776 av. J.-C. ne comptent qu'un seul événement, la course à pied, un sprint d’environ 200 m jusqu’à l’autel de Zeus. La lutte, le pentathlon (course, saut, lancer du javelot, lancer du disque et pugilat) et le pancrace (combinaison de boxe et de lutte où tous les coups sont permis) viennent s’ajouter en 708 av. J.-C., puis la boxe, en 688 av. J.-C. La course de chars est l’événement le plus aristocratique; c’est le propriétaire des chevaux qui reçoit les lauriers, non pas le conducteur.
Les hommages sont rendus aux vainqueurs pendant la cérémonie de clôture. Chacun est coiffé de la couronne d’olivier sauvage.
Les Jeux atteignent leur apogée au cours des guerres persiques de 500 à 440 av. J.-C. Au moment même où les Spartiates lancent leur défense héroïque et tragique dans les Thermopyles, les Grecs célèbrent leurs 75e Jeux!
Les Jeux évoluent au fil du temps. Quand les guerres du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.) mènent la Grèce au bord de la ruine, le site sacré d’Olympie est d'abord envahi par les Spartiates et ensuite par les Arcadiens. Les Jeux subissent un sérieux déclin au cours de la période hellénique (338-146 av. J.-C.), pendant laquelle la Grèce est conquise par les Macédoniens, alors que les organisateurs y introduisent de plus en plus d’événements pour satisfaire soif d'excitation des spectateurs.
Quand, en 146 av. J.-C., Rome prive la Grèce de son indépendance, les Jeux perdent totalement leur caractère panhellénique et prennent de plus en plus l’allure d’un cirque. Les derniers Jeux se déroulent en 393 apr. J.-C. Ce qui reste d’Olympie s’effondre lors des gros tremblements de terre de 522 et de 551.

Les Jeux Olympiques ont toujours été la cible de critiques, même pendant l’Antiquité. Diogène le Cynique humilie un athlète qui se vante d’être le coureur le plus rapide de la Grèce, en lui répliquant : «Mais pas plus rapide que le lapin ou le cerf, et eux, les plus rapides des animaux, sont aussi les plus lâches.» Ésope demande à un lutteur prétentieux ce qu’il gagne à se battre contre plus faible que lui. Toutefois, ces critiques restent lettre morte, les foules continuant de se précipiter et les athlètes de se vanter.
Les Jeux Olympiques modernes doivent leur existence à l’aristocrate français Pierre de Coubertin. Attristé par le moral lamentable des Français depuis leur défaite dans la guerre franco-prussienne, il décide de ressusciter les Jeux pour ranimer la compétitivité et l’«esprit d’équipe», inconnus du monde moderne. Pendant des années, le mouvement olympique s'obstinera dans son incompréhension de la vraie nature des athlètes grecs. L’idée d’un véritable amateur n’a jamais existé dans l’Antiquité, même si les Jeux ont été vraisemblablement aussi exempts de corruption que peut l’être toute entreprise humaine. Chose certaine, ils n'ont pas connu le commercialisme rampant ni la tricherie par l'usage de drogues, fléaux bien contemporains. Les solutions à ces problèmes ne se trouvent certes pas au Péloponnèse, mais dans notre société.
La raison pour laquelle nous attachons une telle importance à l'athlétisme et aux Jeux Olympiques a très bien été décrite par Lucien, au IIe siècle de notre ère. À son avis, cela tient au plaisir extraordinaire de se rassasier du spectacle de la prouesse et de la résistance des athlètes, de la beauté et de la puissance de leur corps, de leur incroyable dextérité et habileté, de leur force invincible, de leur courage, de leur ambition, de leur endurance et de leur ténacité. James H. Marsh est rédacteur en chef de L’Encyclopédie canadienne.


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